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samedi 25 octobre 2008

Nocturne (Guillaume Apollinaire)

La carte du comptoir des vers continue sa série de poèmes de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir ...) avec un nocturne

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers marque une pause dans les livraisons d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Le ciel nocturne et bas s'éblouit de la ville

Et mon cœur bat d'amour à l'unisson des vies

Qui animent la ville au-dessous des grands cieux

Et l'allument le soir sans étonner nos yeux

Les rues ont ébloui le ciel de leurs lumières

Et l'esprit éternel n'est que par la matière

Et l'amour est humain et ne vit qu'en nos vies

L'amour cet éternel qui meurt inassouvi

lundi 9 juillet 2007

Circonspection (Paul Verlaine)

Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous

Sous cet arbre géant où vient mourir la brise

En soupirs inégaux sous la ramure grise

Que caresse le clair de lune blême et doux.

Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.

Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guise

Le bonheur qui s'enfuit et l'amour qui s'épuise,

Et nos cheveux frôlés par l'aile des hiboux.

Oublions d'espérer. Discrète et contenue,

Que l'âme de chacun de nous deux continue

Ce calme et cette mort sereine du soleil.

Restons silencieux parmi la paix nocturne :

Il n'est pas bon d'aller troubler dans son sommeil

La nature, ce dieu féroce et taciturne.

Le silence dans une église (Jules Verne)

Au levant de la nef, penchant son humide urne,

La nuit laisse tomber l'ombre triste du soir ;

Chasse insensiblement l'humble clarté diurne ;

Et la voûte s'endort sur le pilier tout noir ;

Le silence entre seul sous l'arceau taciturne,

L'ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;

L'autel froid se revêt de sa robe nocturne ;

L'orgue s'éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !

Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;

Tout s'éveille, et le son élargit sa spirale,

L'orgue gémit, l'autel tressaille de ce bruit ;

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;

La voûte le redit, et s'agite dans l'ombre...

Puis tout s'éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !