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lundi 6 août 2012

La nuit d'août - Le poète (Alfred de Musset)

Poème synchrone


Salut à ma fidèle amie !
Salut, ma gloire et mon amour !
La meilleure et la plus chérie
Est celle qu'on trouve au retour.
L'opinion et l'avarice
Viennent un temps de m'emporter.
Salut, ma mère et ma nourrice !
Salut, salut consolatrice !
Ouvre tes bras, je viens chanter.

mardi 17 février 2009

Sensations (Arthur Rimbaud)

Sensations, un superbe Arthur Rimbaud à la carte du comptoir des vers , dans la même veine que voyelles et très éloigné de Vénus Anadyomène : "par les soirs bleus d'été j'irai par les sentiers"
Sensations a été mis en musique par
Robert Charlebois.


A défaut de sensations, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi sa sélection :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les douaniers, Bruxelles, les étrennes des orphelins

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, les ténèbres, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien.

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, heureux comme avec une femme.

L'albatros (Charles Baudelaire)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série consacrée à Charles Baudelaire. Après Toute entière, le chat, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle et le soleil, voici l'albatros, l'oeuvre probablement la plus ornithologique du champion de la neurasthénie.
Pour les puristes ou les fanatiques d'arithmétique, la
carte du comptoir poétique tient à préciser que l'albatros - tiré de Spleen et Idéal des Fleurs du mal - est composé de quatre quatrains de quatre alexandrins chacuns et que les deux derniers vers sont connus pour constituer une rupture de construction appelée anacoluthe (source Wikipedia).


Si cette livraison baudelairienne, que ses ailes de géant empêchent de marcher, ne vous sied pas, la
carte du comptoir des poésies, sans ajouter de commentaire, suggère aussi sa sélection :

-
Charles Baudelaire : les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, confession, les ténèbres, le soleil, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, les assis, l'homme juste, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, ô naturel désir, acousmate, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, Elsa au miroir, Charlot mystique, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire

- José Maria de Heredia :
les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des
albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de
voyage,

Le
navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces
rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce
voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au
prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer,

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

lundi 24 novembre 2008

Un jour un jour (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte sont toujours à fond dans le Louis Aragon (Elsa, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, Les yeux d'Elsa) avec ce poème évoquant la guerre d'Espagne et la montée des fascismes (à défaut d'un regard lucide sur le stalinisme) mis en musique par Jean Ferrat.

La persistance de Loulou Aragon empêche la carte du comptoir des vers de reprendre l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros

Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais je voyais l'avenir à genoux

La Bête triomphante et la pierre sur nous

Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle

Des manières de rois et des fronts prosternés

Et l'enfant de la femme inutilement né

Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

Le massacre toujours justifié d'idoles

Aux cadavres jeté ce manteau de paroles

Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

vendredi 7 novembre 2008

Le poète (Guillaume Apollinaire)

Alors qu'approche le quatre vingt dixième anniversaire du décès du poète le 9 novembre 1918, la série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Fusée, 14 juin 1915, Simultanéités ...) s'allonge sur la carte du comptoir des vers avec un autre poème datant la première guerre mondiale.

Guillaume Apollinaire - engagé volontaire en 1914 dans l'armée française - a combattu durant la première guerre mondiale comme "poilu" dans l'artillerie, particulièrement en 1915 sur le front de Champagne.
Cet engagement lui permit d'être naturalisé
français en 1917 (il avait avant cela la nationalité polonaise de sa mère).
En 1916, le poète fut atteint à la tête par un éclat d'obus. Cette blessure, qui lui valut une trépanation, affecta durablement
Apollinaire qui mourut de la grippe espagnole juste avant l'armistice du 11 novembre 1918.
Bien que célèbre pour ses poèmes d'amour (notamment "
Pont Mirabeau"), Guillaume Apollinaire est avant tout le poète tragique de la Grande Guerre et de ses horreurs.


