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dimanche 15 juillet 2012

Problème ou Ballade de la Fortune (François Villon)


Poème tour, poème tunisien ou poème économique ? (le tout dans un français archaïque pas si éloigné du français de Twitter ou des SMS)

Fortune fus par clercs jadis nommée,
Que toi, François, crie et nomme meurtrière,
Qui n'es homme d'aucune renommée.
Meilleur que toi fais user en plâtrière,
Par pauvreté, et fouir en carrière ;
S'à honte vis, te dois-tu doncques plaindre ?
Tu n'es pas seul ; si ne te dois complaindre.
Regarde et vois de mes faits de jadis,
Maints vaillants hommes par moi morts et roidis ;
Et n'es, ce sais, envers eux un souillon.
Apaise-toi, et mets fin en tes dits.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Contre grands rois me suis bien animée,
Le temps qui est passé ça en arrière :
Priam occis et toute son armée,
Ne lui valut tour, donjon ni barrière ;
Et Hannibal demoura-il derrière ?
En Carthage par Mort le fis atteindre ;
Et Scipion l'Africain fis éteindre ;
Jules César au Sénat je vendis ;
En Egypte Pompée je perdis ;
En mer noyai Jason en un bouillon ;
Et une fois Rome et Romains hardis.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Alexandre, qui tant fit de hemée,
Qui voulut voir l'étoile poussinière,
Sa personne par moi fut envlimée ;
Alphasar roi, en champ, sur sa bannière
Rué jus mort. Cela est ma manière,
Ainsi l'a fait, ainsi le maintiendrai :
Autre cause ne raison n'en rendrai.
Holofernes l'idolâtre maudis,
Qu'occit Judith (et dormoit entandis !)
De son poignard, dedans son pavillon ;
Absalon, quoi ? en fuyant le pendis.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Pour ce, François, écoute que te dis :
Se rien pusse sans Dieu de Paradis,
A toi n'autre ne demourroit haillon,
Car, pour un mal, lors j'en feroie dix.
Par mon conseil prends tout en gré Villon !

dimanche 15 février 2009

L'une d'elles (René François Sully Prudhomme)

La carte du comptoir des vers présente à son menu l'une d'elles long et insipide opus immobilier de Sully Prudhomme.

A défaut, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi sa sélection :

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Les grands appartements qu'elle habite l'hiver

Sont tièdes. Aux plafonds, légers comme l'éther,

Planent d'amoureuses peintures.

Nul bruit, partout les voix, les pas sont assoupis

Par la laine opulente et molle des tapis

Et l'ample velours des tentures.

Aux fenêtres, dehors, la grêle a beau sévir,

Sous ses balles de glace à peine on sent frémir

L'épais vitrail qui les renvoie,

Et la neige et le givre aux glaciales fleurs

Restent voilés aux yeux sous les chaudes couleurs

De longs rideaux brochés de soie.

Là, dans de vieux tableaux, le ciel vénitien

Prête au soleil de France un effluve du sien ;

Et sur la haute cheminée,

Dans des vases ravis en Grèce à des autels,

Des lis renouvelés qu'on dirait immortels

Ne font qu'un printemps de l'année.

Sa chambre est toute bleue et suave ; on y sent

Le vestige embaumé de quelque oeillet absent

Dont l'air a gardé la mémoire,

Ses genoux, pour prier, posent sur du satin,

Et ses aïeux tenaient d'un maître florentin

Son crucifix de vieil ivoire.

Elle peut, lasse enfin des salons somptueux,

Goûter de son boudoir le jour voluptueux

Où sommeille un vague mystère,

Et là ses yeux levés rencontrent un Watteau

Où de sveltes amants, un pied sur le bateau,

Vont appareiller pour Cythère.

L'hiver passe, elle émigre en sa villa d'été.

Elle y trouve le ciel, l'immense aménité

Des monts, des vallons et des plaines ;

Depuis les dahlias qui bordent la maison

Jusques au dernier flot des blés à l'horizon,

Elle ne voit que ses domaines.

Puis c'est la promenade en barque sur les lacs,

La sieste à l'ombre au fond des paresseux hamacs,

La course aux prés en jupes blanches,

Et le roulement doux des calèches au bois,

Et le galop, voilette au front, badine aux doigts,

Sous le mobile arceau des branches,

Et, par les midis lourds, les délices du bain :

Deux jets purs inondant la vasque dont sa main

Tourne à son gré les cols de cygnes,

Et le charme du frais, suave abattement

Où, rêveuse, elle voit sous l'eau, presque en dormant,

De son beau corps trembler les lignes.

