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dimanche 8 juillet 2007

Chant royal de l'arbre de vie (Guillaume Crétin)

Le maistre ouvrier en vraye agriculture

Planta jadis au terrestre verger

Arbres plusieurs, de fruict et floriture

Belles a veoir et doulces a manger ;

Dont ordonna une fructueuse ente

De ses clozier et cloziere estre exempte

Du fruict cueillir ; mais le serpent hideux

Si fort souffla qu'en mangerent tous deux,

Soulz fainct blazon de parole fardee ;

Pour ce fut veue a l'occasion d'eux

L'arbre de vie en tout temps bien gardee.

L'arbre touchee avoit telle nature

Que la science aprenoit de leger

Du bien et mal, et par coup d'avanture

Faisoit la vie au mangeant abreger ;

Mais se l'homme eust en pensee innocente

Gardé justice originelle absente,

Au mesme instant qu'en desir convoiteux

Gousta le fruict deffendu, fort piteux,

N'eust sa fortune en tel point hazardee ;

Car il avoit pour repas non doubteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Moult différente est l'arbre en nourriture

A celle ayant goust de mortel danger,

Elle preserve ung corps de pourriture,

Et vivifie en tout sans rien changer ;

Elle a vertu si grande et excellente,

Que ne l'actaint froidure violente

Grésil, frimas, gresle, vent despiteux,

Divers orage estrange et hazardeux

N'ont la beauté de son tainct blasfardee ;

Mais fut et est pour humains souffreteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le cherubin du verger ayant cure

Garde tousjours celle arbre endommager ;

Glayve trenchant et ardente closture

Font de ce lieu tous perilz estranger.

Or entendons, Eve est l'arbre dolente,

Marie aussi celle très redolante

L'une a porté germe deffectueux,

Et l'autre si très digne et vertueux

Que par luy fut paix au monde accordee ;

Dont bien se nomme, a tiltre sumptueux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le Createur voulant sa creature

Du fyer dragon plutonique venger,

L'arbre a gardee entiere sans fracture,

Et mal n'y sceut loy commune exiger ;

Corruption d'originelle sente

Onc n'encourut, et fault que d'elle on sente

Racyne, tyge et branches vers les cieux

Estre exaltez, sans ce qu'aer vicieux

Ayt la vertu de sa fleur retardee ;

Veu qu'a produit fruict sur tous précieux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Prince du puy, ne soions soucieux,

Fors d'humble bouche et cueur devocieux

Tenir la Vierge, en concept regardee,

Estre en despit des faulx seditieux

L'Arbre de Vie en tous temps bien gardee.

dimanche 1 juillet 2007

Les contredits de Franc Gontier (François Villon)

Sur mol duvet assis, un gras chanoine,

Lez un brasier, en chambre bien nattée,

A son côté gisant dame Sidoine

Blanche, tendre, polie et attintée,

Boire hypocras, à jour et à nuitée,

Rire, jouer, mignonner et baiser,

Et nu à nu, pour mieux des corps s'aiser,

Les vis tous deux, par un trou de mortaise :

Lors je connus que, pour deuil apaiser,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc Gontier et sa compagne Hélène

Eussent cette douce vie hantée,

D'oignons, civots, qui causent forte haleine

N'acontassent une bise tostée.

Tout leur maton, ne toute leur potée,

Ne prise un ail, je le dis sans noiser.

S'ils se vantent coucher sous le rosier,

Lequel vaut mieux ? Lit côtoyé de chaise ?

Ou'en dites-vous ? Faut-il à ce muser ?

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent d'orge et d'avoine,

Et boivent eaue tout au long de l'année.

Tous les oiseaux d'ici en Babyloine

A tel école une seule journée

Ne me tendroient, non une matinée.

Or s'ébatte, de par Dieu, Franc Gontier,

Hélène o lui, sous le bel églantier :

Se bien leur est, cause n'ai qu'il me pèse ;

Mais quoi qu'il soit du laboureux métier,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Prince, juge, pour tôt nous accorder.

Quant est de moi, mais qu'à nul ne déplaise,

Petit enfant, j'ai oï recorder :

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

lundi 25 juin 2007

Ballade de Merci (François Villon)

A Chartreux et à Célestins,

A Mendiants et à Dévotes,

A musards et claquepatins,

A servants et filles mignottes

Portants surcots et justes cottes,

A cuidereaux d'amour transis,

Chaussant sans méhaing fauves bottes,

Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,

Pour avoir plus largement hôtes,

A ribleurs, mouveurs de hutins

A bateleurs trayant marmottes,

A fous, folles, à sots, à sottes,

Qui s'en vont sifflant six à six

A vessies et mariottes,

Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins

Qui m'ont fait ronger dures crôtes,

Mâcher maints soirs et maints matins,

Qu'ores je ne crains trois crottes.

Je fisse pour eux pets et rottes ;

Je ne puis, car je suis assis.

Au fort, pour éviter riottes,

Je crie à toutes gens mercis.

Qu'on leur froisse les quinze côtes

De gros maillets forts et massis,

De plombées et tels pelotes.

Je crie à toutes gens mercis.