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lundi 29 octobre 2007

Voix de l'orgueil : un cri puissant comme d'un cor (Paul Verlaine)

Voix de l'Orgueil : un cri puissant comme d'un cor,

Des étoiles de sang sur des cuirasses d'or.

On trébuche à travers des chaleurs d'incendie ...

Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor.

Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie

De neige lente. Il fait si froid ! Lourde, affadie,

La vie a peur et court follement sur le quai

Loin de la cloche qui devient plus assourdie.

Voix de la Chair : un gros tapage fatigué.

Des gens ont bu. L'endroit fait semblant d'être gai.

Des yeux, des noms, et l'air plein de parfums atroces

Où vient mourir le gros tapage fatigué.

Voix d'Autrui : des lointains dans des brouillards. Des noces

Vont et viennent. Des tas d'embarras. Des négoces,

Et tout le cirque des civilisations

Au son trotte-menu du violon des noces.

Colères, soupirs noirs, regrets, tentations

Qu'il a fallu pourtant que nous entendissions

Pour l'assourdissement des silences honnêtes,

Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,

Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes,

Sentences, mots en vain, métaphores mal faites,

Toute la rhétorique en fuite des péchés,

Ah, les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes !

Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.

Mourez à nous, mourez aux humbles voeux cachés

Que nourrit la douceur de la Parole forte,

Car notre coeur n'est plus de ceux que vous cherchez !

Mourez parmi la voix que la Prière emporte

Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte

Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour,

Mourez parmi la voix que la Prière apporte,

Mourez parmi la voix terrible de l'Amour !

mercredi 18 juillet 2007

Triste penser en prison trop obscure (François Ier roi de France)

Triste penser, en prison trop obscure,

L'honneur, le soin, le devoir et la cure

Que je soutiens des malheureux soudards,

Devant mes yeux desquels j'ai la figure,

Qui par raison et aussi par nature

Devaient mourir entre piques et dards,

Plutôt que voir fuir leurs étendards,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Me font perdre de raison l'attrempance.

Toujours Amour par fermeté procure

Qu'à désespoir point ne fasse ouverture ;

Mais tous malheurs viennent de tant de parts

Qu'ils me rendent indigne créature,

Tant que d'erreur à mon chef fais ceinture.

Ces yeux baignés vers toi font les regards,

Ne faisant plus contre ennui les remparts ;

Si n'est avoir ton nom en révérence,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Mais je ne sais pourquoi tourna l'augure

En mal sur moi : car ma progéniture

Eut tant de bien, qu'en tous lieux fut épars.

Plaisir pour deuil était lors leur vêture ;

Plaisante et douce y semblait nourriture

De leurs sujets gardant brebis en parcs,

Toujours battirent lions et léopards ;

Mais j'ai grand'peur n'avoir tel heur en France,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Oh ! grande Amour, éternel, sans rupture,

Dont l'infini est juste la mesure,

Dis-moi, perdrai-je à jamais ta présence ?

Donc, brief verras sur moi la sépulture :

L'esprit à toi, pour le corps pourriture,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.