jeudi 30 octobre 2008

La Victoire (Guillaume Apollinaire)

La série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill ...) continue sur la carte du comptoir des vers avec un poème proche de la logorrhée.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers arrête pour l'instant de livrer de l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Un coq chante je rêve et les feuillards agitent

Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins

Ailés et tournoyants comme Icare le faux

Des aveugles gesticulant comme des fourmis

Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir

Leurs rires amassés en grappes de raisin

Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais

Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient

Mon lit ma lampe et mon casque troué

Regards précieux saphirs taillés aux environs de Saint-Claude

Les jours étaient une pure émeraude

Je me souviens de toi ville des météores

Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne dort

Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets

Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel

Qu'il garde son hoquet

On imagine difficilement

À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles

À l'institut des jeunes aveugles on a demandé

N'avez-vous point de jeune aveugle ailé

Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau langage

Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire

Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir

Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace

Qu'on les fait encore servir à la poésie

Mais elles sont comme des malades sans volonté

Ma foi les gens s'habitueraient vire au mutisme

La mimique suffit bien au cinéma

Mais entêtons-nous à parler

Remuons la langue

Lançons des postillons

On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de nouveaux sons

On veut des consonnes sans voyelles

Des consonnes qui pètent sourdement

Imitez le son de la toupie

Laissez pétiller un son nasal et continu

Faites claquer votre langue

Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans civilité

Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle consonne

Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours claironnants

Habituez-vous à roter à volonté

Et quelle lettre grave comme un son de cloche

À travers nos mémoires

Nous n'aimons pas assez la joie

De voir les belles choses neuves

Ô mon amie hâte-toi

Crains qu'un jour un train ne t'émeuve

Plus

Regarde-le plus vite pour toi

Ces chemins de fer qui circulent

Sortiront bientôt de la vie

Ils seront beaux et ridicules

Deux lampes brûlent devant moi

Comme deux femmes qui rient

Je courbe tristement la tête

Devant l'ardente moquerie

Ce rire se répand

Partout

Parlez avec les mains faites claquer vos doigts

Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour

Ô paroles

Elles suivent dans la myrtaie

L'Éros et l'Antéros en larmes

Je suis le ciel de la cité

Écoutez la mer

La mer gémir au loin et crier toute seule

Ma voix fidèle comme l'ombre

Veut être enfin l'ombre de la vie

Veut être ô mer vivante infidèle comme toi

La mer qui a trahi des matelots sans nombre

Engloutit mes grands cris comme des dieux noyés

Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre

Que jettent des oiseaux les ailes déployées

La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble

Avance et soutiens-moi je regrette les mains

De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble

Quelle oasis de bras m'accueillera demain

Connais-tu cette joie de voir des choses neuves

Ô voix je parle le langage de la mer

Et dans le port la nuit des dernières tavernes

Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne

La rue où nagent mes deux mains

Aux doigts subtils fouillant la ville

S'en va mais qui sait si demain

La rue devenait immobile

Qui sait où serait mon chemin

Songe que les chemins de fer

Seront démodés et abandonnés dans peu de temps

Regarde

La victoire avant tout sera

De bien voir au loin

De tout voir

De près

Et que tout ait un nom nouveau

Tranchée (Guillaume Apollinaire)

La série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill ...) se poursuit sur la carte du comptoir des vers avec cette brève livraison efficacement tragique consacrée à la première guerre mondiale dans la lignée de Si Je mourais là-bas ou de La nuit d'avril 1915.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers arrête pour l'instant de livrer de l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse

Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort

Tapie au fond du sol je vous guette jalouse

Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord

La nuit d'avril 1915 (Guillaume Apollinaire)

La série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill ...) se poursuit sur la carte du comptoir des vers avec encore un opus tragique sur la première guerre mondiale dans la lignée de Si Je mourais là-bas.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers cesse pour l'instant de livrer de l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Le ciel est étoilé par les obus des Boches

