samedi 29 novembre 2008

A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Après le mot mot, le mot pause et même le mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte de poésies entreprennent le mot composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Cette livraison est un Victor Hugo de derrière les fagots
.


Les récents approvisionnements de composé forcent la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, à reléguer dans l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d'un rêve

Comme une âme parle aux vivants.

Comme l'écume de la grève,

Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l'algue des flots sans nombre,

Le captif du destin vainqueur ;

Je suis celui que toute l'ombre

Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,

Et mon sort à cet océan ;

Et je suis l'habitant tranquille

De la foudre et de l'ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,

Qui songe, et chante, loin du bruit,

Avec la chouette et l'étoile,

La sombre chanson de la nuit.

Toi, n'es-tu pas, comme moi-même,

Flambeau dans ce monde âpre et vil,

Âme, c'est-à-dire problème,

Et femme, c'est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.

Ô fantôme, laisse-toi voir !

Sois un phare dans ma tourmente,

Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !

Dresse un rayon sur mon récif,

Et, dans mes profondeurs muettes,

La blancheur de l'ange pensif !

Sois l'aile qui passe et se mêle

Aux grandes vagues en courroux.

Oh, viens ! tu dois être bien belle,

Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l'aurore ;

C'est peut-être une loi des cieux

Que mon noir destin fasse éclore

Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j'erre,

Nous devons nous apercevoir,

Toi, toute faite de lumière,

Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m'aimes,

Et que, la nuit, à l'horizon,

Tu viens voir sur les grèves blêmes

Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,

Près du flot sans trêve agité,

Surprise de trouver l'atome

Ressemblant à l'immensité,

Tu compares, sans me connaître,

L'onde à l'homme, l'ombre au banni,

Ma lampe étoilant ma fenêtre

A l'astre étoilant l'infini !

Parfois, comme au fond d'une tombe,

Je te sens sur mon front fatal,

Bouche de l'Inconnu d'où tombe

Le pur baiser de l'Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,

Je sens en moi, douce frayeur,

Frissonner toutes mes pensées,

Feuilles de l'arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu'on te voie ;

Tu viens et tu fuis tour à tour ;

Tu ne veux pas te nommer joie,

Ayant dit : Je m'appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,

Si nul devoir ne le défend ;

Viens voir mon âme dans son antre,

L'esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j'habite

Seul sous mon plafond effrayant ;

Sois l'ange chez le cénobite,

Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres

Toutes mes gouttes de sueur !

Viens poser sur mes oeuvres sombres

Ton doigt d'où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines

Du rêve et de la vision,

J'entrevois les choses divines ...

Complète l'apparition !

Viens voir le songeur qui s'enflamme

A mesure qu'il se détruit,

Et, de jour en jour, dans son âme

A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,

Où naît la foi, d'où l'esprit sort,

Où confusément je regarde

Les formes obscures du sort.

Tout s'éclaire aux lueurs funèbres ;

Dieu, pour le penseur attristé,

Ouvre toujours dans les ténèbres

De brusques gouffres de clarté.

Avant d'être sur cette terre,

Je sens que jadis j'ai plané ;

J'étais l'archange solitaire,

Et mon malheur, c'est d'être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,

Viens, toi qui des cieux as le sceau.

Quelquefois une plume tombe

Sur le cadavre d'un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,

C'est de pendre aux deux éléments,

C'est d'avoir en moi, misérable,

De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c'est d'être un homme ;

C'est de songer que j'étais beau,

D'ignorer comment je me nomme,

D'être un ciel et d'être un tombeau !

C'est d'être un forçat qui promène

Son vil labeur sous le ciel bleu ;

C'est de porter la hotte humaine

Où j'avais vos ailes, mon Dieu !

C'est de traîner de la matière ;

C'est d'être plein, moi, fils du jour,

De la terre du cimetière,

Même quand je m'écrie : Amour !

Chant second (Nicolas Boileau)

A la suite du mot mot, du mot pause et même du mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte proposent maintenant le mot composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Cette livraison est un très (trop ?) long poème parfaitement inintéressant de Nicolas Boileau, le copain de
La Fontaine, mêlant (composant ?) mythologie, érotisme chaste, religiosité, style pompier et vocabulaire alambiqué .


