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samedi 30 août 2008

De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne (Joachim du Bellay)

En cette fin de mois d'août, sur la carte du comptoir des vers, un poème campagnard de Joachim du Bellay qui chanta si bien le bonheur d'Ulysse.

Le comptoir des vers et sa carte semblent définitivement en panne d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Vénus Anadyomène, Mes petites amoureuses ...) et de Guillaume Apollinaire (
Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).

De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne

Où tout l'orgueil du monde on a vu quelquefois,

Tu n'en es pas coupable, ô quiconque tu sois

Que le Tigre et le Nil, Gange et Euphrate baigne :

Coupables n'en sont pas l'Afrique ni l'Espagne,

Ni ce peuple qui tient les rivages anglais,

Ni ce brave soldat qui boit le Rhin gaulois,

Ni cet autre guerrier, nourrisson d'Allemagne.

Tu en es seule cause, ô civile fureur,

Qui semant par les champs l'émathienne horreur,

Armas le propre gendre encontre son beau-père :

Afin qu'étant venue à son degré plus haut,

La Romaine grandeur, trop longuement prospère,

Se vît ruer à bas d'un plus horrible saut.

mardi 22 avril 2008

Nuit rhénane (Guillaume Apollinaire)

Voici sur la carte du comptoir des vers, après Arthur Rimbaud et ses voyelles, nous poursuivons avec Guillaume Apollinaire avec un poème sobre dans la lignée du pont Mirabeau.

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d'un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n'entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

mardi 7 août 2007

Harmonie imitative de la langue française [extrait] (Antoine Pierre Augustin de Piis)

L'R en roulant, approche et tournant à souhait,

Reproduit le bruit sourd du rapide rouet ;

Elle rend, d'un seul trait, le fracas du tonnerre,

La course d'un torrent, le cours d'une rivière ;

Et d'un ruisseau qui fuit sous les saules épars,

Elle promène en paix les tranquilles écarts.

Voyez-vous l'Éridan, la Loire, la Garonne,

L'Euphrate, la Dordogne et le Rhin et le Rhône,

D'abord avec fureur précipitant leurs flots


S'endormir sur les prés qu'ont ravagés leurs eaux ?

L'R a su par degrés vous décrire leur rage...

Elle a de tous les chars, la conduite en partage ;

Par-tout, vous l'entendrez sur le pavé brûlant

Presser du fier Mondor le carosse brillant,

Diriger de Phryné la berline criarde,

Et le cabriolet du fat qui se hasarde ;

La brouette en bronchant lui doit son soubressaut,

Et le rustre lui fait traîner soin chariot ;

Le barbet irrité contre un pauvre en désordre,

L'avertit par une R avant que de le mordre ;

L'R a cent fois rongé, rouillé, rompu, raclé,

Et le bruit du tambour par elle est rappellé.