mercredi 31 décembre 2008

Oh ! Pourquoi voyager ? (Jules Barbey d'Aurevilly)

En cette fin du millésime 2008, la carte du comptoir des poésies cloture sa brève série sur les voeux avec cette longue livraison de de Jules Barbey d'Aurevilly où ce poète quasi oublié nous souhaite en vrac la bonne année.

Ces voeux finaux
de Jules conduisent la
carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à ranger au fond de la cave Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Que serais-je sans toi ?, Chambre garnie, Charlot mystique, La rose et le réséda, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?,La belle italienne, Santa Espina, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa),
Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, Sensations, Voyelles, le Bateau Ivre, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, l'Adieu, Nocturne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Le Vigneron Champenois, Annie, A la Santé ...).

Poésie en vrac vous souhaite une excellente année 2009 !


Oh ! Pourquoi voyager ? As-tu dit. C'est que l'âme

Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;

C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,

Qui, nos amours éteints, survit à nos amours !

C'est qu'on est mal ici ! - Comme les hirondelles,

Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir,

C'est qu'à nos coeurs, mon Dieu ! Vous avez mis des ailes.

Voilà pourquoi je veux partir !

C'est que le coeur hennit en pensant aux voyages,

Plus fort que le coursier qui sellé nous attend,

C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages

Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend,

Irrésistible appel, rang des vaches pour l'âme

Qui cherche son pays perdu - dans l'avenir,

C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.

Voilà pourquoi je veux partir !

C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,

Qui vivais près de nous et couchais sur nos coeurs,

Tu n'as pas su dompter cette force rebelle

Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs !

Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire,

Nous le connaissons trop pour jamais revenir ;

La chaîne des baisers se rompt, - l'amour expire ...

Voilà pourquoi je veux partir !

En vain, tout en pleurant, la femme qui nous aime

Viendrait à notre épaule agrafer nos manteaux,

Nous resterions glacés à cet instant suprême ;

A trop couler pour nous des pleurs ne sont plus beaux.

Nous n'entendrions plus cette voix qui répète :

"Oh ! Pourquoi voyager ?" dans un tendre soupir,

Et nous dirions adieu sans retourner la tête.

Voilà pourquoi je veux partir !

Oh ! Ne m'accuse pas ; accuse la nature,

Accuse Dieu plutôt, - mais ne m'accuse pas !

Est-ce ma faute, à moi, si dans la vie obscure

Mes yeux ont soif de jour, mes pieds ont soif de pas ?

Si je n'ai pu rester à languir sur ta couche,

Si tes bras m'étouffaient sans me faire mourir,

S'il me fallait plus d'air qu'il n'en peut dans ta bouche ...

Voilà pourquoi je veux partir !

Pourquoi ne pouvais-tu suffire à ma pensée

Et tes yeux n'être plus que mes seuls horizons ?

Pourquoi ne pas cacher ma tête reposée

Sous les abris d'or pur de tes longs cheveux blonds ?

Comme la jeune épouse endormie à l'aurore,

La fleur d'amour, comme elle, au soir va se rouvrir ...

Mais si l'amour n'est plus, pourquoi de l'âme encore ?

Voilà pourquoi je veux partir !

Tu ne la connais pas, cette vie ennuyée,

Lasse de pendre au mât, avide d'ouragan.

Toi, tu restes toujours, sur ton coude appuyée,

A voir stagner la tienne ainsi qu'un bel étang.

Restes-y ! Mon amour fut l'ombre d'un nuage

Sur l'étang - le soleil y reviendra frémir !

Tu ne garderas pas trace de mon passage ...

Voilà pourquoi je veux partir !

Ô coupe de vermeil où j'ai puisé la vie,

Je ne t'emporte pas dans mon sein tout glacé !

Reste derrière moi, reste à demi remplie,

Offrande à l'avenir et débris du passé.

Je peux boire à présent, sans que trop il m'en coûte,

Un breuvage moins doux et moins prompt à tarir,

Dans le creux de mes mains, aux fossés de la route ...

Voilà pourquoi je veux partir !

Mais, si c'est t'offenser que partir, oh ! Pardonne,

Quoique de ces douleurs dont tu n'eus point ta part,

Rien, hélas ! (et pourtant autrefois tu fus bonne !)

Ne saurait racheter le crime du départ.

Pourquoi t'associerais-je à mon triste voyage ?

Lorsque tu le pourrais, oserais-tu venir ?

Plus sombre que Lara, je n'aurai point de page ...

Voilà pourquoi je veux partir !

Et qu'importe un pardon ! - Innocent ou coupable,

On n'est jamais fidèle ou parjure à moitié ;

Le coeur, sans être dur, demeure inébranlable,

Et l'oubli lui vaut mieux qu'une vaine pitié.

Ah ! L'oubli ! Quel repos quand notre âme est lassée !

Endors-toi dans ses bras, sans rêver ni souffrir...

Je ne veux rien de toi ... pas même une pensée !

Voilà pourquoi je veux partir !

Car il est, tu le sais, ô femme abandonnée,

Un voyageur plus vieux, plus sans pitié que moi,

Et ce n'est pas un jour, quelques mois, une année,

Mais c'est tout qu'il doit prendre, aux autres comme à toi !

Tel que des épis d'or sciés d'un bras avide,

Il prend beauté, bonheur, et jusqu'au souvenir,

Fait sa gerbe et s'en va du champ qu'il laisse aride ...

Voilà pourquoi je veux partir !

Oui ! Partir avant lui, partir avant qu'il vienne !

Te laisser belle encor sous tes pleurs répandus,

Ne pas chercher ta main qui froidit dans la mienne,

Et, sous un front terni, tes yeux, astres perdus !

N'eût-on que le respect de celle qui fut belle

Il faudrait s'épargner de la voir se flétrir,

Puisque Dieu ne veut pas qu'elle soit immortelle !

Voilà pourquoi je veux partir !

lundi 29 décembre 2008

Glaucé (Charles-Marie Leconte de Lisle)

La carte du comptoir des poésies reprend sa série sur les voeux avec cette longue et insipide livraison due à Leconte de Lisle, poète d'alambic à l'érotisme platonique.
Il est très simple de pasticher une telle "oeuvre" : prenez deux ou trois figures mythologiques inconnues plus quelques mots répétitifs vaguement licencieux comme amour, Eros, mer, danse, flot, divin, couche, sommeil, terre, ou sein et secouez le tout !


Ces voeux de Charles-Marie poussent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à repousser au fond de la classe Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Un jour un jour, La belle italienne, Santa Espina, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Sensations, Voyelles, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Nocturne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Le Vigneron Champenois, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Annie, A la Santé ...) et Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


Sous les grottes de nacre et les limons épais

Où la divine Mer sommeille et rêve en paix,

Vers l'heure où l'Immortelle aux paupières dorées

Rougit le pâle azur de ses roses sacrées,

Je suis née, et mes soeurs, qui nagent aux flots bleus,

M'ont bercée en riant dans leurs bras onduleux,

Et, sur la perle humide entrelaçant leurs danses,

Instruit mes pieds de neige aux divines cadences.

Et j'étais déjà grande, et déjà la beauté

Baignait mon souple corps d'une molle clarté.

Longtemps heureuse au sein de l'onde maternelle,

Je coulais doucement ma jeunesse éternelle ;

Les Sourires vermeils sur mes lèvres flottaient,

Les Songes innocents de l'aile m'abritaient ;

Et les Dieux vagabonds de la mer infinie

De mon destin candide admiraient l'harmonie.

Ô jeune Klytios, ô pasteur inhumain,

Que Pan aux pieds de chèvre éleva de sa main,

Quand sous les bois touffus où l'abeille butine

Il enseigna Syrinx à ta lèvre enfantine,

Et, du flot cadencé de tes belles chansons,

Fit hésiter la Vierge au détour des buissons !

Ô Klytios ! Sitôt qu'au golfe bleu d'Himère

Je te vis sur le sable où blanchit l'onde amère,

Sitôt qu'avec amour l'abîme murmurant

Eut caressé ton corps d'un baiser transparent,

Éros ! Éros perça d'une flèche imprévue

Mon coeur que sous les flots je cachais à sa vue.

Ô pasteur, je t'attends ! Mes cheveux azurés

D'algues et de corail pour toi se sont parés ;

Et déjà, pour bercer notre doux hyménée,

L'Éros fait palpiter la mer où je suis née.

Salut, vallons aimés, dans la brume tremblants !

