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samedi 12 janvier 2008

La fille de l'air (Jules Verne)

Après la série sur Evangeline, voici, déposée sur le comptoir de la poésie, une brève série de poèmes à la carte avec le mot "mot".
Car, comme proclame un chanteur inénarrable et néammoins
national, "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes".



Je suis blonde et charmante,

Ailée et transparente,

Sylphe, follet léger, je suis fille de l'air,

Que puis-je avoir à craindre ?

Une nuit de m'éteindre ?

Qu'importe de mourir comme meurt un éclair !

Je vole sur la nue ;

Aux mortels inconnue,

Je dispute en riant la vitesse aux zéphirs !

Il n'est point de tempête

Qui pende sur ma tête ;

Je plane, et n'entends plus des trop lointains soupirs.

Je vais où va l'aurore,

On me retrouve encore

Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !

Quand son tour le ramène,

Prompte, sans perdre haleine,

Je le joins, et c'est moi qu'on salue au réveil.

Qui suis je ? Où suis je ? Où vais je ?

N'ayant pour tout cortège

Que les oiseaux de l'air, les étoiles aux cieux ?

Je ne sais, mais tranquille,

Aux pensers indocile,

Je m'envole au zénith, au fronton radieux !

Parfois je suis contrainte,

Mais c'est la molle étreinte

De l'amour qui me berce en ses vives ardeurs !

J'en connais tous les charmes,

J'en ignore les larmes,

Et toujours en riant, je vais de fleurs en fleurs

Vive, alerte et folâtre

De l'air pur idolâtre

Je vole avec Iris aux couleurs sans pareil ;

Souvent je me dérobe

Dans les plis de sa robe

Faite d'un clair tissu des rayons du soleil.

Souvent dans mon courage,

Je rencontre au passage

Une âme qui s'envole au céleste séjour,

Je ne puis, bonne et tendre,

Lorsqu'elle peut m'entendre,

Ne pas lui souhaiter vers moi le gai retour !

Des échos la tristesse

M'apprend que l'allégresse

Ne règne pas toujours aux choses d'ici-bas,

Et que parfois la guerre

Va remuer la terre.

La faim, le froid, la soif ! Qu'on ne m'en parle pas !

Si jadis quelque chose

Me venait de la rose

C'était le doux parfum que le vent m'apportait !

Je croyais, pauvre folle,

La rose, le symbole

Du bonheur que la terre à mes yeux présentait !

La terre par l'espace

Dans l'ordre qu'elle trace

Traîne trop de malheurs et de peine en son vol ;

Le bruit souvent l'atteste,

Son spectacle est funeste,

Et certes ne vaut pas un détour de mon col !

Pourquoi m'occuper d'elle,

Je suis jeune, et suis belle ;

Mes lèvres sont de rose, et mes yeux sont d'azur :

A mes traits si limpides

L'honneur mettrait des rides,

La terre ternirait l'éclat de mon ciel pur !

Parfois vive et folette,

Poursuivant la comète,

Dans l'espace inconnu nous prenons notre essor !

A mon front je mesure

Sa blonde chevelure

Qui traîne dans les airs un ardent sillon d'or !

Lorsque je me promène,

Pour qu'elle m'entretienne,

Pourquoi pas de compagne aux mots doux et vermeils ?

Quoi ! N'en aurais-je aucune ?

Ah ! Pardon, j'ai la lune,

L'étoile, la planète, et mes mille soleils !

J'ai quelquefois des anges,

Car leurs saintes phalanges,

Je les suis en priant, plus prompte que l'éclair,

Sans leur porter envie,

Je préfère ma vie :

Rien n'est si doux aux sens que de nager dans l'air.

Si le sommeil me gagne,

Ma couche m'accompagne,

Couverte d'un manteau brodé de bleus saphirs ;

Dans les flots de lumière,

Je ferme ma paupière,

Laissant flotter ma robe entrouverte aux zéphirs.

vendredi 11 janvier 2008

Connaissez vous mon Andalouse ? (Jules Verne)

Après la série sur Evangeline, voici, sur le comptoir des vers, une brève série de poèmes à la carte avec le mot "mot".
Car, comme proclame un chanteur inénarrable et néammoins
national, "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes".


Connaissez-vous mon Andalouse,

Plus belle que les plus beaux jours,

Folle amante, plus folle épouse,

Dans ses amours, toute jalouse,

Toute lascive en ses amours !

Vrai dieu ! De ce que j'ai dans l'âme,

Eussé je l'enfer sous mes pas,

Car un mot d'amour de ma dame

A seul allumé cette flamme,

Mon âme ne se plaindra pas !

C'est que ma belle amante est belle,

Lorsqu'elle se mire en mes yeux !

L'étoile ne luit pas tant qu'elle,

Et quand sa douce voix m'appelle,

Je crois qu'on m'appelle des Cieux !

C'est que sa taille souple et fine

Ondule en tendre mouvement,

Et parfois de si fière mine,

Que sa tête qui me fascine

Eblouit comme un diamant !

C'est que la belle créature

Déroule les flots ondoyants

D'une si noire chevelure

Qu'on la couvre, je vous jure,

De baisers tout impatients !

C'est que son oeil sous sa paupière

Lance un rayon voluptueux,

Qui fait bouillir en mon artère,

Tout ce que Vénus de Cythère

Dans son sein attise de feux !

C'est que sur ses lèvres de rose

Le sourire de nuit, de jour

Brille comme une fleur éclose

Et quand sur mon coeur il se pose,

Il le fait palpiter d'amour !

C'est que lorsqu'elle m'abandonne

Sa blanche main pour la baiser,

Que le ciel se déchaîne et tonne,

Que m'importe, - Dieu me pardonne,

Il ne peut autant m'embraser !

C'est que sa bouche bien-aimée

Laisse tomber comme une fleur

Douce haleine parfumée,

Et que son haleine embaumée

Rendrait aux roses leur couleur !

C'est que sa profonde pensée

Vient se peindre en son beau regard,

Et que son âme est caressée,

Comme la douce fiancée

Quand l'amant vient le soir bien tard !

Allons l'amour, les chants, l'ivresse !

Il faut jouir de la beauté !

Amie ! oh que je te caresse !

Que je te rende, ô ma maîtresse,

Palpitante de volupté !

Oh ! viens ! viens toute frémissante,

Qu'importe qu'il faille mourir,

Si je te vois toute expirante

Sous mes baisers, ma belle amante,

Si nous mourons dans le plaisir !

lundi 9 juillet 2007

Le silence dans une église (Jules Verne)

Au levant de la nef, penchant son humide urne,

La nuit laisse tomber l'ombre triste du soir ;

Chasse insensiblement l'humble clarté diurne ;

Et la voûte s'endort sur le pilier tout noir ;

Le silence entre seul sous l'arceau taciturne,

L'ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;

L'autel froid se revêt de sa robe nocturne ;

L'orgue s'éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !

Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;

Tout s'éveille, et le son élargit sa spirale,

L'orgue gémit, l'autel tressaille de ce bruit ;

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;

La voûte le redit, et s'agite dans l'ombre...

Puis tout s'éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !