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mardi 4 septembre 2012

Elégie (Evariste de Parny)

Poème pas trop surchargé mais assez plat d'un obscur poète


Que le bonheur arrive lentement !
Que le bonheur s'éloigne avec vitesse !
Durant le cours de ma triste jeunesse
Si j'ai vécu, ce ne fut qu'un moment.
Je suis puni de ce moment d'ivresse.
L'espoir qui trompe a toujours sa douceur,
Et dans nos maux du moins il nous console ;
Mais loin de moi l'illusion s'envole,
Et l'espérance est morte dans mon coeur.
Ce coeur, hélas ! que le chagrin dévore,
Ce coeur malade et surchargé d'ennui,
Dans le passé veut ressaisir encore
De son bonheur la fugitive aurore,
Et tous les biens qu'il n'a plus aujourd'hui ;
Mais du présent l'image trop fidèle
Me suit toujours dans ces rêves trompeurs,
Et sans pitié la vérité cruelle
Vient m'avertir de répandre des pleurs.
J'ai tout perdu ; délire, jouissance,
Transports brûlants, paisible volupté,
Douces erreurs, consolante espérance,
J'ai tout perdu : l'amour seul est resté.

samedi 14 février 2009

Les ténèbres (Charles Baudelaire)

Sans bijoux, la carte du comptoir des vers insiste dans sa série sur Charles Baudelaire. Après toute entière, le chat, confession, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, l'albatros, à celle qui est trop gaie, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", correspondances, une mendiante rousse, une martyre et les bijoux, voici une courte oeuvre classique du poète tourmenté.
Pour les puristes, la carte du comptoir des poésies mentionne que les ténèbres étaient initialement composées de quatre stophes, deux de quatre vers et deux de trois vers et ont été publiées dans les Fleurs du mal .

La production sans crise de Baudelaire, que ses ailes de géant empêchent souvent de marcher, amènent la carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, à cesser momentanément l'Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, rois mages, petit chat, l'hymne au soleil, nénuphars), le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, La Victoire, A l'Italie, l'Emigrant de Landor Road, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Acousmate, Annie, l'Adieu, Marizibill, Nocturne, Le Vigneron Champenois, Nuit Rhénane, Chant de l'Horizon en Champagne, A la Santé ...), l'Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Nous dormirons ensemble, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, L'affiche rouge, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Un jour un jour, Santa Espina, La rose et le réséda, La belle italienne, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, Les yeux d'Elsa), l'Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire) et l'Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, Chanson de la plus haute tour, Ma Bohème, Sensations, Voyelles, Vénus Anadyomène, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Dans les caveaux d'insondable tristesse

Où le destin m'a déjà relégué,

Où jamais n'entre un rayon rose et gai ;

Où, seul avec la nuit, maussade hôtesse,

Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur

Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres,

Où, cuisinier aux appétits funèbres,

Je fais bouillir et je mange mon coeur,

Par instants brille, et s'allonge, et s'étale

Un spectre fait de grâce et de splendeur.

A sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur,

Je reconnais ma belle visiteuse :

C'est elle ! Noire et pourtant lumineuse.

jeudi 23 octobre 2008

Les dimanches : tant de tristesse et tant de cloches (Georges Rodenbach)

En ce dimanche de pluie, en attendant un hypothétique réapprovisionnement en Arthur Rimbaud et en voyelles mais aussi en Guillaume Apollinaire, en pont Mirabeau et en Nuit Rhénane, la carte du comptoir des vers propose l'opus de Toussaint d'un symboliste de Belgique.

Les dimanches : tant de tristesse et tant de cloches !

Volets fermés, outils au repos, piano

Grêlement tapoté par des doigts sans anneau,

Des doigts de vierges dont les coeurs sont sans reproches.

Solitude où quelques passants ; vêpres qui geint ;

Couleur de demi-deuil planant sur les dimanches,

Avec de la fumée en lentes vapeurs blanches

Et du triste dans l'air comme un jour de Toussaint.

Silence des quartiers monotones. L'espace

Est indistinct, d'un vague où tout semble éloigné ;

Et l'on entend, tandis que le soir a saigné,

Les lointains cris d'enfants en oubli de la classe.

Sois-même, dans la rue, on regrette les bons

Naguères parmi la maison familiale

Et son enfance et l'âme en ce temps liliale

Et la tiède chaleur de lampe et de charbons.

Les dimanches : tant de tristesses ! Tant de cloches

Vers le faubourg où la lenteur des pas conduit ...

Une lanterne en ce commencement de nuit

S'éclaire doucement comme un oeil qui reproche.

L' horizon noir ressemble à des linceuls cousus ...

Puis voici qu'un second réverbère s'allume

Triste, si triste au loin, clignotant dans la brume,

Tous deux, - comme les yeux d'enfants qu'on n'a pas eus.

lundi 17 septembre 2007

Fantaisie triste (Aristide Bruant)

I' bruinait... L' temps était gris,

On n'voyait pus l' ciel ... L'atmosphère,

Semblant suer au d'ssus d' Paris,

Tombait en bué' su' la terre.

I' soufflait quéqu'chose... on n'sait d'où,

C'était ni du vent ni d'la bise,

Ça glissait entre le col et l'cou

Et ça glaçait sous not' chemise.

Nous marchions d'vant nous, dans l'brouillard,

On distinguait des gens maussades,

Nous, nous suivions un corbillard

Emportant l'un d'nos camarades.

Bon Dieu ! qu'ça faisait froid dans l'dos !

Et pis c'est qu'on n'allait pas vite ;

La moell' se figeait dans les os,

Ça puait l'rhume et la bronchite.

Dans l'air y avait pas un moineau,

Pas un pinson, pas un' colombe,

Le long des pierres il coulait d'l'eau,

Et ces pierr's-là... c'était sa tombe.

Et je m'disais, pensant à lui

Qu' j'avais vu rire au mois de septembre

Bon Dieu ! qu'il aura froid c'tte nuit !

C'est triste d'mourir en décembre.

J'ai toujours aimé l'bourguignon,

I' m' sourit chaqu' fois qu' i' s'allume ;

J' voudrais pas avoir le guignon

D' m'en aller par un jour de brume.

Quand on s'est connu l' teint vermeil,

Riant, chantant, vidant son verre,

On aim' ben un rayon d'soleil...

Le jour ousqu' on vous porte en terre.

mercredi 18 juillet 2007

Triste penser en prison trop obscure (François Ier roi de France)

Triste penser, en prison trop obscure,

L'honneur, le soin, le devoir et la cure

Que je soutiens des malheureux soudards,

Devant mes yeux desquels j'ai la figure,

Qui par raison et aussi par nature

Devaient mourir entre piques et dards,

Plutôt que voir fuir leurs étendards,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Me font perdre de raison l'attrempance.

Toujours Amour par fermeté procure

Qu'à désespoir point ne fasse ouverture ;

Mais tous malheurs viennent de tant de parts

Qu'ils me rendent indigne créature,

Tant que d'erreur à mon chef fais ceinture.

Ces yeux baignés vers toi font les regards,

Ne faisant plus contre ennui les remparts ;

Si n'est avoir ton nom en révérence,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Mais je ne sais pourquoi tourna l'augure

En mal sur moi : car ma progéniture

Eut tant de bien, qu'en tous lieux fut épars.

Plaisir pour deuil était lors leur vêture ;

Plaisante et douce y semblait nourriture

De leurs sujets gardant brebis en parcs,

Toujours battirent lions et léopards ;

Mais j'ai grand'peur n'avoir tel heur en France,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

Oh ! grande Amour, éternel, sans rupture,

Dont l'infini est juste la mesure,

Dis-moi, perdrai-je à jamais ta présence ?

Donc, brief verras sur moi la sépulture :

L'esprit à toi, pour le corps pourriture,

Quand de te voir j'ai perdu l'espérance.

samedi 14 juillet 2007

Chambre d'amour (Pierre Quillard)

La nuit tiède est clémente à la ville qui dort ;

Des lys impérieux triomphent dans la chambre

Et cependant nos coeurs sont froids comme Décembre

Et nos baisers d'amour amers comme la mort.

Ta douce bouche s'ouvre à des chansons mièvres

Et tes seins bienveillants accueillent mon front las ;

Mais, ô ma douloureuse enfant, je ne sais pas

Pourquoi les dieux mauvais empoisonnent nos lèvres.

Qu'importe ? viens vers moi, triste soeur ; aimons-nous,

Sans craindre la saveur glorieuse des larmes,

Tels des héros blessés avec leurs propres armes

Et dont le glaive d'or a rompu les genoux.

Viens ! nous aurons l'orgueil des âmes taciturnes

En cette chambre morne et veuve de flambeaux,

Où, semblable à l'odeur des antiques tombeaux,

Un parfum sépulcral monte des lys nocturnes.

jeudi 12 juillet 2007

Brise marine (Stéphane Mallarmé)

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres

D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe

Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,

Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...

Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !