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mercredi 13 juin 2018

Ah ne me baisez plus ! (Isaac Habert)

Les poètes de la Renaissance étaient-ils plus directs qu'aujourd'hui ou bien notre belle langue française a-t-elle évolué ? Je lance le débat...

Ah ! ne me baisez plus, ah ! mon coeur, je me meurs,
Doucement je languis, doucement je me pâme,
Dessus ta lèvre molle erre et flotte mon âme
Saoule de la douceur des plus douces humeurs.

Je la vois qui volète entre les vives fleurs
Et ne craint tes beaux yeux clairs et ardents de flamme ;
Sur ton bord soupirant la cannelle et le bame,
Altérée elle boit au fleuve des odeurs,

Au paradis d'amour elle est ores ravie,
Je ne sais si je suis ou mort ou bien en vie,
Car ce baiser me donne et la vie et la mort.

Cà que je baise encor ces fleurettes écloses,
Ah ne me baisez plus, hé rebaisez encor,
Trop heureux si je meurs sur ces lèvres de roses.

vendredi 29 février 2008

A la musique (Arthur Rimbaud)

Déposée sur le comptoir de la poésie, la brève série de poèmes à la carte avec le mot "mot" se poursuit.
Comme le proclame un chanteur inénarrable et
national, "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes ...".



Place de la Gare, à Charleville.


Sur la place taillée en mesquines pelouses,

Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,

Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs

Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

- L'orchestre militaire, au milieu du jardin,

Balance ses schakos dans la Valse des fifres :

Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;

Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :

Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames

Auprès desquelles vont, officieux cornacs,

Celles dont les volants ont des airs de réclames,

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités

Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,

Fort sérieusement discutent les traités,

Puis prisent en argent, et reprennent : " En somme !"

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,

Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,

Savoure son onnaing d'où le tabac par brins

Déborde - vous savez, c'est de la contrebande,

Le long des gazons verts ricanent les voyous,

Et, rendus amoureux par le chant des trombones,

Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious

Caressent les bébés pour enjôler les bonnes ...

Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,

Sous les marronniers verts les alertes fillettes :

Elles le savent bien ; et tournent en riant,

Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours

La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :

Je suis, sous le corsage et les frêles atours,

Le dos divin après la courbe des épaules.

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas ...

Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.

Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas ...

Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres ...

samedi 5 janvier 2008

Idylle des pauvres (Jean Richepin)

Après la série sur Evangeline, voici sur le comptoir des vers quelques rimes à la carte avec le mot "mot". Car comme proclame un chanteur inénarrable "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes".


L'hiver vient de tousser son dernier coup de rhume

Et fuit, emmitouflé dans sa ouate de brume.

On ne reverra plus, avant qu'il soit longtemps,

Sur la vitre, allumée en prismes éclatants,

Fleurir la fleur du givre aux étoiles d'aiguilles.

Voici qu'un frisson monte à la gorge des filles !

C'est le printemps. Salut, bois verts, oiseaux chanteurs,

Ciel délicat ! La brise, où flottent des senteurs,

Apports on ne sait d'où les amoureuses fièvres ;

Et des baisers, errants dans l'air, cherchent des lèvres.

Mais le dur paysan retourne à ses travaux.

Pour lui, qu'importe avril et ses désirs nouveaux ?

Ce qu'il sait seulement, c'est qu'il faut quitter l'âtre,

Qu'il faut recommencer la lutte opiniâtre

Contre la terre en rut, buveuse de sueurs.

Et le chant des oiseaux, l'aube aux fraîches lueurs,

Les papillons, l'azur, lui disent : Prends ta blouse

Et travaille. La terre est ta femme jalouse

Et veut que tu sois tout à elle, et tout le jour.

Féconde-la, vilain, sans penser à l'amour.

Et le dur paysan baise la terre grise

Sans humer les senteurs qui flottent dans la brise,

Sans ouvrir sa poitrine aux souffles embrasés.

Où vous poserez-vous, vols errants de baisers,

Essaim tourbillonnant des amoureuses fièvres ?

Heureusement pour vous que les gueux ont des lèvres.

Ici deux gueux s'aimaient jusqu'à la pâmoison,

Et cela m'a valu trente jours de prison.

Ô gueux, enivrez-vous de l'amour printanière !

Allez, sous le buisson qui vous sert de tanière,

Personne ne vous voit que le bois et le ciel.

L'abeille, qui bourdonne en butinant son miel,

Ne racontera pas les choses que vous faites.

Le papillon, joyeux de voir les champs en fêtes,

Vole sans bruit parmi la plaine aux cent couleurs,

Et pour vous imiter conte fleurette aux fleurs.

Seul, un oiseau, perché sur la plus haute feuille,

Entend les mots qu'on dit et les baisers qu'on cueille,

Et semble se moquer de vous, le polisson !

Mais tout ce qu'il raconte en l'air n'est que chanson.

Aimez-vous ! Savourez, loin du monde et des hommes,

Ce qu'on a de meilleur sur la terre où nous sommes !

Pâmez-vous dans les bras l'un de l'autre sans fin !

Abreuvez votre soif d'aimer ! A votre faim

Repaissez vous longtemps de caresses trop brèves !

Vivez cette minute ainsi qu'on vit en rêves !

Dans le débordement de ce fleuve vermeil

Noyez les jours sans pain, et les nuits sans sommeil,

Et tout ce qui vous reste à vivre dans la dure !

Ô gueux, soyez heureux ! L'amour vous transfigure.

Malgré vos pauvretés, vous êtes riches, beaux.

De l'amour éternel vous portez les flambeaux.

Oui, l'amour qui fait battre à l'instant votre artère,

C'est celui qui féconde autour de vous la terre

C'est celui dont la brise apporte les senteurs,

C'est celui des bois verts et des oiseaux chanteurs,

Celui qui fait gonfler les seins comme des voiles,

Celui qui dans les cieux fait rouler les étoiles,

C'est l'amour éternel que tout veut apaiser

Et par qui l'univers n'est qu'un vaste baiser.

mardi 18 septembre 2007

Là-haut sur ces montagnes (Anonyme)

Là-haut là-haut sur ces montagnes

Il y avait un doux berger

Qui disait dans son langage

Qu'il voulait se marier.

Belles bergères entrez en danse

Regardez comme l'on danse

Faites des tours et des demi-tours

Belles embrassez vos amours !