La forêt merveilleuse où je vis donne un bal

La mitrailleuse joue un air à triples-croches

Mais avez-vous le mot

Eh ! oui le mot fatal

Aux créneaux

Aux créneaux

Laissez là les pioches

Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons

Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance

Et tes mille soleils ont vidé les caissons

Que les dieux de mes yeux remplissent en silence

Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons

Les obus miaulaient un amour à mourir

Un amour qui se meurt est plus doux que les autres

Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir

Les obus miaulaient

Entends chanter les nôtres

Pourpre amour salué par ceux qui vont périr

Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque

Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts

Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque

Couche-toi sur la paille et songe un beau remords

Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque

Mais orgues aux fétus de la paille où tu dors

L'hymne de l'avenir est paradisiaque

Si je mourais là-bas (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill ...) avec un autre poème tragique sur la première guerre mondiale.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers ne présente plus pour l'instant d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Si je mourais là-bas sur le front de l'armée

Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée

Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt

Un obus éclatant sur le front de l'armée

Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace

Couvrirait de mon sang le monde tout entier

La mer les monts les vals et l'étoile qui passe

Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace

Comme font les fruits d'or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses

Je rougirais le bout de tes jolis seins roses

Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses

Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde

Donnerait au soleil plus de vive clarté

Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde

Un amour inouï descendrait sur le monde

L'amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie

Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur

Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur

Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

Marizibill (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate ...) avec ce court poème péripatéticien.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers n'affiche plus d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Dans la Haute-Rue à Cologne

Elle allait et venait le soir

Offerte à tous en tout mignonne

Puis buvait lasse des trottoirs

Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille

Pour un maquereau roux et rose

C'était un juif il sentait l'ail

Et l'avait venant de Formose

Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes

Ils n'égalent pas leurs destins

Indécis comme feuilles mortes

Leurs yeux sont des feux mal éteints

Leurs coeurs bougent comme leurs portes.

dimanche 26 octobre 2008

Acousmate (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie ...) avec ce court poème montrant la virtuosité de langage de son auteur.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers ni livre plus pour l'instant d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).

La carte du comptoir des vers précise : un acousmate est d'après le Wiktionnaire "Bruit de voix humaines ou d'instruments que l’on croit entendre dans l'air
."


Paix sur terre aux hommes de bonne volonté

Les maris voudraient agir l'outil n'a pas de manche

Sur les doigts de cet homme on voit des taches d'encre

Les hommes et les femmes sont tous insermentés

Les bergers écoutaient ce que disaient les anges

Leurs âmes s'apaisaient comme un midi d'été

Les bergers comprenaient ce qu'ils croyaient entendre

Car ils savaient déjà tout ce qu'ils écoutaient

Sur cette assiette Hélas ! J'aperçois trois chiures

Mais presque toutes les mouches sont mortes de froid

Car c'est l'hiver oui mon vieux ça va bien ça va même très bien

Ces pâtres sachant qu'un enfant venait de naître

Près de là

Sur ce coup de minuit d'un jour alcyonien

Se mirent tous en route au son de leurs musettes.

A l'Italie (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne ...) avec cet opus sinistre dédié à l'Italie où le poète, déjà fortement marqué première guerre mondiale, se révèle simultanément dérangeant et nationaliste.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers arrête pour l'instant les livraisons d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans la zone des armées

J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva

Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année

Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même

C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées

Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la Marne

J'évoquais le sac de Rome par les Allemands

Le sac de Rome qu'ont décrit

Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin

Je me disais

Est-il possible que la nation

Qui est la mère de la civilisation

Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la détruire

Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes

Les fantômes des Esclaves toujours frémissants

Se sont dressés en criant sus aux tudesques

Nous l'armée invisible aux cris éblouissants

Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de terre

Nous te tournons bénignement le dos Italie

Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien

Italie mère qui es aussi notre fille

Nous sommes là tranquillement et sans tristesse

Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins nous tombions

Nous savons qu'un autre prendrait notre place

Et que les Armées ne périront jamais

Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits

C'est la guerre qui est longue

Italie

Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une sœur

J'ai comme toi pour me réconforter

Le quart de pinard

Qui met tant de différence entre nous et les Boches

J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux des 75

Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches et je sais rigoler

Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces gens sans mesure que leurs actions dépassent sans qu'ils sachent s'amuser

Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils emploient

Elle est au-delà de la vie confortable

Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie

Les fleurs sont nos enfants et non les leurs

Même la fleur de lys qui meurt au Vatican

La plaine est infinie et les tranchées sont blanches

Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles

Sur les roses momentanés des éclatements

Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements

De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées

Nous jouissons de tout même de nos souffrances

Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il faut

Nous sommes narquois car nous savons faire la part des choses

Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades que chez celui qui plume les patates

Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots sonores

Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de la majesté héroïque et le courageux honneur individuel

Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure

Et nous fumons du gros avec volupté

C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par l'électricité en bâton

Je pense à toi pays des deux volcans

Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au moment de Messine

Je salue le Colleoni équestre de Venise

Je salue la chemise rouge

Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir aux hauts faits de ta bleusaille

Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de bonheur ou de malheur en ce monde

Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que les Boches m'en empêcheraient

Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite remplacé par je ne sais quelles commodités dont je n'ai que faire

Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir

Une même destinée nous lie en cette occase

Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis

Mais pour chacun de toi Italie

Ne te borne point à prendre les terres irrédentes

Mets ton destin dans la balance où est la nôtre

Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux d'escargots

Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins

Notre armée invisible est une belle nuit constellée

Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux

Ô nuit ô nuit éblouissante

Les morts sont avec nos soldats

Les morts sont debout dans les tranchées

Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées

Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers

Nous jetons nos villes comme des grenades

Nos fleuves sont brandis comme des sabres

Nos montagnes chargent comme cavalerie

Nous reprendrons les villes les fleuves et les collines

De la frontière helvétique aux frontières bataves

Entre toi et nous Italie

Il y a des patelins pleins de femmes

Et près de quoi m'attend celle que j'adore

Ô Frères d'Italie

Ondes nuages délétères

Métalliques débris qui vous rouillez partout

Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête

Italie

Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras

Et ce soldat blessé toujours debout Arras

Et maintenant chantons ceux qui sont morts

Ceux qui vivent

Les officiers les soldats

Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les chevaux

Chantons les bagues pâles les casques

Chantons ceux qui sont morts

Chantons la terre qui bâille d'ennui

Chantons et rigolons

Durant des années

Italie

Entends braire l'âne boche

Faisons la guerre à coups de fouets

Faits avec les rayons du soleil

Italie

Chantons et rigolons

Durant des années

samedi 25 octobre 2008

Nocturne (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir ...) avec un nocturne

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers marque une pause dans les livraisons d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Le ciel nocturne et bas s'éblouit de la ville

Et mon cœur bat d'amour à l'unisson des vies

Qui animent la ville au-dessous des grands cieux

Et l'allument le soir sans étonner nos yeux

Les rues ont ébloui le ciel de leurs lumières

Et l'esprit éternel n'est que par la matière

Et l'amour est humain et ne vit qu'en nos vies

L'amour cet éternel qui meurt inassouvi

Ô naturel désir ... (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road ...) avec un très court opus légèrement érotique sur le désir, les royaumes, les cartes.

Pour cause d'Apollinaire, momentanément, la carte du comptoir des vers cesse de proposer de l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Ô naturel désir pour l'homme être roi

On est revêtu de la carte de son royaume

Les fleuves sont des épingles d'acier semblables à tes veines où roule l'onde trompeuse de tes yeux

Le cratère d'un volcan qui sommeille mais n'est pas éteint

C'est ton sexe brun et plissé comme une rose sèche

Et les pieds dans la mer je fornique un golfe heureux

C'est ainsi que je l'aime la liberté

Et je veux qu'elle seule soit la loi des autres

Mais je suis l'ennemi des autres libertés

L'Emigrant de Landor Road (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers reprend sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) avec le drolatique l'Emigrant de Landor Road.

Momentanément, la carte du comptoir des vers ne propose plus d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Le chapeau à la main il entra du pied droit

Chez un tailleur très chic et fournisseur du roi

Ce commerçant venait de couper quelques têtes

De mannequins vêtus comme il faut qu'on se vête

La foule en tous les sens remuait en mêlant

Des ombres sans amour qui se traînaient par terre

Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière

S'envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs

Mon bateau partira demain pour l'Amérique

Et je ne reviendrai jamais

Avec l'argent gagné dans les prairies lyriques

Guider mon ombre aveugle en ces rues que j'aimais

Car revenir c'est bon pour un soldat des Indes

Les boursiers ont vendu tous mes crachats d'or fin

Mais habillé de neuf je veux dormir enfin

Sous des arbres pleins d'oiseaux muets et de singes

Les mannequins pour lui s'étant déshabillés

Battirent leurs habits puis les lui essayèrent

Le vêtement d'un lord mort sans avoir payé

Au rabais l'habilla comme un millionnaire

Au-dehors les années

Regardaient la vitrine

Les mannequins victimes

Et passaient enchaînées

Intercalées dans l'an c'étaient les journées veuves

Les vendredis sanglants et lents d'enterrements

De blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent

Quand la femme du diable a battu son amant

Puis dans un port d'automne aux feuilles indécises

Quand les mains de la foule y feuillolaient aussi

Sur le pont du vaisseau il posa sa valise

Et s'assit

Les vents de l'Océan en soufflant leurs menaces

Laissaient dans ses cheveux de longs baisers mouillés

Des émigrants tendaient vers le port leurs mains lasses

Et d'autres en pleurant s'étaient agenouillés

Il regarda longtemps les rives qui moururent

Seuls des bateaux d'enfant tremblaient à l'horizon

Un tout petit bouquet flottant à l'aventure

Couvrit l'Océan d'une immense floraison

Il aurait voulu ce bouquet comme la gloire

Jouer dans d'autres mers parmi tous les dauphins

Et l'on tissait dans sa mémoire

Une tapisserie sans fin

Qui figurait son histoire

Mais pour noyer changées en poux

Ces tisseuses têtues qui sans cesse interrogent

Il se maria comme un doge

Aux cris d'une sirène moderne sans époux

Gonfle-toi vers la nuit Ô Mer Les yeux des squales

Jusqu'à l'aube ont guetté de loin avidement

Des cadavres de jours rongés par les étoiles

Parmi le bruit des flots et les derniers serments

vendredi 24 octobre 2008

Les cathédrales (Emile Verhaeren)

La carte du comptoir des vers poursuit son menu d'automne avec ses opus de Toussaint.
Après les pensées des morts du toujours chic Lamartine, voici un petit Mimile Verhaeren, religieux cette fois, qui complète la rentrée des moines, les soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville, la vieille ferme et l'étal.

Aussi, momentanément, le comptoir des vers cesse l'approvisionnement de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


Au fond du choeur monumental,

D'où leur splendeur s'érige

Or, argent, diamant, cristal

Lourds de siècles et de prestiges,

Pendant les vêpres, quand les soirs

Aux longues prières invitent,

Ils s'imposent, les ostensoirs,

Dont les fixes joyaux méditent.

Ils conservent, ornés de feu,

Pour l'universelle amnistie,

Le baiser blanc du dernier Dieu,

Tombé sur terre en une hostie.

Et l'église, comme un palais de marbres noirs,

Où des châsses d'argent et d'ombre

Ouvrent leurs yeux de joyaux sombres,

Par l'élan clair de ses colonnes exulte

Et dresse avec ses arcs et ses voussoirs

Jusqu'au faîte, l'éternité du culte.

Dans un encadrement de grands cierges qui pleurent,

A travers temps et jours et heures,

Les ostensoirs

Sont le seul coeur de la croyance

Qui luise encor, cristal et or,

Dans les villes de la démence.

Le bourdon sonne et sonne,

A grand battant tannant,

De larges glas qui sont les râles

Et les sursauts des cathédrales.

Et les foules qui tiennent droits,

Pour refléter le ciel, les miroirs de leur foi,

Réunissent, à ces appels, leurs âmes,

Autour des ostensoirs de flamme.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les pauvres gens des blafardes ruelles,

Barrant de croix, avec leurs bras tendus,

L'ombre noire qui dort dans les chapelles.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les corps usés, voici les coeurs fendus,

Voici les coeurs lamentables des veuves

En qui les larmes pleuvent,

Continûment, depuis des ans.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les mousses et les marins du port

Dont les vagues monstrueuses bercent le sort.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les travailleurs cassés de peine,

Aux six coups de marteaux des jours de la semaine.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les enfants las de leur sang morne

Et qui mendient et qui s'offrent au coin des bornes.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les marguilliers massifs et mous

Qui font craquer leur stalle en pliant les genoux.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les armateurs dont les bateaux de fer,

Fortune au vent, tanguent parmi la mer.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les grands bourgeois de droit divin

Qui bâtissent sur Dieu la maison de leur gain.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Les ostensoirs, qu'on élève, le soir,

Vers les villes échafaudées

En toits de verre et de cristal,

Du haut du choeur sacerdotal,

Tendent la croix des gothiques idées.

Ils s'imposent dans l'or des clairs dimanches

Toussaint, Noël, Pâques et Pentecôtes blanches

Ils s'imposent dans l'or et dans les bruits de fête

Du grand orgue battant du vol de ses tempêtes

L'autel de marbre rouge et ses piliers vermeils ;

Ils sont une âme en du soleil,

Qui vit de vieux décor et d'antique mystère

Autoritaire.

Pourtant, dès que s'éteignent les grands cierges

Et les lampes veillant le coeur des saintes vierges,

Un deuil d'encens évaporé flotte et s'empreint

Sur les châsses d'argent et les tombeaux d'airain ;

Et les vitraux, peuplés de siècles rassemblés

Devant le Christ avec leurs papes immobiles

Et leurs martyrs et leurs héros semblent trembler

Au bruit d'un train lointain qui roule sur la ville.

jeudi 23 octobre 2008

L'hiver qui vient (Jules Laforgue)

Vive l'automne s'écrie la carte du comptoir des vers avec sa série sur la Toussaint !
Voici un Jules Laforgue de derrière les fagots.

Le comptoir des vers cesse momentanément la livraison de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


Blocus sentimental ! Messageries du Levant ! ...

Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,

Oh ! le vent ! ...

La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,

Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées !...

D'usines ....

On ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés ;

Crois-moi, c'est bien fini jusqu'à l'année prochaine,

Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,

Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine ! ...

Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,

Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.

Il bruine,

Dans la forêt mouillée, les toiles d'araignées

Ploient sous les gouttes d'eau, et c'est leur ruine.

Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles

Des spectacles agricoles,

Où êtes-vous ensevelis ?

Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau

Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,

Un soleil blanc comme un crachat d'estaminet

Sur une litière de jaunes genêts

De jaunes genêts d'automne.

Et les cors lui sonnent !

Qu'il revienne ...

Qu'il revienne à lui !

Taïaut ! Taïaut ! et hallali !

Ô triste antienne, as-tu fini ! ...

Et font les fous !...

Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,

Et il frissonne, sans personne ! ...

Allons, allons, et hallali !

C'est l'Hiver bien connu qui s'amène,

Oh ! les tournants des grandes routes,

Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine ! ...

Oh ! leurs ornières des chars de l'autre mois,

Montant en don quichottesques rails

Vers les patrouilles des nuées en déroute

Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails ! ...

Accélérons, accélérons, c'est la saison bien connue, cette fois.

Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles !

Ô dégâts, ô nids, ô modestes jardinets !

Mon coeur et mon sommeil : ô échos des cognées ! ...

Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,

Les sous-bois ne sont plus qu'un fumier de feuilles mortes,

Feuilles, folioles, qu'un bon vent vous emporte

Vers les étangs par ribambelles,

Ou pour le feu du garde-chasse,

Ou les sommiers des ambulances

Pour les soldats loin de la France.

C'est la saison, c'est la saison, la rouille envahit les masses,

La rouille ronge en leurs spleens kilométriques

Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.

Les cors, les cors, les cors mélancoliques ! ...

Mélancoliques ! ...

S'en vont, changeant de ton,

Changeant de ton et de musique,

Ton ton, ton taine, ton ton ! ...

Les cors, les cors, les cors ! ...

S'en sont allés au vent du Nord.

Je ne puis quitter ce ton : que d'échos ! ...

C'est la saison, c'est la saison, adieu vendanges ! ...

Voici venir les pluies d'une patience d'ange,

Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,

Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,

C'est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,

C'est la tisane sans le foyer,

La phtisie pulmonaire attristant le quartier,

Et toute la misère des grands centres.

Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,

Rideaux écartés du haut des balcons des grèves

Devant l'océan de toitures des faubourgs,

Lampes, estampes, thé, petits-fours,

Serez-vous pas mes seules amours ! ...

Oh ! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,

Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire

Des statistiques sanitaires

Dans les journaux ?

Non, non ! C'est la saison et la planète falote !

Que l'autan, que l'autan

Effiloche les savates que le Temps se tricote !

C'est la saison, oh déchirements ! c'est la saison !

Tous les ans, tous les ans,

J'essaierai en choeur d'en donner la note.