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mardi 27 février 2018

Érythréa (Gérard de Nerval)

L'art de faire un poème avec des noms propres peu communs et rapportant cher au Scrabble

Colonne de Saphir, d'arabesques brodée
Reparais ! Les Ramiers pleurent cherchant leur nid :
Et, de ton pied d'azur à ton front de granit
Se déroule à longs plis la pourpre de Judée !

Si tu vois Bénarès sur son fleuve accoudée
Prends ton arc et revifts ton corset d'or bruni :
Car voici le Vautour, volant sur Patani,
Et de papillons blancs la Mer est inondée.

Mahdéwa ! Fais flotter tes voiles sur les eaux
Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux :
La neige du Cathay tombe sur l'Atlantique :

Cependant la prêtresse au visage vermeil
Est endormie encor sous l'Arche du Soleil :
Et rien n'a dérangé le sévère portique.

jeudi 30 août 2012

Prière de Socrate (Gérard de Nerval)

Poème dont l'essence est consacrée au philosophe amateur de tisanes


O toi dont le pouvoir remplit l'immensité,
Suprême ordonnateur de ces célestes sphères
Dont j'ai voulu jadis, en ma témérité,
Calculer les rapports et sonder les mystères ;
Esprit consolateur, reçois du haut du ciel
L'unique et pur hommage
D'un des admirateurs de ton sublime ouvrage,
Qui brûle de rentrer en ton sein paternel !

Un peuple entier, guidé par un infâme prêtre, 
Accuse d'être athée et rebelle à la foi
Le philosophe ardent qui seul connaît ta loi,
Et bientôt cesserait de l'être,
S'il doutait un moment de toi.

Eh ! comment, voyant l'ordre où marche toute chose,
Pourrais-je, en admirant ces prodiges divers,
Cet éternel flambeau, ces mondes et ces mers,
En admettre l'effet, en rejeter la cause ?

Oui, grand Dieu, je te dois le bien que j'ai goûté,
Et le bien que j'espère ;
A m'appeler ton fils j'ai trop de volupté
Pour renier mon père.

Mais qu'es-tu cependant, être mystérieux ?
Qui jamais osera pénétrer ton essence,
Déchirer le rideau qui te cache à nos yeux,
Et montrer au grand jour ta gloire et ta puissance ?

Sans cesse dans le vague on erre en te cherchant,
Combien l'homme crédule a rabaissé ton être !
Trop bas pour te juger, il écoute le prêtre,
Qui te fait, comme lui, vil, aveugle et méchant.
Les imposteurs sacrés qui vivent de ton culte,
Te prodiguent sans cesse et l'outrage et l'insulte ;
Ils font de ton empire un éternel enfer,
Te peignent gouvernant de tes mains souveraines
Un stupide ramas de machines humaines,
Avec une verge de fer.

A te voir de plus près en vain il veut prétendre ;
Le sage déraisonne en croyant te comprendre,
Et, d'après lui seul te créant,
En vain sur une base il t'élève, il te hausse ;
Mais ton être parfait n'est qu'un homme étonnant,
Et son Jupiter un colosse.

Brûlant de te connaître, ô divin Créateur !
J'analysai souvent les cultes de la terre,
Et je ne vis partout que mensonge et chimère ;
Alors, abandonnant et le monde et l'erreur,
Et cherchant, pour te voir, une source plus pure,
J'ai demandé ton nom à toute la nature
Et j'ai trouvé ton culte en consultant mon coeur.

Ah ! ta bonté, sans doute, approuva mon hommage,
Puisqu'en toi j'ai goûté le plaisir le plus pur ;
Qu'en toi, pour expirer, je puise mon courage
Dans l'espoir d'un bonheur futur !
Réveillé de la vie, en toi je vais renaître.
A tous mes ennemis je pardonne leurs torts,
Et, puisque je me crois digne de te connaître,
Je descends dans ton sein, sans trouble et sans remords.

vendredi 19 décembre 2008

Mélodie irlandaise (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des poésies insiste dans le voeu avec une livraison due à Gérard de Nerval, le poète neurasthénique, qui pourtant exalte dans le dernier vers "les feux de l'amour".

Ces voeux de Gégé poussent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à maintenir au fond de la classe Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, La belle italienne, Santa Espina, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, Sensations, le Bateau Ivre, Voyelles, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Nocturne, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Annie, A la Santé ...) et Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


Le soleil du matin commençait sa carrière,

Je vis près du rivage une barque légère

Se bercer mollement sur les flots argentés.

Je revins quand la nuit descendait sur la rive :

La nacelle était là, mais l'onde fugitive

Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.

Et voilà notre sort ! Au matin de la vie

Par des rêves d'espoir notre âme poursuivie

Se balance un moment sur les flots du bonheur ;

Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,

L'onde qui nous portait se retire, et dans l'ombre

Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.

Au déclin de nos jours on dit que notre tête

Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;

Mais qu'importe à mes voeux le calme de la nuit !

Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes ;

Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes

Aux plus douces lueurs du soleil qui s'enfuit.

Oh ! Qui n'a désiré voir tout à coup renaître

Cet instant dont le charme éveilla dans son être

Et des sens inconnus et de nouveaux transports !

Où son âme, semblable à l'écorce embaumée,

Qui disperse en brûlant sa vapeur parfumée,

Dans les feux de l'amour exhala ses trésors !

lundi 20 octobre 2008

Myrtho (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers persiste avec le gisement de Gérard de Nerval qui fournit sa série sur la matière première du poème le pied .
Cet autre opus du poète neurasthénique est de la même eau que
Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron. Le lecteur attentif retrouvera même des vers d'un autre poème !

La carte du comptoir des vers profite de cette pause Nerval pour délaisser quelque peu Arthur Rimbaud et Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et l'Orgie parisienne.
Et
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) ne toujours pas frémir l'Audimat ...


Je pense à toi, Myrtho, divine enchanteresse,

Au Pausilippe altier, de mille feux brillant,

A ton front inondé des clartés de l'Orient,

Aux raisins noirs mêlés avec l'or de ta tresse.

C'est dans ta coupe aussi que j'avais bu l'ivresse,

Et dans l'éclair furtif de ton oeil souriant,

Quand aux pieds d'Iacchus on me voyait priant,

Car la Muse m'a fait l'un des fils de la Grèce.

Je sais pourquoi là-bas le volcan s'est rouvert...

C'est qu'hier tu l'avais touché d'un pied agile,

Et de cendres soudain l'horizon s'est couvert.

Depuis qu'un duc normand brisa tes dieux d'argile,

Toujours, sous les rameaux du laurier de Virgile,

Le pâle hortensia s'unit au myrte vert !

dimanche 19 octobre 2008

A J. Y. Colonna (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers joue les opiniatres avec ce gisement de Gérard de Nerval qui compléte sa série sur la matière première du poème le pied .
Cet opus, dans la lignée de
Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie ou Pensée de Byron, illustre assez bien le talent limité de ce poète neurasthénique.

La carte du comptoir des vers profite de cet intermède poussif consacré à Nerval pour laisser reposer Arthur Rimbaud et Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et l'Orgie parisienne.
Et toujours aucun
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) sur le radar ...


La connais-tu, Daphné, cette vieille romance

Au pied du sycomore... ou sous les mûriers blancs,

Sous l'olivier plaintif, ou les saules tremblants,

Cette chanson d'amour, qui toujours recommence ?

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,

Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,

Et la grotte fatale aux hôtes imprudents

Où du serpent vaincu dort la vieille semence ?

Sais-tu pourquoi, là-bas, le volcan s'est rouvert ?

C'est qu'un jour nous l'avions touché d'un pied agile,

Et de sa poudre au loin l'horizon s'est couvert !

Depuis qu'un Duc Normand brisa vos dieux d'argile,

Toujours sous le palmier du tombeau de Virgile

Le pâle hortensia s'unit au laurier vert.

samedi 18 octobre 2008

A Louise d'or, reine ... (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers insiste dans le filon de Gérard de Nerval pour compléter sa série sur la matière première du poème le pied .
Ici, le poète neuresthénique nous fournit un poème incompréhensible et mythologique, heureusement fort court, qui, tous comptes faits, ne dépare pas
Antéros, Madame Aguado, Résignation, Gaieté, Fantaisie ou Pensée de Byron.

La carte du comptoir des vers profite de cet intermède Nerval pour laisser tranquille Arthur Rimbaud et Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et l'Orgie parisienne.
Et aucun
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) dans le viseur ...


Le vieux père en tremblant ébranlait l'univers.

Isis, la mère enfin se leva sur sa couche,

Fit un geste de haine à son époux farouche,

Et l'ardeur d'autrefois brilla dans ses yeux verts.

"Regardez-le ! dit-elle, il dort, ce vieux pervers,

Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,

Prenez garde à son pied, éteignez son oeil louche,

C'est le roi des volcans et le Dieu des hivers !

"L'aigle a déjà passé : Napoléon m'appelle ;

J'ai revêtu pour lui la robe de Cybèle,

C'est mon époux Hermès et mon frère Osiris...",

La Déesse avait fui sur sa conque dorée ;

La mer nous renvoyait son image adorée

Et les cieux rayonnaient sous l'écharpe d'Iris !

Résignation (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers persévère dans le filon de Gérard de Nerval pour compléter sa série sur la matière première du poème le pied .
Ici, le poète tourmenté ne nous prend plus à
contre-pied et se laisse enfin aller à sa neurasthénie foncière, beaucoup plus que dans Antéros, Madame Aguado ou Pensée de Byron.

La carte du comptoir des vers profite de cet intermède Nerval pour s'éloigner d'Arthur Rimbaud et de Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et l'Orgie parisienne.
Et toujours pas plus de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) dans la ligne de mire ...


Quand les feux du soleil inondent la nature,

Quand tout brille à mes yeux et de vie et d'amour,

Si je vois une fleur qui s'ouvre, fraîche et pure,

Aux rayons d'un beau jour ;

Si des troupeaux joyeux bondissent dans la plaine,

Si l'oiseau chante au bois où je vais m'égarer,

Je suis triste et de deuil me sens l'âme si pleine

Que je voudrais pleurer.

Mais quand je vois sécher l'herbe de la prairie,

Quand la feuille des bois tombe jaune à mes pieds,

Quand je vois un ciel pâle, une rose flétrie

En rêvant je m'assieds.

Et je me sens moins triste et ma main les ramasse,

Ces feuilles, ces débris de verdure et de fleurs.

J'aime à les regarder, ma bouche les embrasse ...

Je leur dis : O mes soeurs !

N'est-elle pas ma soeur cette feuille qui tombe,

Par un souffle cruel brisée avant le temps ?

Ne vais-je pas aussi descendre dans la tombe,

Aux jours de mon printemps ?

Peut-être, ainsi que moi, cette fleur expirante,

Aux ardeurs du soleil s'ouvrant avec transport,

Enferma dans son sein la flamme dévorante

Qui lui donna la mort.

Il le faut, ici-bas tout se flétrit, tout passe.

Pourquoi craindre un destin que chacun doit subir ?

La mort n'est qu'un sommeil. Puisque mon âme est lasse,

Laissons-la s'endormir.

Ma mère !... Oh ! par pitié, puisqu'il faut que je meure,

Amis, épargnez-lui des chagrins superflus,

Bientôt elle viendra vers ma triste demeure,

Mais je n'y serai plus.

Et toi, rêve adoré de mon coeur solitaire,

Belle et rieuse enfant que j'aimais sans espoir,

Ton souvenir en vain me rattache à la terre ;

Je ne dois plus te voir.

Mais si pendant longtemps, comme une image vaine,

Mon ombre t'apparaît ... oh ! reste sans effroi :

Car mon ombre longtemps doit te suivre, incertaine

Entre le ciel et toi.

Pensée de Byron (Gérard de Nerval)

Avec une méthodologie quasi-industrielle, la carte du comptoir des vers puise sans vergogne dans un filon de Gérard de Nerval afin de compléter sa série sur la matière première du poème le pied .
Cette livraison du poète tourmenté persiste à nous prendre à
contre-pied avec, cette fois, un poème d'amour guère meilleur que Antéros ou que Madame Aguado.

La carte du comptoir des vers profite de cette surexploitation non durable de Nerval pour s'éloigner d'Arthur Rimbaud et de ses Voyelles, Sensations, Bohème, Chanson de la plus haute tour, Dormeur du Val, Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et Orgie parisienne.
Et point de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) en perspective ...


Par mon amour et ma constance,

J'avais cru fléchir ta rigueur,

Et le souffle de l'espérance

Avait pénétré dans mon coeur,

Mais le temps, qu'en vain je prolonge,

M'a découvert la vérité,

L'espérance a fui comme un songe ...

Et mon amour seul m'est resté !

Il est resté comme un abîme

Entre ma vie et le bonheur,

Comme un mal dont je suis victime,

Comme un poids jeté sur mon coeur !