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, maintient dans l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Cependant cet oiseau qui prône les merveilles,

Ce monstre composé de bouches et d'oreilles,

Qui, sans cesse volant de climats en climats,

Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas ;

La Renommée enfin, cette prompte courrière,

Va d'un mortel effroi glacer la perruquière ;

Lui dit que son époux, d'un faux zèle conduit,

Pour placer un lutrin doit veiller cette nuit.

A ce triste récit, tremblante, désolée,

Elle accourt, l'oeil en feu, la tête échevelée,

Et trop sûre d'un mal qu'on pense lui celer :

Oses-tu bien encor, traître, dissimuler ?

Dit-elle : et ni la foi que ta main m'a donnée,

Ni nos embrassements qu'a suivis l'hyménée,

Ni ton épouse enfin toute prête à périr,

Ne sauraient donc t'ôter cette ardeur de courir ?

Perfide ! si du moins, à ton devoir fidèle,

Tu veillais pour orner quelque tête nouvelle !

L'espoir d'un juste gain consolant ma langueur

Pourrait de ton absence adoucir la longueur.

Mais quel zèle indiscret, quelle aveugle entreprise

Arme aujourd'hui ton bras en faveur d'une église ?

Où vas-tu cher époux, est-ce que tu me fuis ?

As-tu oublié tant de si douces nuits ?

Quoi ! d'un oeil sans pitié vois-tu couler mes larmes ?

Au nom de nos baisers jadis si plein de charmes,

Si mon coeur, de tout temps facile à tes désirs,

N'a jamais d'un moment différé tes plaisirs ;

Si pour te prodiguer mes plus tendres caresses,

Je n'ai point exigé ni serments, ni promesses ;

Si toi seul à mon lit enfin eus toujours part ;

Diffère au moins d'un jour ce funeste départ.

En achevant ces mots cette amante enflammée

Sur un placet voisin tombe demi-pâmée.

Son époux s'en émeut, et son coeur éperdu

Entre deux passions demeure suspendu ;

Mais enfin rappelant son audace première :

Ma femme, lui dit-il d'une voix douce et fière,

Je ne veux point nier les solides bienfaits

Dont ton amour prodigue a comblé mes souhaits,

Et le Rhin de ses flots ira grossir la Loire

Avant que tes faveurs sortent de ma mémoire ;

Mais ne présume pas qu'en te donnant ma foi

L'hymen m'ait pour jamais asservi sous ta loi.

Si le ciel en mes mains eût mis ma destinée,

Nous aurions fui tous deux le joug de l'hyménée ;

Et, sans nous opposer ces devoirs prétendus,

Nous goûterions encor des plaisirs défendus.

Cesse donc à mes yeux d'étaler un vain titre :

Ne m'ôte pas l'honneur d'élever un pupitre,

Et toi-même, donnant un frein à tes désirs,

Raffermis la vertu qu'ébranlent tes soupirs.

Que te dirai-je enfin ? C'est le ciel qui m'appelle,

Une église, un prélat m'engage en sa querelle,

Il faut partir : j'y cours. Dissipe tes douleurs,

Et ne me trouble plus par ces indignes pleurs.

Il la quitte à ces mots. Son amante effarée

Demeure le teint pâle, et la vue égarée :

La force l'abandonne ; et sa bouche, trois fois

Voulant le rappeler, ne trouve plus de voix.

Elle fuit, et de pleurs inondant son visage,

Seule pour s'enfermer vole au cinquième étage.

Mais d'un bouge prochain accourant à ce bruit,

Sa servante Alizon la rattrape et la suit.

Les ombres cependant, sur la ville épandues,

Du faîte des maisons descendent dans les rues.

Le souper hors du coeur chasse les chapelains,

Et de chantres buvant les cabarets sont pleins.

Le redouté Brontin, que son devoir éveille,

Sort à l'instant, chargé d'une triple bouteille,

D'un vin dont Gilotin, qui savait tout prévoir,

Au sortir du conseil eut soin de le pourvoir.

L'odeur d'un jus si doux lui rend la faim moins rude.

Il est bientôt suivi du sacristain Boirude ;

Et tous deux, de ce pas, s'en vont avec chaleur

Du trop lent perruquier réveiller la valeur.

Partons, lui dit Brontin : déjà le jour plus sombre,

Dans les eaux s'éteignant, va faire place à l'ombre.

D'où vient ce noir chagrin que je lis dans tes yeux ?

Quoi ? le pardon sonnant te retrouve en ces lieux !

Où donc est ce grand coeur dont tantôt l'allégresse

Semblait du jour trop long accuser la paresse ?

Marche, et suis nous du moins où l'honneur nous attend.

Le perruquier honteux rougit en l'écoutant.

Aussitôt de longs clous il prend une poignée :

Sur son épaule il charge une lourde cognée ;

Et derrière son dos, qui tremble sous le poids,

Il attache une scie en forme de carquois :

Il sort au même instant, il se met à leur tête.

A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête :

Leur coeur semble allumé d'un zèle tout nouveau ;

Brontin tient un maillet et Boirude un marteau.

La lune, qui du ciel voit leur démarche altière,

Retire en leur faveur sa paisible lumière.

La Discorde en sourit, et, les suivant des yeux,

De joie, en les voyant, pousse un cri dans les cieux.

L'air, qui gémit du cri de l'horrible déesse,

Va jusque dans Citeaux réveiller la Mollesse.

C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour :

Les Plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour ;

L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ;

L'autre broie en riant le vermillon des moines :

La Volupté la sert avec des yeux dévots,

Et toujours le Sommeil lui verse des pavots.

Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble.

La Mollesse à ce bruit se réveille, se trouble :

Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper,

D'un funeste récit vient encore la frapper ;

Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle :

Aux pieds des murs sacrés d'une sainte chapelle,

Elle a vu trois guerriers, ennemis de la paix,

Marcher à la faveur de ses voiles épais.

La Discorde en ces lieux menace de s'accroître :

Demain avec l'aurore un lutrin va paraître,

Qui doit y soulever un peuple de mutins :

Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.

A ce triste discours, qu'un long soupir achève,

La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève,

Ouvre un oeil languissant, et, d'un faible voix,

Laisse tomber ces mots qu'elle interrompt vingt fois :

Ô Nuit ! que m'as-tu dit ? Quel démon sur la terre

Souffle dans tous les coeurs la fatigue et la guerre ?

Hélas ! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps,

Où les rois s'honoraient du nom de fainéants,

S'endormaient sur le trône, et me servant sans honte

Laissaient leur sceptre aux mains d'un maire ou d'un comte !

Aucun soin n'approchait de leur paisible cour :

On reposait la nuit, on dormait tout le jour.

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines

Faisait taire des vents les bruyantes haleines,

Quatre boeufs attelés, d'un pas tranquille et lent,

Promenaient dans Paris le monarque indolent.

Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable

A placé sur le trône un prince infatigable.

Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix :

Tous les jours il m'éveille du bruit de ses exploits.

Rien ne peut arrêter sa vigilante audace :

L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace.

J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir

En vain deux fois la paix a voulu l'endormir ;

Loin de moi son courage, entraîné par la gloire,

Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire.

Je me fatiguerais de te tracer le cours

Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours.

Je croyais, loin des lieux où ce prince m'exile,

Que l'Eglise du moins m'assurait un asile.

Mais qu'en vain j'espérais y régner sans effroi :

Moines, abbés prieurs, tout s'arme contre moi.

Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie ;

J'ai vu dans Saint Denys la réforme établie ;

La Carme, le Feuillant, s'endurcit aux travaux ;

Et la règle déjà se remet dans Clairvaux.

Citeaux dormait encor, et la sainte Chapelle

Conservait du vieux temps l'oisiveté fidèle :

Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser,

D'un séjour si chéri vient encor me chasser !

Ô toi, de mon repos, compagne aimable et sombre,

A de si noirs forfaits prêteras-tu ton ombre ?

