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dimanche 21 octobre 2018

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple (Joachim du Bellay)

Un petit du Bellay pour la route...

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple
D'un faible vol au ciel s'aventurer,
Et peu à peu ses ailes assurer,
Suivant encor le maternel exemple.

Je le vis croître, et d'un voler plus ample
Des plus hauts monts la hauteur mesurer,
Percer la nue, et ses ailes tirer
Jusqu'au lieu où des dieux est le temple.

Là se perdit : puis soudain je l'ai vu
Rouant par l'air en tourbillon de feu,
Tout enflammé sur la plaine descendre.

Je vis son corps en poudre tout réduit,
Et vis l'oiseau, qui la lumière fuit,
Comme un vermet renaître de sa cendre.

mercredi 20 mars 2013

Il fait bon voir, Paschal, un conclave serré (Joachim du Bellay)

Poème vaticaniste de circonstance


Il fait bon voir, Paschal, un conclave serré,
Et l'une chambre à l'autre également voisine
D'antichambre servir, de salle et de cuisine,
En un petit recoin de dix pieds en carré :

Il fait bon voir autour le palais emmuré,
Et briguer là-dedans cette troupe divine,
L'un par ambition, l'autre par bonne mine,
Et par dépit de l'un être l'autre adoré :

Il fait bon voir dehors toute la ville en armes
Crier : le Pape est fait, donner de faux alarmes,
Saccager un palais : mais plus que tout cela

Fait bon voir, qui de l'un, qui de l'autre se vante,
Qui met pour celui-ci, qui met pour celui-là,
Et pour moins d'un écu dix cardinaux en vente.

vendredi 3 août 2012

Gordes, à m'est avis que je suis éveillé (Joachim du Bellay)

Poème de Joachim du Bellay, je repète, Joachim du Bellay ...
Roger - Copy


Gordes, il m'est avis que je suis éveillé,
Comme un qui tout ému d'un effroyable songe
Se réveille en sursaut et par le lit s'allonge,
S'émerveillant d'avoir si longtemps sommeillé.

Roger devint ainsi (ce crois-je) émerveillé :
Et crois que tout ainsi la vergogne me ronge,
Comme lui, quand il eut découvert le mensonge
Du fard magicien qui l'avait aveuglé.

Et comme lui aussi je veux changer de style,
Pour vivre désormais au sein de Logistille,
Qui des coeurs langoureux est le commun support.

Sus donc, Gordes, sus donc, à la voile, à la rame,
Fuyons, gagnons le haut, je vois la belle Dame
Qui d'un heureux signal nous appelle à son port.

samedi 28 juillet 2012

Qui est ami du coeur est ami de la bourse (Joachim du Bellay)

Poème boursier et libéral de circonstances où, côté coeur, l’hôpital pourrait avoisiner la charité
Ce poème est dédié à Arnaud Montebourg


Qui est ami du coeur est ami de la bourse,
Ce dira quelque honnête et hardi demandeur,
Qui de l'argent d'autrui libéral dépendeur
Lui-même à l'hôpital s'en va toute la course.

Mais songe là-dessus qu'il n'est si vive source
Qu'on ne puisse épuiser, ni si riche prêteur
Qui ne puisse à la fin devenir emprunteur,
Ayant affaire à gens qui n'ont point de ressource.

Gordes, si tu veux vivre heureusement romain,
Sois large de faveur, mais garde que ta main
Ne soit à tous venants trop largement ouverte.

Par l'un on peut gagner même son ennemi,
Par l'autre bien souvent on perd un bon ami,
Et quand on perd l'argent, c'est une double perte.

lundi 16 février 2009

Heureux qui comme Ulysse (Joachim du Bellay)

La carte du comptoir des vers entreprend aujourd'hui un grand classique : l'Ulysse très heureux de Joachim du Bellay.

Si Ulysse ne vous revient pas, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi son "best of" :

- Joachim du Bellay : au fleuve de Loire

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, à la Santé

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, rois mages, sept moyens de monter dans la Lune, l'hymne au soleil, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, chanson de la plus haute tour, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, ma Bohème, l'orgie parisienne

- José Maria de Heredia : les conquérants, le vitrail, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, les ténèbres, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, le chat, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme celui là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

samedi 17 janvier 2009

Au fleuve de Loire (Joachim du Bellay)

La carte du comptoir des vers entreprend aujourd'hui un opus régionaliste de Joachim du Bellay dans la même veine que Heureux qui comme Ulysse.
termine, pour l'instant, l'exploration du talent éclectique d': après l'indépassable Cyrano de Bergerac, sa picaresque et ses non moins épiques ; après ses poèmes mièvres le , les nénuphars et ; après les voici un autre poème déjanté cette fois typographique et mémoriel.

