Affichage des articles dont le libellé est oeil. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est oeil. Afficher tous les articles

vendredi 27 juillet 2007

Adieux à Suzon (Alfred de Musset)

Adieu, Suzon, ma rose blonde,

Qui m'as aimé pendant huit jours ;

Les plus courts plaisirs de ce monde

Souvent font les meilleurs amours.

Sais-je, au moment où je te quitte,

Où m'entraîne mon astre errant ?

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Toujours courant.

Je pars, et sur ma lèvre ardente

Brûle encor ton dernier baiser.

Entre mes bras, chère imprudente,

Ton beau front vient de reposer.

Sens-tu mon coeur, comme il palpite ?

Le tien, comme il battait gaiement !

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Toujours t'aimant.

Paf ! c'est mon cheval qu'on apprête.

Enfant, que ne puis-je en chemin

Emporter ta mauvaise tête,

Qui m'a tout embaumé la main !

Tu souris, petite hypocrite,

Comme la nymphe, en t'enfuyant.

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Tout en riant.

Que de tristesse, et que de charmes,

Tendre enfant, dans tes doux adieux !

Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,

Lorsque ton coeur est dans tes yeux.

A vivre ton regard m'invite ;

Il me consolerait mourant.

Je m'en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m'oublies,

Suzon, dure encore un moment ;

Comme un bouquet de fleurs pâlies,

Cache-le dans ton sein charmant !

Adieu ; le bonheur reste au gîte,

Le souvenir part avec moi :

Je l'emporterai, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Toujours à toi.

mardi 10 juillet 2007

Rimes riches à l'oeil (Alphonse Allais)

L'homme insulté‚ qui se retient

Est, à coup sûr, doux et patient.

Par contre, l'homme à l'humeur aigre

Gifle celui qui le dénigre.

Moi, je n'agis qu'à bon escient :

Mais, gare aux fâcheux qui me scient !

Qu'ils soient de Château l'Abbaye

Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,

Je les rejoins d'où qu'ils émanent,

Car mon courroux est permanent.

Ces gens qui se croient des Shakespeares

Ou rois des îles Baléares !

Qui, tels des condors, se soulèvent !

Mieux vaut le moindre engoulevent.

Par le diable, sans être un aigle,

Je vois clair et ne suis pas bigle.

Fi des idiots qui balbutient !

Gloire au savant qui m'entretient !