Ah ! Nuit, si tant de fois, dans les bras de l'amour,

Je t'admis aux plaisirs que je cachais au jour,

Du moins ne permets pas... La Mollesse oppressée

Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée ;

Et, lasse de parler, succombant sous l'effort,

Soupire, étend les bras, ferme l'oeil et s'endort.

vendredi 28 novembre 2008

Sur l'erreur (Laurent Drelincourt)

Après le mot mot, le mot pause et même le mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte de poésies foncent sur le mot composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Voici encore un opus d'un illustre inconnu du XVIIème
siècle.


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, relègue à l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Monstre composé de Chimères

Dont la sotte crédulité,

L'artifice et la cruauté

Sont les compagnes ordinaires ;

Tyran, qui sur tes tributaires

Domines dans l'obscurité,

Et, dans un palais enchanté,

Ne les nourris que de vipères,

Antipode de la raison,

Songe noir, fatale prison,

De nos pères triste héritage,

Artisan de feux et de fers,

Tu promets le Ciel en partage,

Et tu nous ouvres les Enfers.

Ce masque, qui celait tantôt votre beauté (Pierre Motin)

Après l'évocation du mot mot, du mot pause et même du mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte de poésies s'intéressent au mot composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Voici encore une oeuvre d'un illustre inconnu, cette fois du XVIème
siècle.


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, laisse dans l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Ce masque, qui celait tantôt votre beauté,

Semble à l'obscurité de la nuit effroyable :

Elle cache au soleil sa clarté désirable,

Lui cache de vos yeux la divine clarté.

Ô masque, fallait-il que ton obscurité

Recelât de ses yeux la puissance admirable !

Je pensai voir reluire une aurore agréable

Aussitôt que sa main de son front l'eût ôté.

Son beau teint, composé d'un monceau de fleurettes,

Ses beaux yeux enchanteurs, hôtes des amourettes,

Me firent aussitôt oublier la rigueur

Et l'orgueilleux dédain d'une fille volage

Qui ne porte jamais de masque à son visage,

Mais, toujours inconstante, elle en porte à son cœur.

Homme est un mot (Louis Antoine de Saint-Just)

Après l'évocation du mot mot, du mot pause et même du mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte de poésies s'en prennent au vocable composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Voici l'oeuvre d'un illustre inconnu du XVIIème
siècle.


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, relègue dans l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Homme est un mot qui ne caractérise

Qu'un animal, ainsi qu'ours et lion ;

Son naturel est erreur et sottise,

Malignité, superbe, ambition,

Il naît et meurt ; et mort, on le méprise.

De son destin orgueilleux, on le voit

Fouler la terre en pays de conquête,

Que la raison a soumis à sa loi ;

Il n'est plus que la première bête

De ce séjour dont il se dit le Roi.

Maître du monde, esclave de lui-même,

Il creuse tout, et ne sait ce qu'il est ;

Son coeur, pétri d'orgueil et d'intérêt,

Craint ce qu'il hait, méprise ce qu'il aime.

Impudemment il appelle vertu

Le crime sourd d'un sophisme vêtu.

Son amour-propre inventa l'apparence ;

L'intérêt vil lui donna la prudence,

Et sa raison n'est qu'un noir composé

D'orgueil adroit, d'orgueil intéressé.

L'or animé dans ses veines palpite ;

L'or est son coeur ; c'est le Dieu qui l'agite ;

Sa voix le traîne au travers des dangers,

Pour s'engraisser sur des bords étrangers.

L'or inventa les Arts, l'Astronomie,

Et l'Avarice est mère du Génie.

Le hareng saur (Charles Cros)

Après avoir évoqué le mot mot, le mot pause et même le mot commentaire ; le comptoir des vers et sa carte des poésies focalisent ce soir sur l'improbable vocable composé. Faut-il y voir une inspiration Dada ?

Cette série composite est inaugurée par un poème primesautier et poissonnier de Charles Cros, l'inventeur du phonographe.


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, cesse de proposer de l'Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), de l'Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), de l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) ou du Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,

Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,

Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,

Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,

Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,

Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,

Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,

Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,

Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,

L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,

Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,

Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,

Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,

Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,

Et amuser les enfants - petits, petits, petits.