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mercredi 17 octobre 2012

L'Ecclésiaste (Charles-Marie Lecomte de Lisle)

Lecomte de Lisle se moque gentiment de l'Ecclésiaste un des livres de l'Ancien Testament


L'Ecclésiaste a dit : un chien vivant vaut mieux
Qu'un lion mort. Hormis, certes, manger et boire,
Tout n'est qu'ombre et fumée. Et le monde est très vieux,
Et le néant de vivre emplit la tombe noire.

Par les antiques nuits, à la face des cieux,
Du sommet de sa tour comme d'un promontoire,
Dans le silence, au loin laissant planer ses yeux,
Sombre, tel il songeait sur son siège d'ivoire.

Vieil amant du soleil, qui gémissais ainsi,
L'irrévocable mort est un mensonge aussi.
Heureux qui d'un seul bond s'engloutirait en elle !

Moi, toujours, à jamais, j'écoute, épouvanté,
Dans l'ivresse et l'horreur de l'immortalité,
Le long rugissement de la Vie éternelle.


lundi 6 août 2012

A Monsieur le comte Algarotti (Voltaire)

Poème traitant en vrac, d'astronomie, de philosophie, de Maupertuis, de Padoue, de Mantoue ...


Lorsque ce grand courrier de la philosophie,
Condamine l'observateur,
De l'Afrique au Pérou conduit par Uranie,
Par la gloire, et par la manie,
S'en va griller sous l'équateur,
Maupertuis et Clairaut, dans leur docte fureur,
Vont geler au pôle du monde.
Je les vois d'un degré mesurer la longueur,
Pour ôter au peuple rimeur
Ce beau nom de machine ronde,
Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers,
Donnaient à l'aventure à ce plat univers.

Les astres étonnés, dans leur oblique course,
Le grand, le petit Chien, et le Cheval, et l'Ourse,
Se disent l'un à l'autre, en langage des cieux :
"Certes, ces gens sont fous, ou ces gens sont les dieux".

Et vous, Algarotti, vous, cygne de Padoue,
Élève harmonieux du cygne de Mantoue,
Vous allez donc aussi, sous le ciel des frimas,
Porter, en grelottant, la lyre et le compas,
Et, sur des monts glacés traçant des parallèles,
Faire entendre aux Lapons vos chansons immortelles ?

Allez donc, et du pôle observé, mesuré,
Revenez aux Français apporter des nouvelles.
Cependant je vous attendrai,
Tranquille admirateur de votre astronomie,
Sous mon méridien, dans les champs de Cirey,
N'observant désormais que l'astre d'Émilie.
Échauffé par le feu de son puissant génie,
Et par sa lumière éclairé,
Sur ma lyre je chanterai
Son âme universelle autant qu'elle est unique ;
Et j'atteste les cieux, mesurés par vos mains,
Que j'abandonnerais pour ses charmes divins
L'équateur et le pôle arctique.

mercredi 1 août 2012

Ronsard si tu as su par tout le monde épandre (Théodore Agrippa d'Aubigné)

Petit poème entier plein d'arguments voire d'arguties


Ronsard si tu as su par tout le monde épandre
L'amitié, la douceur, les grâces, la fierté,
Les faveurs, les ennuis, l'aise et la cruauté,
Et les chastes amours de toi et ta Cassandre,

Je ne veux à l'envi pour sa nièce, entreprendre
D'en rechanter autant comme tu as chanté,
Mais je veux comparer à beauté la beauté,
Et mes feux à tes feux, et ma cendre à ta cendre.

Je sais que je ne puis dire si doctement,
Je quitte de savoir, je brave d'argument,
Qui de l'écrit augmente ou affaiblit la grâce.

Je sers l'aube qui naît, toi le soir mutiné,
Lorsque de l'Océan l'adultère obstiné,
Jamais ne veut tourner à l'Orient sa face.

mardi 24 juillet 2012

Je penserai plutôt la mer non variable (Marc de Papillon de Lasphrise)

Ce poème est-il mathématique ou idiot ? A moins que ce ne soit Lasphrise sur le gâteau ...


Je penserai plutôt la mer non variable,
Le beau printemps sans fleurs, le mois d'août sans moissons,
Le froidureux hiver sans neige, sans glaçons,
Et le pauvre idiot avisément croyable.

Je penserai plutôt le bonheur abhorrable,
L'automne sans fruitage, et sans nulles boissons,
Le monde sans envie, et la mer sans poissons,
Que je pensasse en rien son dire véritable.

Jamais plus faussement nul ne fut accusé,
Ni l'honneur de Suzanne à grand tort méprisé.
Ha ! Langue serpentine envers tous venimeuse !

Punis, mon Dieu, punis ce menteur inconstant,
Brise, accable son chef de ton foudre éclatant,
Pour apprendre à blâmer la beauté vertueuse.

samedi 20 juin 2009

Les sapins (Anatole France)

"Les grands sapins, pleins d'ombre et d'agrestes senteurs" ...
Après une longue pause, la carte du comptoir des vers reprend avec un Anatole France fleurant bon la résine et beau comme l'antique !
La carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, analyse ou explication de texte, propose aussi de nombreux "classiques" présentés en bas de ce poème.


On entend l'Océan heurter les promontoires,

De lunaires clartés blêmissent le ravin

l'homme perdu, seul, épars, se cherche en vain ;

Le vent du nord, sonnant dans les frondaisons noires,

Sur les choses sans forme épand l'effroi divin.

Paisibles habitants aux lentes destinées,

Les grands sapins, pleins d'ombre et d'agrestes senteurs,

De leurs sommets aigus couronnent les hauteurs ;

Leurs branches, sans fléchir, vers le gouffre inclinées,

Tristes, semblent porter d'iniques pesanteurs.

Ils n'ont point de ramure aux nids hospitalière,

Ils ne sont pas fleuris d'oiseaux et de soleil,

Ils ne sentent jamais rire le jour vermeil ;

Et, peuple enveloppé dans la nuit familière,

Sur la terre autour d'eux pèse un muet sommeil.

La vie, unique bien et part de toute chose,

Divine volupté des êtres, don des fleurs,

Seule source de joie et trésor de douleurs,

Sous leur rigide écorce est cependant enclose

Et répand dans leur corps ses secrètes chaleurs.

Ils vivent. Dans la brume et la neige et le givre,

Sous l'assaut coutumier des orageux hivers,

Leurs veines sourdement animent leurs bras verts,

Et suscitent en eux cette gloire de vivre

Dont le charme puissant exalte l'univers.

Pour la fraîcheur du sol d'où leur pied blanc s'élève,

Pour les vents glacials, dont les tourbillons sourds

Font à peine bouger leurs bras épais et lourds,

Et pour l'air, leur pâture, avec la vive sève,

Coulent dans tout leur sein d'insensibles amours.

En souvenir de l'âge où leurs aïeux antiques,

D'un givre séculaire étreints rigidement,

Respiraient les frimas, seuls, sur l'escarpement

Des glaciers où roulaient des îlots granitiques,

L'hiver les réjouit dans l'engourdissement.

Mais quand l'air tiédira leurs ténèbres profondes,

Ils ne sentiront pas leur être ranimé

Multiplier sa vie au doux soleil de mai,

En de divines fleurs d'elles-mêmes fécondes,

Portant chacune un fruit dans son sein parfumé.

Leurs flancs s'épuiseront à former pour les brises

Ces nuages perdus et de nouveaux encor,

En qui s'envoleront leurs esprits, blond trésor,

Afin qu'en la forêt quelques grappes éprises

Tressaillent sous un grain de la poussière d'or.