Quand la chèvre indocile et les béliers blancs

Par vos détours connus, sous vos ombres si douces,

Dès l'aube sur mes pas paissent les vertes mousses,

Que la terre s'éveille et rit, et que les flots

Prolongent dans les bois d'harmonieux sanglots,

Ô Nymphe de la mer, Déesse au sein d'albâtre,

Des pleurs voilent mes yeux, et je sens mon coeur battre,

Et des vents inconnus viennent me caresser,

Et je voudrais saisir le monde et l'embrasser !

Hèlios resplendit : à l'abri des grands chênes,

Aux chants entrecoupés des Naïades prochaines,

Je repose, et ma lèvre, habile aux airs divins,

Sous les rameaux ombreux charme les Dieux sylvains.

Blonde fille des Eaux, les vierges de Sicile

Ont émoussé leurs yeux sur mon coeur indocile ;

Ni les seins palpitants, ni les soupirs secrets,

Ni l'attente incertaine et ses pleurs indiscrets,

Ni les baisers promis, ni les voix de sirène

N'ont troublé de mon coeur la profondeur sereine.

J'honore Pan qui règne en ces bois révérés,

J'offre un agreste hommage à ses autels sacrés ;

Et Kybèle aux beaux flancs est ma divine amante

Je m'endors en un pli de sa robe charmante,

Et, dès que luit aux cieux le matin argenté,

Sur les fleurs de son sein je bois la volupté !

Dis ! si je t'écoutais, combien dureraient-elles,

Ces ivresses d'un jour, ces amours immortelles ?

Ô Nymphe de la mer, je ne veux pas t'aimer !

C'est vous que j'aime, ô bois qu'un Dieu sait animer,

Ô matin rayonnant, ô nuit immense et belle !

C'est toi seule que j'aime, ô féconde Kybèle !

Viens, tu seras un Dieu ! Sur ta mâle beauté

Je poserai le sceau de l'immortalité ;

Je te couronnerai de jeunesse et de gloire ;

Et sur ton sein de marbre, entre tes bras d'ivoire,

Appuyant dans nos jeux mon front pâle d'amour,

Nous verrons tomber l'ombre et rayonner le jour

Sans que jamais l'oubli, de son aile envieuse,

Brise de nos destins la chaîne harmonieuse.

J'ai préparé moi-même au sein des vastes eaux

Ta couche de cristal qu'ombragent des roseaux,

Et les Fleuves marins aux bleuâtres haleines

Baigneront tes pieds blancs de leurs urnes trop pleines.

Ô disciple de Pan, pasteur aux blonds cheveux,

Sur quels destins plus beaux se sont portés tes voeux ?

Souviens-toi qu'un Dieu sombre, inexorable, agile,

Desséchera ton corps comme une fleur fragile ...

Et tu le supplîras, et tes pleurs seront vains.

Moi, je t'aime, ô pasteur ! Et dans mes bras divins

Je sauverai du temps ta jeunesse embaumée.

Vois ! D'un cruel amour je languis consumée,

Je puis nager à peine, et sur ma joue en fleur

Le sommeil en fuyant a laissé la pâleur.

Viens ! Et tu connaîtras les heures de l'ivresse !

Où les Dieux cachent-ils la jeune enchanteresse

Qui, domptant ton orgueil d'un sourire vainqueur,

D'un regard plus touchant amollira ton coeur ?

Sais-tu quel est mon nom, et m'as-tu contemplée

Lumineuse et flottant sur ma conque étoilée ?

N'abaisse point tes yeux. Ô pasteur insensé,

Pour qui méprises-tu les larmes de Glaucé ?

Daigne m'apprendre, ô marbre à qui l'amour me lie,

Comme il faut que je vive, ou plutôt que j'oublie !

Ô Nymphe ! S'il est vrai qu'Éros, le jeune Archer,

Ait su d'un trait doré te suivre et te toucher ;

S'il est vrai que des pleurs, blanche fille de l'onde,

Étincellent pour moi dans ta paupière blonde,

Que nul Dieu de la mer n'est ton amant heureux,

Que mon image flotte en ton rêve amoureux,

Et que moi seul enfin je flétrisse ta joue ;

Je te plains ! Mais Éros de notre coeur se joue.

