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samedi 10 novembre 2018

Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile (André Chénier)

Vous ne couperez pas à ce poème agricole d'André Chénier, pas plus que vous ne couperez la main agile de la fille du vieux pasteur !

Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile
Le soir emplis de lait trente vases d'argile,
Crains la génisse pourpre, au farouche regard,
Qui marche toujours seule, et qui paît à l'écart.
Libre, elle lutte et fuit intraitable et rebelle.
Tu ne presseras point sa féconde mamelle,
A moins qu'avec adresse un de ses pieds lié
Sous un cuir souple et lent ne demeure plié.

mardi 17 avril 2018

Sonnets spirituels #1 (Anne de Marquets)

Encore un poème bizarre et mystique (en toc) du 16ème siècle

Prenez ores courage, ô craintifs, car voici
Votre Dieu qui vient faire ici son domicile,
Lequel vous sauvera de la puissance hostile,
Et par lui se feront ces belles oeuvres-ci

Les aveugles verront, les sourds oiront aussi,
Le boiteux marchera d'un pied ferme et agile,
La langue des muets sera prompte et facile,
Et vous serez en paix hors de crainte et souci.

Si qu'il faudra changer en coutre les épées,
Pour bêches et hoyaux lances seront coupées,
Ne se trouvant plus lors qui nous vienne assaillir

Bref, nous serons certains d'être heureux à toute heure
Quelle félicité, quel bien peut défaillir
A l'homme, auprès duquel Dieu choisit sa demeure ?

mercredi 17 janvier 2018

Du renard et du bouc (Gilles Corrozet)

Un fin renard et un bouc s'en allèrent
Boire en un puits auquel ils dévalèrent ;
Après avoir bien bu leur soûl tous deux,
De leur sortir furent assez douteux ;
Mais le renard, garni de sa cautelle,
Dit à ce bouc une parole telle :
"Prenons courage après la peur reçue ;
J'ai avisé le point de notre issue ;
Fais mon conseil, ne le mets en arrière
Si tu te veux sur tes pieds de derrière
Dresser debout et tes deux cornes joindre
Contre le mur, d'agilité non moindre
Qu'a un bon cerf, d'ici je sauterai,
Et, cela fait, dehors t'en jetterai."
Le bouc le crut, le renard dehors saute,
Puis il reprit le bouc de sa grand'faute
En le moquant et lui niant secours,
Disant ainsi : "Si tu eusses recours
A la prudence, au savoir et usage,
Comme ta barbe en porte témoignage,
Penser devais, devant qu'entrer au puits,
Si tu pourrais sortir comme je suis
Car le prudent, le bien sage et bien fin,
De tous ses faits il regarde la fin,
Et quand il a en son esprit conçu
La fin du fait, il n'est jamais déçu,
Comme en tous arts dont la fin est pensée
Avant que soit quelque oeuvre commencée."