Ce fut jadis ainsi que la fleur maternelle

Les conçut au frisson d'un vent mystérieux ;

C'est ainsi qu'à leur tour, pères laborieux,

Ils livrent largement à la brise infidèle

La vie, immortel don des antiques aïeux.

Car l'ancêtre premier dont ils ont reçu l'être

Prit sur la terre avare, en des âges lointains,

Une rude nature et de mornes destins ;

Et les sapins, encor semblables à l'ancêtre,

Éternisent en eux les vieux mondes éteints.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le savetier et le financier, le loup et l'agneau
, le cheval s'étant voulu venger du cerf


- Victor Hugo : l'an neuf de l'Hegire, ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, à une jeune fille

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Bruxelles, petites amoureuses, ma Bohème, à la musique, aube, soleil et chair, chant de guerre parisien, première soirée, Michel et Christine, Marine, les assis, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, au cabaret vert (cinq heures du soir), jeune ménage,tête de faune, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne, nocturne, ô naturel désir, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, à l'Italie, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, le chef de section, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, j'arrive où je suis étranger, la rose et le réséda, les yeux d'Elsa

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", le soleil, une martyre, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), correspondances, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, premières feuilles, la vieille femme de la Lune, vous parler ?, chemins de l'ouest, la grotte des lépreux, la paix

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le voeu, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'indépassable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

samedi 4 avril 2009

La mort d'une libellule (Anatole France)

La carte du comptoir livre un poème animalier d'Anatole France.

La carte du comptoir des poésies, sans plus de commentaires ni d'explications, suggère ses "classiques" en bas de cet opus.


Sous les branches de saule en la vase baignées

Un peuple impur se tait, glacé dans sa torpeur,

Tandis qu'on voit sur l'eau de grêles araignées

Fuir vers les nymphéas que voile une vapeur.

Mais, planant sur ce monde où la vie apaisée

Dort d'un sommeil sans joie et presque sans réveil,

Des êtres qui ne sont que lumière et rosée

Seuls agitent leur âme éphémère au soleil.

Un jour que je voyais ces sveltes demoiselles,

Comme nous les nommons, orgueil des calmes eaux,

Réjouissant l'air pur de l'éclat de leurs ailes,

Se fuir et se chercher par-dessus les roseaux,

Un enfant, l'oeil en feu, vint jusque dans la vase

Pousser son filet vert à travers les iris,

Sur une libellule ; et le réseau de gaze

Emprisonna le vol de l'insecte surpris.

Le fin corsage vert fut percé d'une épingle ;

Mais la frêle blessée, en un farouche effort,

Se fit jour, et, prenant ce vol strident qui cingle,

Emporta vers les joncs son épingle et sa mort.

Il n'eût pas convenu que sur un liège infâme

Sa beauté s'étalât aux yeux des écoliers :

Elle ouvrit pour mourir ses quatre ailes de flamme,

Et son corps se sécha dans les joncs familiers.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, les ténèbres, une mendiante rousse, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, à celle qui est trop gaie, à une dame créole, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", confession, le chat

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, le voeu, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

-
Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, vous parler ?, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, premières feuilles, la solitude, la grotte des lépreux

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, petites amoureuses, aube, soleil et chair, au cabaret vert (cinq heures du soir), ma Bohème, Michel et Christine, jeune ménage,tête de faune, à la musique, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, ô naturel désir, Annie, Marizibill, à l'Italie, le chef de section, acousmate, dans l'abri-caverne, la Victoire, chant de l'horizon en Champagne,nocturne, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, un jour un jour, nous dormirons ensemble, Santa Espina,la rose et le réséda, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, chambre garnie, chambres d'un moment,
Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Et, bien entendu, le kitschissime poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

mardi 17 février 2009

Que serais-je sans toi ? (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte continuent leur série sur Louis Aragon, le poète simultanément surréaliste et communiste, avec le célèbre "Que serais-je sans toi ?" mis en musique par Jean Ferrat.

Si l'Aragon (ou la Castille ...) ne vous conviennent pas, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi sa sélection :

- Louis Aragon : l'étrangère, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, sensations, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

-
Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi qu'un
coeur au bois dormant ?

Que cette
heure arrêtée au cadran de la montre ?

Que serais-je sans toi que ce balbutiement ?

J'ai tout appris de toi sur les
choses humaines

Et j'ai vu désormais le monde à ta façon

J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines

Comme on
lit dans le ciel les étoiles lointaines

Comme au passant qui chante on reprend sa chanson

J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi qu'un
coeur au bois dormant ?

Que cette
heure arrêtée au cadran de la montre ?

Que serais-je sans toi que ce balbutiement ?

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne

Qu'il fait
jour à midi, qu'un ciel peut être bleu

Que le
bonheur n'est pas un quinquet de taverne

Tu m'as pris par la
main dans cet enfer moderne

l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux

Tu m'as pris par la
main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi qu'un
coeur au bois dormant ?

Que cette
heure arrêtée au cadran de la montre ?

Que serais-je sans toi que ce balbutiement ?

Qui parle de
bonheur a souvent les yeux tristes

N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue

Une corde brisée aux doigts du guitariste

Et pourtant je vous dis que le
bonheur existe

Ailleurs que dans le
rêve, ailleurs que dans les nues.

Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi qu'un
coeur au bois dormant ?

Que cette
heure
arrêtée au cadran de la montre ?

Que serais-je sans toi que ce balbutiement ?

mercredi 4 février 2009

Confession (Charles Baudelaire)

Loin des bijoux, la carte du comptoir des vers poursuit sa série sur Charles Baudelaire. Après toute entière, le chat, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, l'albatros, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", correspondances, une mendiante rousse, une martyre et les bijoux, voici une confession.
Pour les puristes, la carte du comptoir poétique mentionne que confession était initialement composée de dix strophes de quatre vers .

Ce flux continu de Baudelaire, que ses ailes de géant empêchent souvent de marcher, amènent la carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, à cesser pour l'instant de faire l'Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), d'Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars), le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire), l'Aragon (Elsa, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Un jour un jour, Charlot mystique, Santa Espina, La rose et le réséda, La belle italienne, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, Voyelles, Vénus Anadyomène, Ma Bohème, Sensations, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Acousmate, Annie, l'Adieu, Marizibill, Nocturne, La Victoire, A l'Italie, l'Emigrant de Landor Road, Dans l'Abri-caverne, Le Vigneron Champenois, Nuit Rhénane, Chant de l'Horizon en Champagne, A la Santé ...).


Une fois, une seule, aimable et douce femme,

A mon bras votre bras poli

S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme

Ce souvenir n'est point pâli),

Il était tard, ainsi qu'une médaille neuve

La pleine lune s'étalait,

Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,

Sur Paris dormant ruisselait.

Et le long des maisons, sous les portes cochères,

Des chats passaient furtivement,

L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,

Nous accompagnaient lentement.

Tout à coup, au milieu de l'intimité libre

Éclose à la pâle clarté,

De vous, riche et sonore instrument où ne vibre

Que la radieuse gaieté,

De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare

Dans le matin étincelant,

Une note plaintive, une note bizarre

S'échappa, tout en chancelant

Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde,

Dont sa famille rougirait,

Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,

Dans un caveau mise au secret.

Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde :

Que rien ici-bas n'est certain,

Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,

Se trahit l'égoïsme humain,

Que c'est un dur métier que d'être belle femme,

Et que c'est le travail banal

De la danseuse folle et froide qui se pâme

Dans un sourire machinal,

Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte,

Que tout craque, amour et beauté,

Jusqu'à ce que l'oubli les jette dans sa hotte

Pour les rendre à l'Éternité !

J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,

Ce silence et cette langueur,

Et cette confidence horrible chuchotée

Au confessionnal du coeur.