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samedi 29 novembre 2008

Chant second (Nicolas Boileau)

A la suite du mot mot, du mot pause et même du mot commentaire, le comptoir des vers et sa carte proposent maintenant le mot composé. Comprenne qui pourra (Inspiration Dada ?) ...
Cette livraison est un très (trop ?) long poème parfaitement inintéressant de Nicolas Boileau, le copain de
La Fontaine, mêlant (composant ?) mythologie, érotisme chaste, religiosité, style pompier et vocabulaire alambiqué .


Pour cause de composé, la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, maintient dans l'arrière-boutique l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Cependant cet oiseau qui prône les merveilles,

Ce monstre composé de bouches et d'oreilles,

Qui, sans cesse volant de climats en climats,

Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas ;

La Renommée enfin, cette prompte courrière,

Va d'un mortel effroi glacer la perruquière ;

Lui dit que son époux, d'un faux zèle conduit,

Pour placer un lutrin doit veiller cette nuit.

A ce triste récit, tremblante, désolée,

Elle accourt, l'oeil en feu, la tête échevelée,

Et trop sûre d'un mal qu'on pense lui celer :

Oses-tu bien encor, traître, dissimuler ?

Dit-elle : et ni la foi que ta main m'a donnée,

Ni nos embrassements qu'a suivis l'hyménée,

Ni ton épouse enfin toute prête à périr,

Ne sauraient donc t'ôter cette ardeur de courir ?

Perfide ! si du moins, à ton devoir fidèle,

Tu veillais pour orner quelque tête nouvelle !

L'espoir d'un juste gain consolant ma langueur

Pourrait de ton absence adoucir la longueur.

Mais quel zèle indiscret, quelle aveugle entreprise

Arme aujourd'hui ton bras en faveur d'une église ?

Où vas-tu cher époux, est-ce que tu me fuis ?

As-tu oublié tant de si douces nuits ?

Quoi ! d'un oeil sans pitié vois-tu couler mes larmes ?

Au nom de nos baisers jadis si plein de charmes,

Si mon coeur, de tout temps facile à tes désirs,

N'a jamais d'un moment différé tes plaisirs ;

Si pour te prodiguer mes plus tendres caresses,

Je n'ai point exigé ni serments, ni promesses ;

Si toi seul à mon lit enfin eus toujours part ;

Diffère au moins d'un jour ce funeste départ.

En achevant ces mots cette amante enflammée

Sur un placet voisin tombe demi-pâmée.

Son époux s'en émeut, et son coeur éperdu

Entre deux passions demeure suspendu ;

Mais enfin rappelant son audace première :

Ma femme, lui dit-il d'une voix douce et fière,

Je ne veux point nier les solides bienfaits

Dont ton amour prodigue a comblé mes souhaits,

Et le Rhin de ses flots ira grossir la Loire

Avant que tes faveurs sortent de ma mémoire ;

Mais ne présume pas qu'en te donnant ma foi

L'hymen m'ait pour jamais asservi sous ta loi.

Si le ciel en mes mains eût mis ma destinée,

Nous aurions fui tous deux le joug de l'hyménée ;

Et, sans nous opposer ces devoirs prétendus,

Nous goûterions encor des plaisirs défendus.

Cesse donc à mes yeux d'étaler un vain titre :

Ne m'ôte pas l'honneur d'élever un pupitre,

Et toi-même, donnant un frein à tes désirs,

Raffermis la vertu qu'ébranlent tes soupirs.

Que te dirai-je enfin ? C'est le ciel qui m'appelle,

Une église, un prélat m'engage en sa querelle,

Il faut partir : j'y cours. Dissipe tes douleurs,

Et ne me trouble plus par ces indignes pleurs.

Il la quitte à ces mots. Son amante effarée

Demeure le teint pâle, et la vue égarée :

La force l'abandonne ; et sa bouche, trois fois

Voulant le rappeler, ne trouve plus de voix.

Elle fuit, et de pleurs inondant son visage,

Seule pour s'enfermer vole au cinquième étage.

Mais d'un bouge prochain accourant à ce bruit,

Sa servante Alizon la rattrape et la suit.

Les ombres cependant, sur la ville épandues,

Du faîte des maisons descendent dans les rues.

Le souper hors du coeur chasse les chapelains,

Et de chantres buvant les cabarets sont pleins.

Le redouté Brontin, que son devoir éveille,

Sort à l'instant, chargé d'une triple bouteille,

D'un vin dont Gilotin, qui savait tout prévoir,

Au sortir du conseil eut soin de le pourvoir.

L'odeur d'un jus si doux lui rend la faim moins rude.

