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dimanche 2 mai 2021

Ballade des contre-vérités (François Villon)

Il n'est soin que quand on a faim

Ne service que d'ennemi,

Ne mâcher qu'un botel de fain,

Ne fort guet que d'homme endormi,

Ne clémence que félonie,

N'assurance que de peureux,

Ne foi que d'homme qui renie,

Ne bien conseillé qu'amoureux.


Il n'est engendrement qu'en boin

Ne bon bruit que d'homme banni,

Ne ris qu'après un coup de poing,

Ne lotz que dettes mettre en ni,

Ne vraie amour qu'en flatterie,

N'encontre que de malheureux,

Ne vrai rapport que menterie,

Ne bien conseillé qu'amoureux.


Ne tel repos que vivre en soin,

N'honneur porter que dire : " Fi ! ",

Ne soi vanter que de faux coin,

Ne santé que d'homme bouffi,

Ne haut vouloir que couardie,

Ne conseil que de furieux,

Ne douceur qu'en femme étourdie,

Ne bien conseillé qu'amoureux.


Voulez-vous que verté vous dire ?

Il n'est jouer qu'en maladie,

Lettre vraie qu'en tragédie,

Lâche homme que chevalereux,

Orrible son que mélodie,

Ne bien conseillé qu'amoureux. 

dimanche 15 juillet 2012

Problème ou Ballade de la Fortune (François Villon)


Poème tour, poème tunisien ou poème économique ? (le tout dans un français archaïque pas si éloigné du français de Twitter ou des SMS)

Fortune fus par clercs jadis nommée,
Que toi, François, crie et nomme meurtrière,
Qui n'es homme d'aucune renommée.
Meilleur que toi fais user en plâtrière,
Par pauvreté, et fouir en carrière ;
S'à honte vis, te dois-tu doncques plaindre ?
Tu n'es pas seul ; si ne te dois complaindre.
Regarde et vois de mes faits de jadis,
Maints vaillants hommes par moi morts et roidis ;
Et n'es, ce sais, envers eux un souillon.
Apaise-toi, et mets fin en tes dits.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Contre grands rois me suis bien animée,
Le temps qui est passé ça en arrière :
Priam occis et toute son armée,
Ne lui valut tour, donjon ni barrière ;
Et Hannibal demoura-il derrière ?
En Carthage par Mort le fis atteindre ;
Et Scipion l'Africain fis éteindre ;
Jules César au Sénat je vendis ;
En Egypte Pompée je perdis ;
En mer noyai Jason en un bouillon ;
Et une fois Rome et Romains hardis.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Alexandre, qui tant fit de hemée,
Qui voulut voir l'étoile poussinière,
Sa personne par moi fut envlimée ;
Alphasar roi, en champ, sur sa bannière
Rué jus mort. Cela est ma manière,
Ainsi l'a fait, ainsi le maintiendrai :
Autre cause ne raison n'en rendrai.
Holofernes l'idolâtre maudis,
Qu'occit Judith (et dormoit entandis !)
De son poignard, dedans son pavillon ;
Absalon, quoi ? en fuyant le pendis.
Par mon conseil prends tout en gré, Villon !

Pour ce, François, écoute que te dis :
Se rien pusse sans Dieu de Paradis,
A toi n'autre ne demourroit haillon,
Car, pour un mal, lors j'en feroie dix.
Par mon conseil prends tout en gré Villon !

dimanche 1 juillet 2007

Les contredits de Franc Gontier (François Villon)

Sur mol duvet assis, un gras chanoine,

Lez un brasier, en chambre bien nattée,

A son côté gisant dame Sidoine

Blanche, tendre, polie et attintée,

Boire hypocras, à jour et à nuitée,

Rire, jouer, mignonner et baiser,

Et nu à nu, pour mieux des corps s'aiser,

Les vis tous deux, par un trou de mortaise :

Lors je connus que, pour deuil apaiser,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc Gontier et sa compagne Hélène

Eussent cette douce vie hantée,

D'oignons, civots, qui causent forte haleine

N'acontassent une bise tostée.

Tout leur maton, ne toute leur potée,

Ne prise un ail, je le dis sans noiser.

S'ils se vantent coucher sous le rosier,

Lequel vaut mieux ? Lit côtoyé de chaise ?

Ou'en dites-vous ? Faut-il à ce muser ?

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent d'orge et d'avoine,

Et boivent eaue tout au long de l'année.

Tous les oiseaux d'ici en Babyloine

A tel école une seule journée

Ne me tendroient, non une matinée.

Or s'ébatte, de par Dieu, Franc Gontier,

Hélène o lui, sous le bel églantier :

Se bien leur est, cause n'ai qu'il me pèse ;

Mais quoi qu'il soit du laboureux métier,

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

Prince, juge, pour tôt nous accorder.

Quant est de moi, mais qu'à nul ne déplaise,

Petit enfant, j'ai oï recorder :

Il n'est trésor que de vivre à son aise.

lundi 25 juin 2007

Ballade de Merci (François Villon)

A Chartreux et à Célestins,

A Mendiants et à Dévotes,

A musards et claquepatins,

A servants et filles mignottes

Portants surcots et justes cottes,

A cuidereaux d'amour transis,

Chaussant sans méhaing fauves bottes,

Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,

Pour avoir plus largement hôtes,

A ribleurs, mouveurs de hutins

A bateleurs trayant marmottes,

A fous, folles, à sots, à sottes,

Qui s'en vont sifflant six à six

A vessies et mariottes,

Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins

Qui m'ont fait ronger dures crôtes,

Mâcher maints soirs et maints matins,

Qu'ores je ne crains trois crottes.

Je fisse pour eux pets et rottes ;

Je ne puis, car je suis assis.

Au fort, pour éviter riottes,

Je crie à toutes gens mercis.

Qu'on leur froisse les quinze côtes

De gros maillets forts et massis,

De plombées et tels pelotes.

Je crie à toutes gens mercis.

mardi 5 juin 2007

Ballade des dames du temps jadis (François Villon)

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?