Ainsi coulent ses jours, pareils aux jours heureux ;

Mais un secret fardeau s'appesantit sur eux,

Ils ne sont pas dignes d'envie.

On lit dans son regard fiévreux ou somnolent,

Dans son rare sourire et dans son geste lent

Le dégoût amer de la vie.

Oh ! Quelle âme entendra sa pauvre âme crier ?

Quel sauveur magnanime et beau, quel chevalier

Doit survenir à l'improviste,

Et l'enlever en croupe, et l'emporter là-bas,

Sous un chaume enfoui dans l'herbe et les lilas,

Loin, bien loin de ce luxe triste ?

Personne. Elle dédaigne un criminel espoir,

Et se plaît à languir, en proie à son devoir.

Morte sous ses parures neuves,

Elle n'a pas d'amour, l'honneur le lui défend,

Misérablement riche, elle n'a pas d'enfant,

Elle est plus seule que les veuves.

samedi 30 août 2008

Le Printemps, l'Eté et l'Hiver (François-René de Chateaubriand)

En cette rentrée, la carte du comptoir des vers ne propose toujours pas d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Vénus Anadyomène, Mes petites amoureuses ...) ni de Guillaume Apollinaire ( Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).
Aussi mettons-nous sur le
comptoir
une série sur la matière première du poème : le pied.
Commençons par un morceau de choix : un Chateaubriand.


Vallée au nord, onduleuse prairie,

Déserts charmants, mon coeur, formé pour vous,

Toujours vous cherche en sa mélancolie.

A ton aspect, solitude chérie,

Je ne sais quoi de profond et de doux

Vient s'emparer de mon âme attendrie.

Si l'on savait le calme qu'un ruisseau

En tous mes sens porte avec son murmure,

Ce calme heureux que j'ai, sur la verdure,

Goûté cent fois seul au pied d'un coteau,

Les froids amants du froid séjour des villes

Rechercheraient ces voluptés faciles.

Si le printemps les champs vient émailler,

Dans un coin frais de ce vallon paisible,

Je lis assis sous le rameux noyer,

Au rude tronc, au feuillage flexible.

Du rossignol le suave soupir

Enchaîne alors mon oreille captive,

Et dans un songe au-dessus du plaisir

Laisse flotter mon âme fugitive.

Au fond d'un bois quand l'été va durant,

Est-il une onde aimable et sinueuse

Qui, dans son cours, lente et voluptueuse,

A chaque fleur s'arrête en soupirant ?

Cent fois au bord de cette onde infidèle

J'irai dormir sous le coudre odorant,

Et disputer de paresse avec elle.

Sous le saule nourri de ta fraîcheur amie,

Fleuve témoin de mes soupirs,

Dans ces prés émaillés, au doux bruit des zéphyrs,

Ton passage offre ici l'image de la vie.

En des vallons déserts, au sortir de ces fleurs,

Tu conduis tes ondes errantes :

Ainsi nos heures inconstantes

Passent des plaisirs aux douleurs.

Mais si voluptueux, du moins dans notre course,

Du printemps nous allons jouir,

Nos jours plus doucement s'éloignent de leur source,

Emportant avec eux un tendre souvenir :

Ainsi tu vas moins triste au rocher solitaire,

Vers ces bois où tu fais toujours,

Si de ces prés ton heureux cours

Entraîne quelque fleur légère.

De mon esprit ainsi l'enchantement

Naît et s'accroît pendant tout un feuillage.

L'aquilon vient, et l'on voit tristement

L'arbre isolé sur le coteau sauvage

Se balancer au milieu de l'orage.

De blancs oiseaux en troupes partagés

Quittent les bords de l'Océan antique :

Tous en silence à la file rangés

Fendent l'azur d'un ciel mélancolique.

J'erre aux forêts où pendent les frimas :

Interrompu par le bruit de la feuille

Que lentement je traîne sous mes pas,

Dans ses pensers mon esprit se recueille.

Qui le croirait ? plaisirs solacieux,

Je vous retrouve en ce grand deuil des cieux :

L'habit de veuve embellit la nature.

Il est un charme à des bois sans parure :

Ces prés riants entourés d'aulnes verts,

Où l'onde molle énerve la pensée,

Où sur les fleurs l'âme rêve bercée

Aux doux accords du feuillage et des airs,

Ces prés riants que l'aquilon moissonne,

Plaisent aux coeurs. Vers la terre courbés

Nous imitons, ou flétris ou tombés,

L'herbe en hiver et la feuille en automne.

mercredi 18 juillet 2007

Triste penser en prison trop obscure (François Ier roi de France)

Triste penser, en prison trop obscure,

L'honneur, le soin, le devoir et la cure

Que je soutiens des malheureux soudards,

Devant mes yeux desquels j'ai la figure,

Qui par raison et aussi par nature

Devaient mourir entre piques et dards,

Plutôt que voir fuir leurs étendards,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Me font perdre de raison l'attrempance.

Toujours Amour par fermeté procure

Qu'à désespoir point ne fasse ouverture ;

Mais tous malheurs viennent de tant de parts

Qu'ils me rendent indigne créature,

Tant que d'erreur à mon chef fais ceinture.

Ces yeux baignés vers toi font les regards,

Ne faisant plus contre ennui les remparts ;

Si n'est avoir ton nom en révérence,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Mais je ne sais pourquoi tourna l'augure

En mal sur moi : car ma progéniture

Eut tant de bien, qu'en tous lieux fut épars.

Plaisir pour deuil était lors leur vêture ;

Plaisante et douce y semblait nourriture

De leurs sujets gardant brebis en parcs,

Toujours battirent lions et léopards ;

Mais j'ai grand'peur n'avoir tel heur en France,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Oh ! grande Amour, éternel, sans rupture,

Dont l'infini est juste la mesure,

Dis-moi, perdrai-je à jamais ta présence ?

Donc, brief verras sur moi la sépulture :

L'esprit à toi, pour le corps pourriture,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

vendredi 13 juillet 2007

Stances (François Payot de Linières)

Le destin avec ma famille

M'a traîné loin de cette ville

En ces lieux où je me déplais.

Hélas ! je suis à la campagne,

Où je ne sais ce que je fais,

Sinon des châteaux en Espagne.

J'y fuis celui qui s'embarrasse

Dans les fatigues de la chasse,

Où souvent la raison se perd.

Pour une bête on s'y rend bête,

Et la fête de saint Hubert

Me semble une brutale fête.

A mon avis cet exercice

Est moins un état qu'un supplice,

Car, au lieu d'y passer le temps,

On y meurt de mélancolie,

Et quand on court ainsi les champs,

On a quelques grains de folie.

Que ces gentilshommes à lièvre,

Dont le pauvre timbre a la fièvre,

Ont d'insipides entretiens !

Quelquefois j'en crève de rire,

Car, s'ils ne discouraient de chiens,

On ne les entendrait rien dire.

Ma tristesse serait finie

Si le ciel, aimable Uranie,

Vous attirait auprès de nous

En cette demeure sauvage ;

Paris alors, au gré de tous,

Vaudrait moins que notre village.

Ne croyez pas que je désire

Qu'en ce désert il vous attire :

Quoi qu'il aille en cela du mien,

Mes voeux ne tendent qu'à vous plaire,

Et mon coeur vous veut trop de bien

Pour vous souhaiter le contraire.

Dans la plus charmante campagne

Un profond chagrin m'accompagne,

Dès le premier jour j'en suis fou ;

Et les seuls villages que j'aime,

C'est Rueil, Boulogne ou Saint-Cloud ;

Vous êtes à peu près de même.

Je hais les champs comme la peste ;

Le soleil m'y paraît funeste,

Je ne saurais dire pourquoi.

Sans choquer votre modestie,

Pour cette haine, vous et moi,

Nous avons de la sympathie.

Que faire au pays où nous sommes ?

Après deux ou trois galants hommes,

Les autres ne sont pas polis ;

Toujours leur sot esprit se guinde ;

Et ce sont d'étranges Philis

Que des Philis à poulets d'Inde.

Je vous apprends que ces dryades

N'ont pour moi que des beautés fades ;

Je suis à l'abri de leurs coups ;

Un plus noble souci me ronge,

Devant elles je songe à vous,

Et c'est partant à quoi je songe.

Nos prés, nos bois et nos fontaines

Ont pour vous des preuves certaines

De mon inviolable foi,

Et, dans ce climat solitaire,

Malgré l'absence je vous vois,

Mais c'est un bien imaginaire.

Mon coeur y soupire à toute heure,

C'est peu que soupirer, j'y pleure ;

Et si par la grâce des dieux,

Qui rend la vôtre sans seconde,

Je ne quitte bientôt ces lieux,

Je quitterai bientôt ce monde.

L'amazone (François Coppée)

Devant le frais cottage au gracieux perron,

Sous la porte que timbre un tortil de baron,

Debout entre les deux gros vases de faïence,

L'amazone, déjà pleine d'impatience,

Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras

Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.

Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule ;

Le mignon chapeau d'homme, autour duquel s'enroule

Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.

La badine de jonc au pommeau précieux

Frémit entre les doigts de la jeune élégante,

Qui s'arrête un moment sur le seuil et se gante.

Agitant les lilas en fleur, un vent léger

Passe dans ses cheveux et les fait voltiger.

Blonde auréole autour de son front envolée :

Et, gros comme le poing, au milieu de l'allée

De sable roux semé de tout petits galets,

Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.

Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille

Un regard enchanté sur cette jeune fille,

Et m'en vais sans avoir même arrêté le sien,

J'imagine un bonheur calme et patricien,

Où cette noble enfant me serait fiancée ;

Et déjà je m'enivre à la seule pensée

Des clairs matins d'avril où je galoperais,

Sur un cheval très vif et par un vent très frais,

A ses côtés, lancé sous la frondaison verte.

Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte ;

Et, voulant une image au contraste troublant

Du long vêtement noir et du long voile blanc,

Je la comparerais, dans ma course auprès d'elle,

A quelque fugitive et sauvage hirondelle.

dimanche 1 juillet 2007

Les contredits de Franc Gontier (François Villon)

Sur mol duvet assis, un gras chanoine,

Lez un brasier, en chambre bien nattée,

A son côté gisant dame Sidoine

Blanche, tendre, polie et attintée,

Boire hypocras, à jour et à nuitée,

Rire, jouer, mignonner et baiser,

Et nu à nu, pour mieux des corps s'aiser,

Les vis tous deux, par un trou de mortaise :

Lors je connus que, pour deuil apaiser,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc Gontier et sa compagne Hélène

Eussent cette douce vie hantée,

D'oignons, civots, qui causent forte haleine

N'acontassent une bise tostée.

Tout leur maton, ne toute leur potée,

Ne prise un ail, je le dis sans noiser.

S'ils se vantent coucher sous le rosier,

Lequel vaut mieux ? Lit côtoyé de chaise ?

Ou'en dites-vous ? Faut-il à ce muser ?

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent d'orge et d'avoine,

Et boivent eaue tout au long de l'année.

Tous les oiseaux d'ici en Babyloine

A tel école une seule journée

Ne me tendroient, non une matinée.

Or s'ébatte, de par Dieu, Franc Gontier,

Hélène o lui, sous le bel églantier :

Se bien leur est, cause n'ai qu'il me pèse ;

Mais quoi qu'il soit du laboureux métier,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Prince, juge, pour tôt nous accorder.

Quant est de moi, mais qu'à nul ne déplaise,

Petit enfant, j'ai oï recorder :

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

mercredi 27 juin 2007

Quand dois je quitter les rochers (François Maynard)

Quand dois je quitter les rochers

Du petit Desert qui me cache,

Pour aller revoir les clochers

De Saint Pol, et de Saint Eustache ?

Paris est sans comparaison ;

Il n'est plaisir dont il n'abonde ;

Chacun y trouve sa maison.

C'est le pays de tout le monde.

Apollon, faut-il que Maynard

Avec les secrets de ton art

Meure en une terre sauvage,

Et qu'il dorme, apres son trépas,

Au cimetiere d'un Village

Que la Carte ne connoist pas ?

lundi 25 juin 2007

Ballade de Merci (François Villon)

A Chartreux et à Célestins,

A Mendiants et à Dévotes,

A musards et claquepatins,

A servants et filles mignottes

Portants surcots et justes cottes,

A cuidereaux d'amour transis,

Chaussant sans méhaing fauves bottes,

Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,

Pour avoir plus largement hôtes,

A ribleurs, mouveurs de hutins

A bateleurs trayant marmottes,

A fous, folles, à sots, à sottes,

Qui s'en vont sifflant six à six

A vessies et mariottes,

Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins

Qui m'ont fait ronger dures crôtes,

Mâcher maints soirs et maints matins,

Qu'ores je ne crains trois crottes.

Je fisse pour eux pets et rottes ;

Je ne puis, car je suis assis.

Au fort, pour éviter riottes,

Je crie à toutes gens mercis.

Qu'on leur froisse les quinze côtes

De gros maillets forts et massis,

De plombées et tels pelotes.

Je crie à toutes gens mercis.

mardi 5 juin 2007

Ballade des dames du temps jadis (François Villon)

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

En automne (François Copée)

Quand de la divine enfant de Norvège,

Tout tremblant d'amour, j'osai m'approcher,

Il tombait alors des flocons de neige.

Comme un martinet revole au clocher,

Quand je la revis, plein d'ardeurs plus fortes,

Il tombait alors des fleurs de pêcher.

Ah ! je te maudis, exil qui l'emportes

Et me veux du coeur l'espoir arracher !

Il ne tombe plus que des feuilles mortes.