Il est bientôt suivi du sacristain Boirude ;

Et tous deux, de ce pas, s'en vont avec chaleur

Du trop lent perruquier réveiller la valeur.

Partons, lui dit Brontin : déjà le jour plus sombre,

Dans les eaux s'éteignant, va faire place à l'ombre.

D'où vient ce noir chagrin que je lis dans tes yeux ?

Quoi ? le pardon sonnant te retrouve en ces lieux !

Où donc est ce grand coeur dont tantôt l'allégresse

Semblait du jour trop long accuser la paresse ?

Marche, et suis nous du moins où l'honneur nous attend.

Le perruquier honteux rougit en l'écoutant.

Aussitôt de longs clous il prend une poignée :

Sur son épaule il charge une lourde cognée ;

Et derrière son dos, qui tremble sous le poids,

Il attache une scie en forme de carquois :

Il sort au même instant, il se met à leur tête.

A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête :

Leur coeur semble allumé d'un zèle tout nouveau ;

Brontin tient un maillet et Boirude un marteau.

La lune, qui du ciel voit leur démarche altière,

Retire en leur faveur sa paisible lumière.

La Discorde en sourit, et, les suivant des yeux,

De joie, en les voyant, pousse un cri dans les cieux.

L'air, qui gémit du cri de l'horrible déesse,

Va jusque dans Citeaux réveiller la Mollesse.

C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour :

Les Plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour ;

L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ;

L'autre broie en riant le vermillon des moines :

La Volupté la sert avec des yeux dévots,

Et toujours le Sommeil lui verse des pavots.

Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble.

La Mollesse à ce bruit se réveille, se trouble :

Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper,

D'un funeste récit vient encore la frapper ;

Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle :

Aux pieds des murs sacrés d'une sainte chapelle,

Elle a vu trois guerriers, ennemis de la paix,

Marcher à la faveur de ses voiles épais.

La Discorde en ces lieux menace de s'accroître :

Demain avec l'aurore un lutrin va paraître,

Qui doit y soulever un peuple de mutins :

Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.

A ce triste discours, qu'un long soupir achève,

La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève,

Ouvre un oeil languissant, et, d'un faible voix,

Laisse tomber ces mots qu'elle interrompt vingt fois :

Ô Nuit ! que m'as-tu dit ? Quel démon sur la terre

Souffle dans tous les coeurs la fatigue et la guerre ?

Hélas ! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps,

Où les rois s'honoraient du nom de fainéants,

S'endormaient sur le trône, et me servant sans honte

Laissaient leur sceptre aux mains d'un maire ou d'un comte !

Aucun soin n'approchait de leur paisible cour :

On reposait la nuit, on dormait tout le jour.

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines

Faisait taire des vents les bruyantes haleines,

Quatre boeufs attelés, d'un pas tranquille et lent,

Promenaient dans Paris le monarque indolent.

Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable

A placé sur le trône un prince infatigable.

Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix :

Tous les jours il m'éveille du bruit de ses exploits.

Rien ne peut arrêter sa vigilante audace :

L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace.

J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir

En vain deux fois la paix a voulu l'endormir ;

Loin de moi son courage, entraîné par la gloire,

Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire.

Je me fatiguerais de te tracer le cours

Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours.

Je croyais, loin des lieux où ce prince m'exile,

Que l'Eglise du moins m'assurait un asile.

Mais qu'en vain j'espérais y régner sans effroi :

Moines, abbés prieurs, tout s'arme contre moi.

Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie ;

J'ai vu dans Saint Denys la réforme établie ;

La Carme, le Feuillant, s'endurcit aux travaux ;

Et la règle déjà se remet dans Clairvaux.

Citeaux dormait encor, et la sainte Chapelle

Conservait du vieux temps l'oisiveté fidèle :

Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser,

D'un séjour si chéri vient encor me chasser !

Ô toi, de mon repos, compagne aimable et sombre,

A de si noirs forfaits prêteras-tu ton ombre ?

Ah ! Nuit, si tant de fois, dans les bras de l'amour,

Je t'admis aux plaisirs que je cachais au jour,

Du moins ne permets pas... La Mollesse oppressée

Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée ;

Et, lasse de parler, succombant sous l'effort,

Soupire, étend les bras, ferme l'oeil et s'endort.

mardi 4 novembre 2008

Le vigneron champenois (Guillaume Apollinaire)

A l'approche du quatre vingt dixième anniversaire du décès du poète le 9 novembre 1918, la série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne ...) continue sur la carte du comptoir des vers avec un autre des nombreux poèmes sur la première guerre mondiale.