Pour fuir le piège où je succombe,

Mes efforts seraient superflus ;

Car l'homme a le pied dans la tombe,

Quand l'espoir ne le soutient plus.

J'aimais à réveiller la lyre,

Et souvent, plein de doux transports,

J'osais, ému par le délire,

En tirer de tendres accords.

Que de fois, en versant des larmes,

J'ai chanté tes divins attraits !

Mes accents étaient pleins de charmes,

Car c'est toi qui les inspirais.

Ce temps n'est plus, et le délire

Ne vient plus animer ma voix ;

Je ne trouve point à ma lyre

Les sons qu'elle avait autrefois.

Dans le chagrin qui me dévore,

Je vois mes beaux jours s'envoler,

Si mon oeil étincelle encore,

C'est qu'une larme va couler !

Brisons la coupe de la vie ;

Sa liqueur n'est que du poison ;

Elle plaisait à ma folie,

Mais elle enivrait ma raison.

Trop longtemps épris d'un vain songe,

Gloire ! Amour ! vous eûtes mon coeur :

O Gloire ! tu n'es qu'un mensonge,

Amour ! tu n'es point le bonheur !

A Madame Aguado (Gérard de Nerval)

Sans aucune honte, la carte du comptoir des vers exploite outrageusement un filon de Gérard de Nerval afin de compléter sa série sur la matière première du poème le pied .
Cette livraison du neurasthénique poète continue à nous prendre à
contre-pied avec une oeuvre indianisante pas plus compréhensible que Antéros.

La carte du comptoir des vers profite de ce déstockage de Nerval pour se désintéresser d'Arthur Rimbaud et de ses Voyelles, Sensations, Bohème, Chanson de la plus haute tour, Dormeur du Val, Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et Orgie parisienne.
Et toujours aucun
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) dans le stock ...


Colonne de saphir, d'arabesques brodée,

Reparais ! Les ramiers s'envolent de leur nid,

De ton bandeau d'azur à ton pied de granit

Se déroule à longs plis la pourpre de Judée.

Si tu vois Bénarès, sur son fleuve accoudée,

Détache avec ton arc ton corset d'or bruni

Car je suis le vautour volant sur Patani,

Et de blancs papillons la mer est inondée.

Lanassa ! fais flotter ton voile sur les eaux !

Livre les fleurs de pourpre au courant des ruisseaux.

La neige du Cathay tombe sur l'Atlantique.

Cependant la prêtresse au visage vermeil

Est endormie encor sous l'arche du soleil,

Et rien n'a dérangé le sévère portique.

Antéros (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série sur la matière première du poème le pied en surexploitant un filon de Gérard de Nerval où le neurasthénique poète nous prend en permanence à contre-pied, cette fois avec un poème incompréhensible et mythologique.

La carte du comptoir des vers profite de ce filon Nerval pour laisser tranquille Arthur Rimbaud et ses Voyelles, Sensations, Bohème, Chanson de la plus haute tour, Dormeur du Val, Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et Orgie parisienne.
Et toujours aussi peu de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) dans le stock ...


Tu demandes pourquoi j'ai tant de rage au coeur

Et sur un col flexible une tête indomptée,

C'est que je suis issu de la race d'Antée,

Je retourne les dards contre le Dieu vainqueur.

Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le Vengeur,

Il m'a marqué le front de sa lèvre irritée,

Sous la pâleur d'Abel, hélas ! ensanglantée,

J'ai parfois de Caïn l'implacable rougeur !

Jéhovah ! le dernier, vaincu par ton génie,

Qui, du fond des enfers, criait : " Ô tyrannie ! "

C'est mon aïeul Bélus ou mon père Dagon ...

Ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte,

Et, protégeant tout seul ma mère Amalécyte,

Je ressème à ses pieds les dents du vieux dragon.

Gaieté (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série sur la matière première du poème le pied avec un autre opus de Gérard de Nerval où le neurasthénique poète nous prend ... à contre-pied avec ce gai, et néanmoins plat, poème sur le vin !

Aussi la carte du comptoir des vers profite de cette escapade chez Nerval pour laisser reposer Arthur Rimbaud et ses Voyelles, Sensations, Bohème, Chanson de la plus haute tour, Dormeur du Val, Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et Orgie parisienne.
Et toujours pas de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) dans le stock ...