Et le trait qui perça ton beau sein, ô Glaucé,

Sans même m'effleurer dans les airs a glissé.

Je te plains ! Ne crois pas, ô ma pâle Déesse,

Que mon coeur soit de marbre et sourd à ta détresse ;

Mais je ne puis t'aimer : Kybèle a pris mes jours,

Et rien ne brisera nos sublimes amours.

Va donc ! Et, tarissant tes larmes soucieuses,

Danse bientôt, légère, à tes noces joyeuses !

Nulle vierge, mortelle ou Déesse, au beau corps,

N'a vos soupirs divins ni vos profonds accords,

Ô bois mystérieux, temples aux frais portiques,

Chênes qui m'abritez de rameaux prophétiques,

Dont l'arôme et les chants vont où s'en vont mes pas,

Vous qu'on aime sans cesse et qui ne trompez pas,

Qui d'un calme si pur enveloppez mon être

Que j'oublie et la mort et l'heure où j'ai dû naître !

Ô nature, ô Kybèle, ô sereines forêts,

Gardez-moi le repos de vos asiles frais ;

Sous le platane épais d'où le silence tombe,

Auprès de mon berceau creusez mon humble tombe,

Que Pan confonde un jour aux lieux où je vous vois

Mes suprêmes soupirs avec vos douces voix,

Et que mon ombre encore, à nos amours fidèle,

Passe dans vos rameaux comme un battement d'aile !

vendredi 19 décembre 2008

Mélodie irlandaise (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des poésies insiste dans le voeu avec une livraison due à Gérard de Nerval, le poète neurasthénique, qui pourtant exalte dans le dernier vers "les feux de l'amour".

Ces voeux de Gégé poussent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à maintenir au fond de la classe Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, La belle italienne, Santa Espina, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, Sensations, le Bateau Ivre, Voyelles, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Nocturne, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Annie, A la Santé ...) et Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


Le soleil du matin commençait sa carrière,

Je vis près du rivage une barque légère

Se bercer mollement sur les flots argentés.

Je revins quand la nuit descendait sur la rive :

La nacelle était là, mais l'onde fugitive

Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.

Et voilà notre sort ! Au matin de la vie

Par des rêves d'espoir notre âme poursuivie

Se balance un moment sur les flots du bonheur ;

Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,

L'onde qui nous portait se retire, et dans l'ombre

Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.

Au déclin de nos jours on dit que notre tête

Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;

Mais qu'importe à mes voeux le calme de la nuit !

Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes ;

Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes

Aux plus douces lueurs du soleil qui s'enfuit.

Oh ! Qui n'a désiré voir tout à coup renaître

Cet instant dont le charme éveilla dans son être

Et des sens inconnus et de nouveaux transports !

Où son âme, semblable à l'écorce embaumée,

Qui disperse en brûlant sa vapeur parfumée,

Dans les feux de l'amour exhala ses trésors !

La jeune captive (André Chénier)

La carte du comptoir des vers continue dans le voeu avec un opus alambiqué et captivant d'André Chénier.

Ces voeux de Dédé conduisent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à reléguer Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, La belle italienne, Que serais-je sans toi ?, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, Voyelles, Sensations, le Bateau Ivre, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Nocturne, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) et Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


L'épi naissant mûrit de la faux respecté,

Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été

Boit les doux présents de l'aurore,

Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,

Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,

Je ne veux point mourir encore.

Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,

Moi je pleure et j'espère ; au noir souffle du Nord

Je plie et relève ma tête.

S'il est des jours amers, il en est de si doux !

Hélas ! Quel miel jamais n'a laissé de dégoûts ?

Quelle mer n'a point de tempête ?

L'illusion féconde habite dans mon sein.

D'une prison sur moi les murs pèsent en vain.

J'ai les ailes de l'espérance :

Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel,

Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel

Philomène chante et s'élance.

Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m'endors,

Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ;

Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux

Ranime presque de la joie.

Mon beau voyage encore est si loin de sa fin !

Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin

J'ai passé les premiers à peine,

Au banquet de la vie à peine commencé,

Un instant seulement mes lèvres ont pressé

La coupe en mes mains encor pleine.

Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ;

Et comme le soleil, de saison en saison,

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,

Je n'ai vu luire encor que les feux du matin,

Je veux achever ma journée.

Ô mort ! Tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi,

Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,

Le pâle désespoir dévore.