Pour cause d'Apollinaire et de guerre de 1914-1918, la carte du comptoir des vers est en rupture d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Je me souviens ce soir de ce drame indien

Le Chariot d'Enfant un voleur y survient

Qui pense avant de faire un trou dans la muraille

Quelle forme il convient de donner à l'entaille

Afin que la beauté ne perde pas ses droits

Même au moment d'un crime

Et nous aurions je crois

A l'instant de périr nous poètes nous hommes

Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes

Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté

N'est la plupart du temps que la simplicité

Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée

Étaient restés debout et la tête penchée

S'appuyant simplement contre le parapet

J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait

Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes

Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes

Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit

Dans les éboulements et la boue et le froid

Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture

Anxieux nous gardons la route de Tahure

J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir

Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure

Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir

Cette nuit est si belle où la balle roucoule

Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule

Parfois une fusée illumine la nuit

C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit

La terre se lamente et comme une marée

Monte le flot chantant dans mon abri de craie

Séjour de l'insomnie incertaine maison

De l'Alerte la Mort et la Démangeaison

mardi 14 octobre 2008

Les poètes de sept ans (Arthur Rimbaud)

La carte du comptoir des vers continue sa série sur la matière première du poème le pied avec la fin du filon d'Arthur Rimbaud.
Cette livraison est un poème tragique sur l'enfance qui mériterait d'être aussi renommé que
Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Mes petites amoureuses ou pourquoi pas l'Orgie parisienne.

Aux dernières nouvelles, toujours pas de
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) ...


Et la Mère, fermant le livre du devoir,

S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,

Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,

L'âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d'obéissance ; très

Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits

Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.

Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,

En passant il tirait la langue, les deux poings

A l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.

Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe

On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,

Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été

Surtout, vaincu, stupide, il était entêté

A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :

Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet

Derrière la maison, en hiver, s'illunait,

Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne

Et pour des visions écrasant son oeil darne,

Il écoutait grouiller les galeux espaliers.

Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers

Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,

Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue

Sous des habits puant la foire et tout vieillots,

Conversaient avec la douceur des idiots !

Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,

Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes,

De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.

C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie

Du grand désert, où luit la Liberté ravie,

Forêts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait

De journaux illustrés où, rouge, il regardait

Des Espagnoles rire et des Italiennes.

Quand venait, l'oeil brun, folle, en robes d'indiennes,

Huit ans - la fille des ouvriers d'à côté,

La petite brutale, et qu'elle avait sauté,

Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,

Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,

Car elle ne portait jamais de pantalons ;

Et, par elle meurtri des poings et des talons,

Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,

Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,

Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;

Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve.

Il n'aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu'au soir fauve,

Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg

Où les crieurs, en trois roulements de tambour,

Font autour des édits rire et gronder les foules.

Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles

Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,

Font leur remuement calme et prennent leur essor !

Et comme il savourait surtout les sombres choses,

Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,

Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,

Il lisait son roman sans cesse médité,

Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,

De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,

Vertige, écroulements, déroutes et pitié !

Tandis que se faisait la rumeur du quartier,

En bas, seul, et couché sur des pièces de toile

Écrue, et pressentant violemment la voile !

jeudi 19 juillet 2007

Vent des Royaumes (Victor Segalen)

Lève, voix antique, et profond Vent des Royaumes.

Relent du passé ; odeur des moments défunts.

Long écho sans mur et goût salé des embruns

Des âges ; reflux assaillant comme les Huns.

Mais tu ne viens pas de leurs plaines maléfiques :

Tu n'es point comme eux poudré de sable et de brique,

Tu ne descends pas des plateaux géographiques

Ni des ailleurs, - des autrefois : du fond du temps.

Non point chargé d'eau, tu n'as pas désaltéré

Des gens au désert : tu vas sans but, ignoré

Du pôle, ignorant le méridion doré

Et ne passes point sur les palmes et les baumes.

Tu es riche et lourd et suave et frais, pourtant.

Une fois encor, descends avec la sagesse

Ancienne, et malgré mon dégoût et ma mollesse

Viens ressusciter tout de ta grande caresse.

samedi 14 juillet 2007

Ciel, air et vents, plaines et monts découverts (Pierre de Ronsard)

Ciel, air et vents, plaines et monts découverts,

Tertres vineux et forêts verdoyantes,

Rivages torts et sources ondoyantes,

Taillis rasés et vous bocages verts,

Antres moussus à demi-front ouverts,

Prés, boutons, fleurs et herbes roussoyantes,

Vallons bossus et plages blondoyantes,

Et vous rochers, les hôtes de mes vers,

Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire,

A ce bel oeil Adieu je n'ai su dire,

Qui près et loin me détient en émoi,

Je vous supplie, Ciel, air, vents, monts et plaines,

Taillis, forêts, rivages et fontaines
,

Antres, prés, fleurs, dites-le-lui pour moi.

vendredi 13 juillet 2007

Nevermore (Paul Verlaine)

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.
Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
« Quel fut ton plus beau jour ! » fit sa voix d'or vivant
Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.
- Ah ! les premières fleurs qu'elles sont parfumées
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

Pierrots (Jules Laforgue)

Comme ils vont molester, la nuit,

Au profond des parcs, les statues,

Mais n'offrant qu'aux moins dévêtues

Leur bras et tout ce qui s'ensuit,

En tête-à-tête avec la femme

Ils ont toujours l'air d'être un tiers,

Confondent demain avec hier,

Et demandent Rien avec âme !

Jurent " je t'aime ! " l'air là-bas,

D'une voix sans timbre, en extase,

Et concluent aux plus folles phrases

Par des : " Mon Dieu, n'insistons pas ? "

Jusqu'à ce qu'ivre, Elle s'oublie,

Prise d'on ne sait quel besoin

De lune ! dans leurs bras, fort loin

Des convenances établies.

mercredi 11 juillet 2007

A M. David statuaire (Aloysius Bertrand)

Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique, n'est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse humaine !
Non, l'amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du coeur, n'est point
cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l'innocence !
Non, la gloire, noblesse dont les armoiries ne se vendirent jamais, n'est pas la savonnette à vilain qui s'achète, au prix du tarif, dans la boutique d'un journaliste !
Et j'ai prié, et j'ai aimé, et j'ai chanté, poète pauvre et souffrant !
Et c'est en vain que mon coeur déborde de foi, d'amour et de génie !
C'est que je naquis aiglon avorté !
L'oeuf de mes destinées, que n'ont point couvé les chaudes ailes de la prospérité, est aussi creux, aussi vide que la noix dorée de l'Égyptien.
Ah ! l'homme, dis-le-moi, si tu le sais, l'homme, frêle jouet, gambadant suspendu aux fils des passions ; ne serait-il qu'un pantin qu'use la vie et que brise la mort ?

lundi 9 juillet 2007

Malines (Paul Verlaine)

Vers les prés le vent cherche noise

Aux girouettes, détail fin

Du château de quelque échevin,

Rouge de brique et bleu d'ardoise,

Vers les prés clairs, les prés sans fin...

Comme les arbres des féeries,

Des frênes, vagues frondaisons,

Êchelonnent mille horizons

A ce Sahara de prairies,

Trèfle, luzerne et blancs gazons.

Les wagons filent en silence

Parmi ces sites apaisés.

Dormez, les vaches ! Reposez,

Doux taureaux de la plaine immense,

Sous vos cieux à peine irisés !

Le train glisse sans un murmure,

Chaque wagon est un salon

Où l'on cause bas et d'où l'on

Aime à loisir cette nature.

Faite à souhait pour Fénelon.

Simples fresques (Paul Verlaine)

La fuite est verdâtre et rose

Des collines et des rampes

Dans un demi-jour de lampes

Que vient brouiller toute chose.

L'or sur les humbles abîmes,

Tout doucement s'ensanglante.

Des petits arbres sans cimes

Où quelque oiseau faible chante

Triste à peine tant s'effacent

Ces apparences d'automne,

Toutes mes langueurs rêvassent,

Que berce l'air monotone.

L'allée est sans fin

Sous le ciel, divin

D'être pâle ainsi :

Sais-tu qu'on serait

Bien sous le secret

De ces arbres-ci ?

Des messieurs bien mis,

Sans nul doute amis

Des Royers-Collards,

Vont vers le château :

J'estimerais beau

D'être ces vieillards.

