Affichage des articles dont le libellé est mois. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mois. Afficher tous les articles

lundi 23 septembre 2019

Juin - François Coppée

Avoir le projet de publier en septembre un poème sur le mois de juin... Pourquoi pas en novembre... Comprend qui peut...

Dans cette vie ou nous ne sommes
Que pour un temps si tôt fini,
L'instinct des oiseaux et des hommes
Sera toujours de faire un nid ;

Et d'un peu de paille ou d'argile
Tous veulent se construire, un jour,
Un humble toit, chaud et fragile,
Pour la famille et pour l'amour.

Par les yeux d'une fille d'Ève
Mon coeur profondément touché
Avait fait aussi ce doux rêve
D'un bonheur étroit et caché.

Rempli de joie et de courage,
A fonder mon nid je songeais ;
Mais un furieux vent d'orage
Vient d'emporter tous mes projets ;

Et sur mon chemin solitaire
Je vois, triste et le front courbé,
Tous mes espoirs brisés à terre
Comme les oeufs d'un nid tombé.

mardi 22 juillet 2008

Le mois d'août (Auguste Brizeux)

Un poème de saison d'un type surtout connu de sa famille sur le comptoir des vers dont la carte s'étiole sans Arthur Rimbaud , sans Vénus Anadyomène, sans Sensation et sans voyelles ni Guillaume Apollinaire, pont Mirabeau et Nuit Rhénane.

Ô mes frères, voici le beau temps des vacances !

Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances !

De bien loin votre aîné, je ne puis oublier

Août et ses jeux riants ; alors, pauvre écolier,

Je veux voir mon pays, notre petit domaine ;

Et toujours le mois d'août au logis nous ramène,

Tant un coeur qui nourrit un regret insensé,

Un coeur tendre s'abuse et vit dans le passé !

Voici le beau mois d'août : en courses, camarades !

La chasse le matin, et le soir les baignades !

Vraiment, pour une année, à peine nos parents

Nous ont-ils reconnus : vous si forts et si grands,

Moi courbé, moi pensif - Ô changements contraires !

La jeunesse vous cherche, elle me fuit, mes frères ;

Gaîment vous dépensez vos jours sans les compter,

Econome du temps je voudrais l'arrêter.

Mais aux pierres du quai déjà la mer est haute :

Toi, mon plus jeune frère, allons ! gagnons la côte,

En chemin par les blés tu liras tes leçons,

Ou bien tu cueilleras des mûres aux buissons.

Hâtons-nous ! le soleil nous brûle sur ces roches !

Ne sens-tu pas d'ici les vagues toutes proches ?

Et la mer ! l'entends-tu ? Vois-tu tous ces pêcheurs ?

N'entends-tu pas les cris et les bras des nageurs ?

Ah ! rendez-moi la mer et les bruits du rivage :

C'est là que s'éveilla mon enfance sauvage ;

Dans ces flots, orageux comme mon avenir,

Se reflètent ma vie et tout mon souvenir !

La mer ! J'aime la mer mugissante et houleuse,

Ou, comme en un bassin une liqueur huileuse,

La mer calme et d'argent ! Sur ses flancs écumeux

Quel plaisir de descendre et de bondir comme eux,

Ou, mollement bercé, retenant son haleine,

De céder comme une algue au flux qui vous entraîne !

Alors on ne voit plus que l'onde et que les cieux,

Les nuages dorés passant silencieux,

Et les oiseaux de mer, tous allongeant la tête

Et jetant un cri sourd en signe de tempête...

Ô mer, dans ton repos, dans tes bruits, dans ton air,

Comme un amant, je t'aime ! et te salue, ô mer !

Assez, assez nager ! L'ombre vient, la mer tremble ;

Contre les flots, mon frère, assez lutter ensemble !

Retrempés dans leur sel, assouplis et nerveux,

Partons ! Le vent du soir séchera nos cheveux.

Quelle joie en rentrant, mais calme et sans délire,

Quand, debout sur la porte et tâchant de sourire,

Une mère inquiète est là qui vous attend,

Vous baise sur le front, et pour vous à l'instant

Presse les serviteurs, quand le foyer pétille,

Et que nul n'est absent du repas de famille !

Monotone la veille, et vide, la maison

S'anime : un rayon d'or luit sur chaque cloison ;

Le couvert s'élargit ; comme des fruits d'automne,

D'enfants beaux et vermeils la table se couronne,

Et puis mille babils, mille gais entretiens,

Un fou rire, et souvent de longs pleurs pour des riens.

Mais plus tard, lorsqu'on touche aux soirs gris de septembre,

En cercle réunis dans la plus grande chambre,

C'est alors qu'il est doux de veiller au foyer !

On roule près du feu la table de noyer,

On s'assied ; chacun prend son cahier, son volume ;

Grand silence ! on n'entend que le bruit de la plume,

Le feuillet qui se tourne, ou le châtaignier vert

Qui craque, et l'on se croit au milieu de l'hiver.

Les yeux sur ses enfants, et rêveuse, la mère

Sur leur sort à venir invente, une chimère,

Songe à l'époux absent depuis la fin du jour,

Et prend garde que rien ne manque à son retour.

L'aïeule cependant sur sa chaise se penche,

Et devant le Seigneur courbe sa tête blanche.

Ecoutez-la, Seigneur, et pour elle, et pour nous !

Cette femme, ô mon Dieu, qui vous prie à genoux,

Ne la repoussez pas ! Soixante ans à la gêne,

Et toujours courageuse, elle a porté sa chaîne :

Une heure de repos avant le grand sommeil !

Avant le jour sans fin, quelques jours au soleil !

lundi 17 septembre 2007

Fantaisie triste (Aristide Bruant)

I' bruinait... L' temps était gris,

On n'voyait pus l' ciel ... L'atmosphère,

Semblant suer au d'ssus d' Paris,

Tombait en bué' su' la terre.

I' soufflait quéqu'chose... on n'sait d'où,

C'était ni du vent ni d'la bise,

Ça glissait entre le col et l'cou

Et ça glaçait sous not' chemise.

Nous marchions d'vant nous, dans l'brouillard,

On distinguait des gens maussades,

Nous, nous suivions un corbillard

Emportant l'un d'nos camarades.

Bon Dieu ! qu'ça faisait froid dans l'dos !

Et pis c'est qu'on n'allait pas vite ;

La moell' se figeait dans les os,

Ça puait l'rhume et la bronchite.

Dans l'air y avait pas un moineau,

Pas un pinson, pas un' colombe,

Le long des pierres il coulait d'l'eau,

Et ces pierr's-là... c'était sa tombe.

Et je m'disais, pensant à lui

Qu' j'avais vu rire au mois de septembre

Bon Dieu ! qu'il aura froid c'tte nuit !

C'est triste d'mourir en décembre.

J'ai toujours aimé l'bourguignon,

I' m' sourit chaqu' fois qu' i' s'allume ;

J' voudrais pas avoir le guignon

D' m'en aller par un jour de brume.

Quand on s'est connu l' teint vermeil,

Riant, chantant, vidant son verre,

On aim' ben un rayon d'soleil...

Le jour ousqu' on vous porte en terre.

lundi 16 juillet 2007

Soir (Albert Samain)

C'est un soir tendre comme un visage de femme.

Un soir étrange, éclos sur l'hiver âpre et dur,

Dont la suavité, flottante au clair-obscur,

Tombe en charpie exquise aux blessures de l'âme.

Des verts angelisés... des roses d'anémie...

L'Arc-de-Triomphe au loin s'estompe velouté,

Et la nuit qui descend à l'Occident bleuté

Verse aux nerfs douloureux la très douce accalmie.

Dans le mois du vent noir et des brouillards plombés

Les pétales du vieil automne sont tombés.

Le beau ciel chromatique agonise sa gamme.

Au long des vieux hôtels parfumés d'autrefois

Je respire la fleur enchantée à mes doigts.

C'est un soir tendre comme un visage de femme.