Petit piqueton de Mareuil,

Plus clairet qu'un vin d'Argenteuil,

Que ta saveur est souveraine !

Les Romains ne t'ont pas compris

Lorsqu'habitant l'ancien Paris

Ils te préféraient le Suresne.

Ta liqueur rose, ô joli vin !

Semble faite du sang divin

De quelque nymphe bocagère,

Tu perles au bord désiré

D'un verre à côtes, coloré

Par les teintes de la fougère.

Tu me guéris pendant l'été

De la soif qu'un vin plus vanté

M'avait laissé depuis la veille ;

Ton goût suret, mais doux aussi,

Happant mon palais épaissi,

Me rafraîchit quand je m'éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,

Je foule d'un pied incertain

Le sentier où verdit ton pampre !

Et je n'ai pas de Richelet

Pour finir ce docte couplet...

Et trouver une rime en ampre.

Fantaisie (Gérard de Nerval)

La carte du comptoir des vers continue sa série sur la matière première du poème le pied avec une fantaisie de Gérard de Nerval.
Pourtant la fantaisie n'était pas la spécialité de cet poète tourmenté et neurasthénique qui ponctua son oeuvre en se pendant à une porte cochère.

Cette livraison délaisse Arthur Rimbaud et ses Voyelles, Sensations, Bohème, Chanson de la plus haute tour, Dormeur du Val, Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses et Orgie parisienne.
Et toujours pas de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) en vue ...


Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

Un air très vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit :

C'est sous Louis treize et je crois voir s'étendre

Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs,

Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,

Que dans une autre existence peut-être,

J'ai déjà vue... et dont je me souviens !

samedi 5 janvier 2008

Les écrivains (Gérard de Nerval)

Après la série sur Evangeline, voici sur le comptoir des vers quelques rimes à la carte avec le mot "mot". Car comme proclame un chanteur inénarrable "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes".


Où fuir ? Où me cacher ? Quel déluge d'écrits,

En ce siècle falot vient infecter Paris,

En vain j'ai reculé devant le Solitaire,

Ô Dieu du mauvais goût ! Faut-il donc pour te plaire

Entasser des grands mots toujours vides de sens,

Chanter l'homme des nuits, ou l'esprit des torrents,

Mais en vain j'ai voulu faire entrer dans ma tête,

La foudre qui soupire au sein de la tempête,

Devant le Renégat j'ai pâli de frayeur ;

Et je ne sais pourquoi les esprits me font peur.

Ô grand Hugo, poète et raisonneur habile,

Viens me montrer cet art et grand et difficile,

Par lequel, le talent fait admirer aux sots,

Des vers, peut-être obscurs, mais riches de grands mots.

Ô Racine, Boileau ! vous n'étiez pas poètes,

Déposez les lauriers qui parèrent vos têtes,

Laissez à nos auteurs cet encens mérité,

Qui n'enivra jamais la médiocrité ;

Que vos vers relégués avec ceux de Virgile,

Fassent encore l'ennui d'un Public imbécile,

lis sont plats, peu sonnants, et souvent ennuyeux,

C'était peut-être assez pour nos tristes aïeux,

Esprits lourds et bornés, sans goût et sans usage,

Mais tout se perfectionne avec le temps et l'âge.

C'est comme vous parlez, ô sublimes auteurs,

Il ne faut pas, dit-on, disputer des couleurs,

Cependant repoussant le style romantique

J'ose encor, malgré vous, admirer le classique

Je suis original, je le sais, j'en conviens,

Mais vous du eomantisme, ô glorieux soutiens,

Allez dans quelques clubs ou dans l'académie

Lire les beaux produits de votre lourd génie,

Sans doute ce jour-là vous serez mis à neuf,

Paré d'un long jabot et d'un habit d'Elbeuf

Vous ferez retentir dans l'illustre assemblée,

Les sons lourds et plaintifs d'une muse ampoulée.

Quoi, misérable auteur que vieillit le travail,

Voilà donc le motif de tout cet attirail,

Surnuméraire obscur du Temple de la gloire,

Tu cherches les bravos d'un nombreux auditoire.

Eh quoi, tu ne crains pas que quelques longs sifflets,

Remplissent le salon de leurs sons indiscrets

Couvrant ta lourde voix au sortir de l'exorde,

En te faisant crier, grâce, Miséricorde !

Et c'était pour l'appât des applaudissements ?

Que dans ton cabinet tu séchas si longtemps ;

Voilà donc le motif de ta longue espérance

Quoi tout fut pour la gloire, et rien pour la science ?

Le savoir n'aurait donc aucun charme puissant

S'il n'était pas suivi d'un triomphe brillant,

Et tu lui préféras une vaine fumée,

Qui n'est pas la solide et bonne renommée

Sans compter direz-vous combien il est flatteur

D'entendre murmurer : C'est lui, ce grand auteur,

D'entendre le public en citer des passages,

Et même après la mort admirer ses ouvrages ;

Pour le défunt, dis-tu, quel triomphe éclatant,

Sans doute pour le mort c'est un grand agrément

Sa gloire embellira sa demeure dernière,

La terre qui le couvre en est bien plus légère.

Ah ! C'est trop vous moquer de nos auteurs nouveaux,

Dis-tu, lorsque vous-même avez tous leurs défauts,

Mais en vain vous voulez censurer leurs ouvrages,

Vous les verrez toujours postuler des suffrages

Vous les verrez toujours occupés tout entiers,

A tirer leurs écrits des mains des épiciers.

Mais vous, qui paraissez faire le moraliste,

De l'état d'Apollon ennuyeux rigoriste

Que retirez-vous de vos discours moraux ?

La haine des auteurs, et l'amitié des sots.

Ô toi qui me tint lieu jusqu'ici d'auditoire

Me crois-tu donc vraiment insensible à la gloire !

Si ma Plume jamais produisait des écrits ;

Qui ravissent la palme à tous nos beaux esprits.

J'aimerais à gagner un hommage sincère,

Mais je plains ton orgueil, écrivain téméraire

Qui crois que les bravos qu'à dîner tu reçois,

Témoignent ton mérite, et sont de bon aloi.

Et cet auteur encore qui sur la place invite

A son maigre dîner, un maigre parasite

Et qui lui dit ensuite à la fin du repas,

"Amis, parlez sans fraude, et ne me flattez pas,

" Trouvez-vous mes vers bons ? Dites en conscience"

Peut-il à votre avis dire ce qu'il en pense ?

En plein barreau Damis est traité de voleur

Il prend pour sa défense un célèbre orateur

Comment défendra-t-il une cause pareille ?

Par des mots, de grands mots, et l'on dira, Merveille !

Eh ! Quoi peuple ignorant, vous gardez vos bravos,

Et vos cris répétés pour encenser les sots,

Croyez-vous qu'en chantant une chanson risible,

Un pauvre à ses malheurs me rende bien sensible

Non, à d'autres plus sots il pourra s'adresser,

Et le vrai, le vrai seul pourra m'intéresser.

dimanche 15 juillet 2007

Le réveil en voiture (Gérard de Nerval)

Voici ce que je vis : Les arbres sur ma route

Fuyaient mêlés, ainsi qu'une armée en déroute,

Et sous moi, comme ému par les vents soulevés,

Le sol roulait des flots de glèbe et de pavés !

Des clochers conduisaient parmi les plaines vertes

Leurs hameaux aux maisons de plâtre, recouvertes

En tuiles, qui trottaient ainsi que des troupeaux

De moutons blancs, marqués en rouge sur le dos !

Et les monts enivrés chancelaient, - la rivière

Comme un serpent boa, sur la vallée entière

Étendu, s'élançait pour les entortiller...

- J'étais en poste, moi, venant de m'éveiller !

lundi 9 juillet 2007

Fantaisie (Gérard de Nerval)

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

Un air très-vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit :

C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre

Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,

Que dans une autre existence peut-être,

J'ai déjà vue... et dont je me souviens !

lundi 25 juin 2007

Nobles et valets (Gérard de Nerval)

Ces nobles d'autrefois dont parlent les romans,

Ces preux à fronts de boeuf, à figures dantesques,

Dont les corps charpentés d'ossements gigantesques

Semblaient avoir au soi racine et fondements ;

S'ils revenaient au monde, et qu'il leur prît l'idée

De voir les héritiers de leurs noms immortels,

Race de Laridons, encombrant les hôtels

Des ministres, - rampante, avide et dégradée ;

Êtres grêles, à buscs, plastrons et faux mollets : -

Certes ils comprendraient alors, ces nobles hommes,

Que, depuis les vieux temps, au sang des gentilshommes

Leurs filles ont mêlé bien du sang de valets !