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vendredi 3 août 2018

Promenade galante (Théodore de Banville)

Encore un poète ayant abusé du dictionnaire...

Dans le parc au noble dessin
Où s'égarent les Cidalises
Parmi les fontaines surprises
Dans le marbre du clair bassin,

Iris, que suit un jeune essaim,
Philis, Églé, nymphes éprises,
Avec leurs plumes indécises,
En manteau court, montrant leur sein,

Lycaste, Myrtil et Sylvandre
Vont, parmi la verdure tendre,
Vers les grands feuillages dormants.

Ils errent dans le matin blême,
Tous vêtus de satin, charmants
Et tristes comme l'Amour même.

vendredi 27 juillet 2007

Je voudrais aller me promener dans les bois (Marie Nervat)

Je voudrais aller me promener dans les bois ;

j'aurais un grand chapeau, une robe légère,

je me griserais d'air et de bonne lumière,

et tu me rapprendrais à marcher à ton bras.

Je voudrais aller dans un grand bois, un vieux bois,

où l'on dit que les fées se promènent encore ;

peut-être en attendant du soir jusqu'à l'aurore,

qu'une d'elles nous laisserait ouïr sa voix.

Moi je n'ai pas vu d'arbres depuis si longtemps,

ni de fleurs dans les jardins !
Celles que tu portes,

et que tu poses sur mon lit, à moitié mortes,

achèvent de mourir dans les appartements.

Ce ne sont pas de vraies fleurs libres sous le ciel ;

elles ont des robes rouges trop tuyautées,

puis, sur les draps, on dirait des taches figées,

taches de sang qui font plus pâles mes mains frêles.

J'aime mes mains à présent, elles sont si blanches !

je vois les petites veines bleues sous la peau,

je n'ai gardé à ma main gauche que l'anneau,

l'anneau d'or que tu m'as donné avec ton âme.

Mes pauvres mains ont l'air si lasses sur les draps !

Ah ! je voudrais sortir, marcher, je me sens forte,

je voudrais fuir bien loin, et refermer la porte

sur cette chambre monotone de malade.

mercredi 18 juillet 2007

Promenade à seize ans (Guy de Maupassant)

La terre souriait au ciel bleu. L'herbe verte

De gouttes de rosée était encor couverte.

Tout chantait par le monde ainsi que dans mon coeur.

Caché dans un buisson, quelque merle moqueur

Sifflait. Me raillait-il ? Moi, je n'y songeais guère.

Nos parents querellaient, car ils étaient en guerre

Du matin jusqu'au soir, je ne sais plus pourquoi.

Elle cueillait des fleurs, et marchait près de moi.

Je gravis une pente et m'assis sur la mousse

A ses pieds. Devant nous une colline rousse

Fuyait sous le soleil jusques à l'horizon.

Elle dit : "Voyez donc ce mont, et ce gazon

Jauni, cette ravine au voyageur rebelle !"

Pour moi je ne vis rien, sinon qu'elle était belle.

Alors elle chanta. Combien j'aimais sa voix !

Il fallut revenir et traverser le bois.

Un jeune orme tombé barrait toute la route ;

J'accourus ; je le tins en l'air comme une voûte

Et, le front couronné du dôme verdoyant,

La belle enfant passa sous l'arbre en souriant.

Émus de nous sentir côte à côte, et timides,

Nous regardions nos pieds et les herbes humides.

Les champs autour de nous étaient silencieux.

Parfois, sans me parler, elle levait les yeux ;

Alors il me semblait (je me trompe peut-être)

Que dans nos jeunes coeurs nos regards faisaient naître

Beaucoup d'autres pensers, et qu'ils causaient tout bas

Bien mieux que nous, disant ce que nous n'osions pas.