Guillaume Apollinaire s'est engagé volontairement dès 1914 dans l'armée française et a combattu comme "poilu", particulièrement en 1915 sur le front de Champagne.
Cet engagement lui procura sa naturalisation
française en 1917 (il avait auparavant la nationalité polonaise de sa mère).
En 1916, le poète fut touché à la tête par un éclat d'obus. Cette blessure, difficilement soignable, affaiblit considérablement
Apollinaire qui mourut de la grippe espagnole juste avant l'armistice du 11 novembre 1918.
Bien que célèbre pour ses poèmes d'amour (notamment "
Pont Mirabeau"), Guillaume Apollinaire est avant tout le poète de la Grande Guerre et de ses horreurs.


Pour cause d'Apollinaire et de guerre de 1914-1918, la carte du comptoir des vers n'est plus livrée en
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Le régiment arrive

Le village est presque endormi dans la lumière parfumée

Un prêtre a le casque en tête

La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie

Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu

Bonjour soldats

Je les ai vus passer et repasser en courant

Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang fermente

Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne

Échelonnés ainsi que sont les ceps de vigne

J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une charmante artillerie

La nuit est blonde ô vin blond

Un vigneron chantait courbé dans sa vigne

Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon

Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante

Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre

Un vigneron champenois qui est un artilleur

C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche

Puis les soldats s'en iront là-haut

Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes

Allons Adieu messieurs tâchez de revenir

Mais nul ne sait ce qui peut advenir

lundi 3 novembre 2008

Chant de l'horizon en Champagne (Guillaume Apollinaire)

A l'approche du quatre vingt dixième anniversaire du décès du poète le 9 novembre 1918, la série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section ...) continue sur la carte du comptoir des vers avec une autre poésie tragique sur la première guerre mondiale.

Guillaume Apollinaire s'est engagé volontairement en 1914 dans l'armée française et a combattu comme "poilu", notamment en 1915 sur le front de Champagne.
Cet engagement lui valut sa naturalisation
française en 1917 (il avait auparavant la nationalité polonaise de sa mère).
En 1916, le poète fut touché à la tête par un éclat d'obus. Cette blessure, difficilement soignable, affaiblit considérablement
Apollinaire qui mourut de la grippe espagnole juste avant l'armistice du 11 novembre 1918.
Bien que renommé pour ses poèmes d'amour et son célèbre "
Pont Mirabeau", Guillaume Apollinaire restera avant tout le poète de la Grande Guerre et de ses horreurs.


Pour cause d'Apollinaire et de guerre de 1914-1918, la carte du comptoir des vers reste en rupture d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).



Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée

Voici le nez des soldats invisibles

Moi l'horizon invisible je chante

Que les civils et les femmes écoutent ces chansons

Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé

Le sol est blanc la nuit l'azure

Saigne la crucifixion

Tandis que saigne la blessure

Du soldat de Promission

Un chien jappait l'obus miaule

La lueur muette a jailli

À savoir si la guerre est drôle

Les masques n'ont pas tressailli

Mais quel fou rire sous le masque

Blancheur éternelle d'ici

Où la colombe porte un casque

Et l'acier s'envole aussi

Je suis seul sur le champ de bataille

Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux

L'obus miaule

Je te tuerai

Animez-vous fantassins à passepoil jaune

Grands artilleurs roux comme des taupes

Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens

Veloutés de toutes les nuances du velours

Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres

Ou déteints

Venez le pot en tête

Debout fusée éclairante

Danse grenadier en agitant tes pommes de pin

Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs

Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous

Sculptez les profondeurs

Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les avettes

Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon

Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé

Le grand Pan est ressuscité

Champagne viril qui émoustille la Champagne

Hommes faits jeunes gens

Caméléon des autos-canons

Et vous classe 16

Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans les cieux

J'était content pourtant ça brûlait la paupière

Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms

Œil du Breton blessé couché sur la civière

Et qui criait aux morts aux sapins aux canons

Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre

Boyaux et rumeur du canon

Sur cette mer aux blanches vagues

Fou stoïque comme Zénon

Pilote du cœur tu zigzagues

Petites forêts de sapins

La nichée attend la becquée

Pointe-t-il des nez de lapins

Comme l'euphorbe verruquée

Ainsi que l'euphorbe d'ici

Le soleil à peine boutonne

Je l'adore comme un Parsi

Ce tout petit soleil d'automne

Un fantassin presque un enfant

Bleu comme le jour qui s'écoule

Beau comme mon cœur triomphant

Disait en mettant sa cagoule

Tandis que nous n'y sommes pas

Que de filles deviennent belles

Voici l'hiver et pas à pas

Leur beauté s'éloignera d'elles

Ô Lueurs soudaines des tirs

Cette beauté que j'imagine

Faute d'avoir des souvenirs

Tire de vous son origine

Car elle n'est rien que l'ardeur

De la bataille violente

Et de la terrible lueur

Il s'est fait une muse ardente

Il regarde longtemps l'horizon

Couteaux tonneaux d'eaux

Des lanternes allumées se sont croisées

Moi l'horizon je combattrai pour la victoire

Je suis l'invisible qui ne peut disparaître

Je suis comme l'onde

Allons ouvrez les écluses que je me précipite et renverse tout

samedi 28 juillet 2007

Chant de guerre parisien (Arthur Rimbaud)

Le Printemps est évident, car

Du coeur des Propriétés vertes,

Le vol de Thiers et de Picard

Tient ses splendeurs grandes ouvertes !

Ô Mai ! quels délirants culs-nus !

Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,

Ecoutez donc les bienvenus

Semer les choses printanières !

Ils ont shako, sabre et tam-tam,

Non la vieille boîte à bougies,

Et des yoles qui n'ont jam, jam...

Fendent le lac aux eaux rougies !

Plus que jamais nous bambochons

Quand arrivent sur nos tanières

Crouler les jaunes cabochons

Dans des aubes particulières !

Thiers et Picard sont des Eros,

Des enleveurs d'héliotropes ;

Au pétrole ils font des Corots :

Voici hannetonner leurs tropes...

Ils sont familiers du Grand Truc !...

Et couché dans les glaïeuls, Favre

Fait son cillement aqueduc,

Et ses reniflements à poivre !

La grand ville a le pavé chaud

Malgré vos douches de pétrole,

Et décidément, il nous faut

Vous secouer dans votre rôle ...

Et les Ruraux qui se prélassent

Dans de longs accroupissements,

Entendront des rameaux qui cassent

Parmi les rouges froissements !

dimanche 8 juillet 2007

Chant royal de l'arbre de vie (Guillaume Crétin)

Le maistre ouvrier en vraye agriculture

Planta jadis au terrestre verger

Arbres plusieurs, de fruict et floriture

Belles a veoir et doulces a manger ;

Dont ordonna une fructueuse ente

De ses clozier et cloziere estre exempte

Du fruict cueillir ; mais le serpent hideux

Si fort souffla qu'en mangerent tous deux,

Soulz fainct blazon de parole fardee ;

Pour ce fut veue a l'occasion d'eux

L'arbre de vie en tout temps bien gardee.

L'arbre touchee avoit telle nature

Que la science aprenoit de leger

Du bien et mal, et par coup d'avanture

Faisoit la vie au mangeant abreger ;

Mais se l'homme eust en pensee innocente

Gardé justice originelle absente,

Au mesme instant qu'en desir convoiteux

Gousta le fruict deffendu, fort piteux,

N'eust sa fortune en tel point hazardee ;

Car il avoit pour repas non doubteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Moult différente est l'arbre en nourriture

A celle ayant goust de mortel danger,

Elle preserve ung corps de pourriture,

Et vivifie en tout sans rien changer ;

Elle a vertu si grande et excellente,

Que ne l'actaint froidure violente

Grésil, frimas, gresle, vent despiteux,

Divers orage estrange et hazardeux

N'ont la beauté de son tainct blasfardee ;

Mais fut et est pour humains souffreteux

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le cherubin du verger ayant cure

Garde tousjours celle arbre endommager ;

Glayve trenchant et ardente closture

Font de ce lieu tous perilz estranger.

Or entendons, Eve est l'arbre dolente,

Marie aussi celle très redolante

L'une a porté germe deffectueux,

Et l'autre si très digne et vertueux

Que par luy fut paix au monde accordee ;

Dont bien se nomme, a tiltre sumptueux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Le Createur voulant sa creature

Du fyer dragon plutonique venger,

L'arbre a gardee entiere sans fracture,

Et mal n'y sceut loy commune exiger ;

Corruption d'originelle sente

Onc n'encourut, et fault que d'elle on sente

Racyne, tyge et branches vers les cieux

Estre exaltez, sans ce qu'aer vicieux

Ayt la vertu de sa fleur retardee ;

Veu qu'a produit fruict sur tous précieux,

L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.

Prince du puy, ne soions soucieux,

Fors d'humble bouche et cueur devocieux

Tenir la Vierge, en concept regardee,

Estre en despit des faulx seditieux

L'Arbre de Vie en tous temps bien gardee.