Pour moi Palès encore a des asiles verts,

Les Amours des baisers, les Muses des concerts.

Je ne veux point mourir encore.

Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois

S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,

Ces voeux d'une jeune captive,

Et secouant le faix de mes jours languissants,

Aux douces lois des vers je pliais les accents

De sa bouche aimable et naïve.

Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,

Feront à quelque amant des loisirs studieux

Chercher quelle fut cette belle :

La grâce décorait son front et ses discours,

Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours

Ceux qui les passeront près d'elle.

jeudi 18 décembre 2008

Le nid solitaire (Marceline Desbordes-Valmore)

La carte du comptoir des vers persiste et signe dans le voeu avec une autre oeuvre de Marceline Desbordes-Valmore, l'auteur indépassable de la maison de ma mère.

Ces voeux de Marceline amènent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à continuer de remiser au cellier le Heredia (les Conquérants), le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, Voyelles, Sensations, le Bateau Ivre, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Nocturne, Acousmate, Ô naturel désir, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) et l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,

Ainsi qu'un libre oiseau te baigner dans l'espace.

Va voir ! Et ne reviens qu'après avoir touché

Le rêve ... mon beau rêve à la terre caché.

Moi, je veux du silence, il y va de ma vie ;

Et je m'enferme où rien, plus rien ne m'a suivie ;

Et de son nid étroit d'où nul sanglot ne sort,

J'entends courir le siècle à côté de mon sort.

Le siècle qui s'enfuit grondant devant nos portes,

Entraînant dans son cours, comme des algues mortes,

Les noms ensanglantés, les voeux, les vains serments,

Les bouquets purs, noués de noms doux et charmants.

Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,

Ainsi qu'un libre oiseau te baigner dans l'espace.

Va voir ! Et ne reviens qu'après avoir touché

Le rêve ... mon beau rêve à la terre caché !

Aux trois aimés (Marceline Desbordes-Valmore)

La carte du comptoir des vers insiste lourdement dans la saison des voeux avec une oeuvre maternelle de Marceline Desbordes-Valmore, l'auteur indépassable de la maison de ma mère.

Ces voeux de Marceline forcent la carte du comptoir poétique, sans même un commentaire, à remiser au cellier le Heredia (les Conquérants), le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, le Bateau Ivre, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, le Dormeur du Val, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Ô naturel désir, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) et l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


De vous gronder je n'ai plus le courage,

Enfants ! Ma voix s'enferme trop souvent.

Vous grandissez, impatients d'orage,

Votre aile s'ouvre, émue au moindre vent.

Affermissez votre raison qui chante ;

Veillez sur vous comme a fait mon amour ;

On peut gronder sans être bien méchante :

Embrassez-moi, grondez à votre tour.

Vous n'êtes plus la sauvage couvée,

Assaillant l'air d'un tumulte innocent ;

Tribu sans art, au désert préservée,

Bornant vos voeux à mon zèle incessant :

L'esprit vous gagne, ô ma rêveuse école,

Quand il fermente, il étourdit l'amour.

Vous adorez le droit de la parole :

Anges, parlez, grondez à votre tour.

Je vous fis trois pour former une digue

Contre les flots qui vont vous assaillir :

L'un vigilant, l'un rêveur, l'un prodigue,

Croissez unis pour ne jamais faillir,

Mes trois échos ! L'un à l'autre, à l'oreille,

Redites-vous les cris de mon amour ;

Si l'un s'endort, que l'autre le réveille,

Embrassez-le, grondez à votre tour !

Je demandais trop à vos jeunes âmes ;

Tant de soleil éblouit le printemps !

Les fleurs, les fruits, l'ombre mêlée aux flammes,

La raison mûre et les joyeux instants,

Je voulais tout, impatiente mère,

Le ciel en bas, rêve de tout amour ;

Et tout amour couve une larme amère :

Punissez-moi, grondez à votre tour.

Toi, sur qui Dieu jeta le droit d'aînesse,

Dis aux petits que les étés sont courts,

Sous le manteau flottant de la jeunesse,

D'une lisière enferme le secours !

Parlez de moi, surtout dans la souffrance ;

Où que je sois, évoquez mon amour :

Je reviendrai vous parler d'espérance,

Mais gronder ... non : grondez à votre tour !