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lundi 23 septembre 2019

Juin - François Coppée

Avoir le projet de publier en septembre un poème sur le mois de juin... Pourquoi pas en novembre... Comprend qui peut...

Dans cette vie ou nous ne sommes
Que pour un temps si tôt fini,
L'instinct des oiseaux et des hommes
Sera toujours de faire un nid ;

Et d'un peu de paille ou d'argile
Tous veulent se construire, un jour,
Un humble toit, chaud et fragile,
Pour la famille et pour l'amour.

Par les yeux d'une fille d'Ève
Mon coeur profondément touché
Avait fait aussi ce doux rêve
D'un bonheur étroit et caché.

Rempli de joie et de courage,
A fonder mon nid je songeais ;
Mais un furieux vent d'orage
Vient d'emporter tous mes projets ;

Et sur mon chemin solitaire
Je vois, triste et le front courbé,
Tous mes espoirs brisés à terre
Comme les oeufs d'un nid tombé.

vendredi 13 juillet 2007

L'amazone (François Coppée)

Devant le frais cottage au gracieux perron,

Sous la porte que timbre un tortil de baron,

Debout entre les deux gros vases de faïence,

L'amazone, déjà pleine d'impatience,

Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras

Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.

Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule ;

Le mignon chapeau d'homme, autour duquel s'enroule

Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.

La badine de jonc au pommeau précieux

Frémit entre les doigts de la jeune élégante,

Qui s'arrête un moment sur le seuil et se gante.

Agitant les lilas en fleur, un vent léger

Passe dans ses cheveux et les fait voltiger.

Blonde auréole autour de son front envolée :

Et, gros comme le poing, au milieu de l'allée

De sable roux semé de tout petits galets,

Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.

Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille

Un regard enchanté sur cette jeune fille,

Et m'en vais sans avoir même arrêté le sien,

J'imagine un bonheur calme et patricien,

Où cette noble enfant me serait fiancée ;

Et déjà je m'enivre à la seule pensée

Des clairs matins d'avril où je galoperais,

Sur un cheval très vif et par un vent très frais,

A ses côtés, lancé sous la frondaison verte.

Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte ;

Et, voulant une image au contraste troublant

Du long vêtement noir et du long voile blanc,

Je la comparerais, dans ma course auprès d'elle,

A quelque fugitive et sauvage hirondelle.