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mercredi 17 janvier 2018

Du renard et du bouc (Gilles Corrozet)

Un fin renard et un bouc s'en allèrent
Boire en un puits auquel ils dévalèrent ;
Après avoir bien bu leur soûl tous deux,
De leur sortir furent assez douteux ;
Mais le renard, garni de sa cautelle,
Dit à ce bouc une parole telle :
"Prenons courage après la peur reçue ;
J'ai avisé le point de notre issue ;
Fais mon conseil, ne le mets en arrière
Si tu te veux sur tes pieds de derrière
Dresser debout et tes deux cornes joindre
Contre le mur, d'agilité non moindre
Qu'a un bon cerf, d'ici je sauterai,
Et, cela fait, dehors t'en jetterai."
Le bouc le crut, le renard dehors saute,
Puis il reprit le bouc de sa grand'faute
En le moquant et lui niant secours,
Disant ainsi : "Si tu eusses recours
A la prudence, au savoir et usage,
Comme ta barbe en porte témoignage,
Penser devais, devant qu'entrer au puits,
Si tu pourrais sortir comme je suis
Car le prudent, le bien sage et bien fin,
De tous ses faits il regarde la fin,
Et quand il a en son esprit conçu
La fin du fait, il n'est jamais déçu,
Comme en tous arts dont la fin est pensée
Avant que soit quelque oeuvre commencée."

mercredi 9 décembre 2009

Le Corbeau et le Renard (fable - Jean de la Fontaine)

"Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ..."

"Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ...
"

La carte du comptoir des vers livre ce soir "le Corbeau et le Renard", LA fable incontournable et fromagère de Jean de la Fontaine .

La carte du comptoir des poésies, sans plus de commentaire ou d'explication de texte, rappelle qu'elle offre en bas de ce poème de très nombreux "classiques" .


Maître Corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un fromage.

Maître Renard, par l'odeur alléché,

Lui tint à peu près ce
langage :

"Hé ! Bonjour, Monsieur du Corbeau.

Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage,

Vous êtes le Phénix des
hôtes de ces bois."

A ces mots le Corbeau ne se sent pas de
joie ;

Et pour montrer sa belle voix,

Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,

Apprenez que
tout flatteur

Vit aux dépens de celui qui l'écoute
:

Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "

Le Corbeau, honteux et confus,

Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

-
Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'inouï poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

lundi 9 juillet 2007

Ne réservez pas à ma vieillesse un château (Jules Renard)

... Ne réservez pas à ma vieillesse un château, mais faites-

moi la grâce de me garder, comme dernier refuge, cette cuisine

avec sa marmite toujours en l'air,

avec la crémaillère aux dents diaboliques,

la lanterne d'écurie et le moulin à café,

le litre de pétrole, la boîte de chicorée extra et les allumettes

de contrebande,

avec la lune en papier jaune qui bouche le trou du tuyau de poêle,

et les coquilles d'oeufs dans la cendre,

et les chenets au front luisant, au nez aplati,

et le soufflet qui écarte ses jambes raides et dont le ventre fait

de gros plis,

avec ce chien à droite et ce chat à gauche de la cheminée,

tous deux vivants peut-être,

et le fourneau d'où filent des étoiles de braise,

et la porte au coin rongé par les souris,

et la passoire grêlée, la bouillotte bavarde et le grill haut sur

pattes comme un basset,

et le carreau cassé de l'unique fenêtre dont la vue se paierait cher

à Paris,

et ces pavés de savon,

et cette chaise de paille honnêtement percée,

et ce balai inusable d'un côté,

et cette demi-douzaine de fers à repasser, à genoux sur leur planche,

par rang de taille, comme des religieuses qui prient, voilées de noir

et les mains jointes.