Cette livraison oblige la
carte du comptoir des poésies, sans commentaire additionnel, à mettre entre parenthèses Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, Rois Mages, l'hymne au soleil, Petit Chat, nénuphars), Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, L'étrangère, Charlot mystique, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?,Santa Espina, Un jour un jour, Que serais-je sans toi ?, La rose et le réséda, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, Ma Bohème, le Dormeur du Val, Voyelles, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Sensations, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Ô naturel désir, Le Chef de Section, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, A l'Italie, Nuit Rhénane, La Victoire, Annie, l'Adieu, Nocturne, Dans l'Abri-caverne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Le Vigneron Champenois, A la Santé ...).


Ô de qui la vive course

Prend sa bienheureuse
source,

D'une
argentine fontaine,

Qui d'une fuite lointaine,

Te rends au sein fluctueux

De l'Océan monstrueux,

Loire, hausse ton chef ores

Bien haut, et bien haut encores,

Et jette ton oeil divin

Sur ce
pays Angevin,

Le plus heureux et fertile,

Qu'autre où ton onde distille.

Bien d'autres Dieux que toi, Père,

Daignent aimer ce repaire,

A qui le
Ciel fut donneur

De toute grâce et bonheur.

Cérès, lorsque vagabonde

Allait quérant par le
monde

Sa fille, dont possesseur

Fut l'infernal ravisseur,

De ses pas sacrés toucha

Cette terre, et se coucha

Lasse sur
ton vert rivage,

Qui lui donna doux breuvage.

Et celui-là, qui pour mère

Eut la cuisse de son père,

Le Dieu des Indes vainqueur

Arrosa de sa liqueur

Les monts, les vaux et campagnes

De ce terroir que tu baignes.

Regarde, mon Fleuve, aussi

Dedans ces forêts ici,

Qui leurs chevelures vives

Haussent autour de tes rives,

Les faunes aux pieds soudains,

Qui après biches et daims,

Et cerfs aux têtes ramées

Ont leurs forces animées.

Regarde tes Nymphes belles

A ces Demi-dieux rebelles,

Qui à grand'course les suivent,

Et si près d'elles arrivent,

Qu'elles sentent bien souvent

De leurs haleines le vent.

Je vois déjà hors d'haleine

Les pauvrettes, qui à peine

Pourront atteindre ton cours,

Si tu ne leur fais secours.

Combien pour les secourir

De fois t'a-t-on vu courir

Tout furieux en la plaine?

Trompant l'espoir et la peine

De l'avare laboureur,

Hélas! qui n'eut point d'horreur

Blesser du soc sacrilège

De tes Nymphes le collège,

Collège qui se récrée

Dessus ta rive sacrée.

Qui voudra donc loue et chante

Tout ce dont l'Inde se vante,

Sicile la fabuleuse,

Ou bien l'Arabie Heureuse.

Quant à moi, tant que ma Lyre

Voudra les chansons élire

Que je lui commanderai,

Mon Anjou je chanterai.

Ô mon Fleuve paternel,


Quand le dormir éternel

Fera tomber à l'envers

Celui qui chante ces vers,

Et que par les bras amis

Mon corps bien près sera mis

De quelque fontaine vive,

Non guère loin de ta rive,

Au moins sur ma froide cendre

Fais quelques larmes descendre,

Et sonne mon bruit fameux

A ton rivage écumeux.

N'oublie le nom de celle

Qui toutes beautés excelle,

Et ce qu'ai pour elle aussi

Chanté sur ce bord ici.

samedi 30 août 2008

De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne (Joachim du Bellay)

En cette fin de mois d'août, sur la carte du comptoir des vers, un poème campagnard de Joachim du Bellay qui chanta si bien le bonheur d'Ulysse.

Le comptoir des vers et sa carte semblent définitivement en panne d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Vénus Anadyomène, Mes petites amoureuses ...) et de Guillaume Apollinaire (
Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).

De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne

Où tout l'orgueil du monde on a vu quelquefois,

Tu n'en es pas coupable, ô quiconque tu sois

Que le Tigre et le Nil, Gange et Euphrate baigne :

Coupables n'en sont pas l'Afrique ni l'Espagne,

Ni ce peuple qui tient les rivages anglais,

Ni ce brave soldat qui boit le Rhin gaulois,

Ni cet autre guerrier, nourrisson d'Allemagne.

Tu en es seule cause, ô civile fureur,

Qui semant par les champs l'émathienne horreur,

Armas le propre gendre encontre son beau-père :

Afin qu'étant venue à son degré plus haut,

La Romaine grandeur, trop longuement prospère,

Se vît ruer à bas d'un plus horrible saut.