Le château, tout blanc

Avec, à son flanc,

Le soleil couché,

Les champs à l'entour :

Oh! que notre amour

N'est-il là niché !

dimanche 8 juillet 2007

Rondeau (Guillaume Crétin)

De tout mon coeur humblement te salue,

Pour la grandeur de ta haulte value,

Reine du ciel, de la terre et la mer,

Pardonne moy se j'oze au reclamer,

Ton sainct nom mettre en ma bouche polue,

Delaissant vie estrange et dissolue,

Vueil par pensee honneste et resolue

Te bien servir, et loyaulment aymer

De tout mon coeur.

Tu fuz comme es de Dieu si bien voulue,

Que pour sa mere et fille preesleue

Dame te feit des vertus renommer ;

Telle te doy en la terre nommer,

Et telle aussi seras escripte et leue

De tout mon coeur.

Chant royal de l'arbre de vie (Guillaume Crétin)

Le maistre ouvrier en vraye agriculture

Planta jadis au terrestre verger

Arbres plusieurs, de fruict et floriture

Belles a veoir et doulces a manger ;

Dont ordonna une fructueuse ente

De ses clozier et cloziere estre exempte

Du fruict cueillir ; mais le serpent hideux

Si fort souffla qu'en mangerent tous deux,

Soulz fainct blazon de parole fardee ;

Pour ce fut veue a l'occasion d'eux

L'arbre de vie en tout temps bien gardee.

L'arbre touchee avoit telle nature

Que la science aprenoit de leger

Du bien et mal, et par coup d'avanture

Faisoit la vie au mangeant abreger ;

Mais se l'homme eust en pensee innocente

Gardé justice originelle absente,

Au mesme instant qu'en desir convoiteux

Gousta le fruict deffendu, fort piteux,

N'eust sa fortune en tel point hazardee ;

Car il avoit pour repas non doubteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Moult différente est l'arbre en nourriture

A celle ayant goust de mortel danger,

Elle preserve ung corps de pourriture,

Et vivifie en tout sans rien changer ;

Elle a vertu si grande et excellente,

Que ne l'actaint froidure violente

Grésil, frimas, gresle, vent despiteux,

Divers orage estrange et hazardeux

N'ont la beauté de son tainct blasfardee ;

Mais fut et est pour humains souffreteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le cherubin du verger ayant cure

Garde tousjours celle arbre endommager ;

Glayve trenchant et ardente closture

Font de ce lieu tous perilz estranger.

Or entendons, Eve est l'arbre dolente,

Marie aussi celle très redolante

L'une a porté germe deffectueux,

Et l'autre si très digne et vertueux

Que par luy fut paix au monde accordee ;

Dont bien se nomme, a tiltre sumptueux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le Createur voulant sa creature

Du fyer dragon plutonique venger,

L'arbre a gardee entiere sans fracture,

Et mal n'y sceut loy commune exiger ;

Corruption d'originelle sente

Onc n'encourut, et fault que d'elle on sente

Racyne, tyge et branches vers les cieux

Estre exaltez, sans ce qu'aer vicieux

Ayt la vertu de sa fleur retardee ;

Veu qu'a produit fruict sur tous précieux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Prince du puy, ne soions soucieux,

Fors d'humble bouche et cueur devocieux

Tenir la Vierge, en concept regardee,

Estre en despit des faulx seditieux

L'Arbre de Vie en tous temps bien gardee.

Ballade de l'âme de Paul Verlaine (Catulle Mendès)

Bien qu'il ait l'âme sans rancune,

Pierrot dit en serrant le poing :

" Mais, sacrebleu, je n'ai nul point

De ressemblance avec la lune !

" Ô faux sos aérien !

Mon nez s'effile, elle est camuse ;

Elle a l'air triste ! Je m'amuse

De tout, un peu, beaucoup, de rien.

" On la dit pâle ! Allons donc ! jaune !

Moi seul suis blanc comme les miss.

Elle est chaste autant qu'Artémis,

Je le suis aussi, comme un faune.

" N'importe ! Dès qu'elle a penché

Son front : " Bonsoir, Pierrot céleste ! "

Dit l'un ; un autre dit : " Ah ! peste !

" Pierrot, ce soir, a l'oeil poché. "..