samedi 1 novembre 2008

Le pont Mirabeau (Alcools - Guillaume Apollinaire)

Aujourd'hui, la carte du comptoir des vers propose le plus célèbre et plus classique poème de Guillaume Apollinaire, extrait d'Alcools, : Le Pont Mirabeau qui complète admirablement Nuit Rhénane et l'Adieu.
Ce poème a été interprété par
Serge Reggiani qui l'enchainait avec "Paris ma rose" d'Henri Gougaud.

Petit rappel tragique :
Guillaume Apollinaire est décédé il y a 90 ans, le 9 novembre 1918, des suites d'une blessure d'obus à la tête survenue durant la première guerre mondiale et de la grippe espagnole.


Si les ponts, notamment le pont Mirabeau, ne vous conviennent pas, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi son "best of" :

- Guillaume Apollinaire : nuit rhénane, nocturne, Marizibill, le chef de section, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, rois mages, sept moyens de monter dans la Lune, l'hymne au soleil, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, ma Bohème, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, l'orgie parisienne

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, l'affiche rouge, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", à une dame créole, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, le chat, confession, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, le chat

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire

- José Maria de Heredia : les conquérants, le tepidarium, le voeu, soir de bataille, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus


Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure.

7 commentaires:

Roger Chaquier a dit…

Merci d'avoir cité Serge Reggiani dont l'interprétation du Pont Mirabeau d'Apollinaire a fait date.
Merci de publier de la poésie.

Paul Orta a dit…

Il convient aussi d'indiquer que Georges Brassens a rendu hommage à Guillaume Apollinaire et à son Pont Mirabeau dans sa chanson "Les Ricochets" :
"On ne s'étonnera pas
Si mes premiers pas
Tout droit me menèrent
Au pont Mirabeau
Pour un coup de chapeau
A l'Apollinaire
A l'Apollinaire"

Didier Lebouc a dit…

Pour compléter le commentaire ci-dessus de Paul Orta voici l'intégralité de la chanson de Georges Brassens "les ricochets" :

J'avais dix-huit ans
Tout juste et quittant
Ma ville natale
Un beau jour, o gue
Je vins débarquer
dans la capitale
J'entrai pas aux cris
D'"A nous deux Paris"
En Île-de-France
Que ton Rastignac
N'ait cure, Balzac!
De ma concurrence
De ma concurrence

Gens en place, dormez
Sans vous alarmer,
Rien ne vous menace
Ce n'est qu'un jeune sot
Qui monte a l'assaut
Du petit Montparnasse
On ne s'étonnera pas
Si mes premiers pas
Tout droit me menèrent
Au pont Mirabeau
Pour un coup de chapeau
A l'Apollinaire
A l'Apollinaire

Bec enfariné
Pouvais-je deviner
Le remue-ménage
Que dans mon destin
Causerait soudain
Ce pèlerinage?
Que circonvenu
Mon coeur ingénu
Allait faire des siennes
Tomber amoureux
De sa toute pre-
miere Parisienne.
miere Parisienne.

N'anticipons pas,
Sur la berge en bas
Tout contre une pile,
La belle tâchait
De faire des ricochets
D'une main malhabile
Moi, dans ce temps-la
Je ne dis pas cela
En bombant le torse,
L'air avantageux
J'étais a ce jeu
De première force.
De première force.

Tu me donnes un baiser,
Ai-je propose
A la demoiselle;
Et moi, sans retard
Je t'apprends de cet art
Toutes les ficelles.
Affaire conclue,
En une heure elle eut,
L'adresse requise.
En change, moi
Je cueillis plein de moi
Ses lèvres exquises.
Ses lèvres exquises.

Et durant un temps
Les journaux d'antan
D'ailleurs le relatent
Fallait se lever
Matin pour trouver
Une pierre plate.
On redessina
Du pont de Lena
Au pont Alexandre
Jusque Saint-Michel,
Mais notre échelle,
La carte du tendre.
La carte du tendre.

Mais c'était trop beau:
Au pont Mirabeau
La belle volage
Un jour se perchait
Sur un ricochet
Et gagnait le large.
Elle me fit faux-bond
Pour un vieux barbon,
La petite ingrate,
Un Crésus vivant
Détail aggravant
Sur la rive droite.
Sur la rive droite.

J'en pleurai pas mal,
Le flux lacrymal
Me fit la quinzaine.
Au viaduc d'Auteuil
Parait qu'a vue d'oeil
Grossissait la Seine.
Et si, pont de l'Alma,
J'ai pas noyé ma
Détresse ineffable,
C'est que l'eau coulant sous
Les pieds du zouzou
Était imbuvable.
Était imbuvable.

Et que j'avais acquis
Cette conviction qui
Du reste me navre
Que mort ou vivant
Ce n'est pas souvent
Qu'on arrive au havre.
Nous attristons pas,
Allons de ce pas
Donner, débonnaires,
Au pont Mirabeau
Un coup de chapeau
A l'Apollinaire.
A l'Apollinaire.

Pierre Dervinger a dit…

Bravo pour ce blog qui montre combien Guillaume Apollinaire a été marqué mentalement et physiquement par la première guerre mondiale. Ses poèmes de guerre sont aux antipodes du Pont Mirabeau.

Anonyme a dit…

J'acquiesce aux propos de Pierre : Appollinaire est d'abord le poète de la première mondiale (1914-1918).
J'encourage ce blog à continuer à publier les poèmes de guerre de Guillaume Appolinaire.

Anonyme a dit…

Comme il est question dans ces commentaires de pont ("Mirabeau"), de Guillaume Apollinaire et de Georges Brassens, je voudrais rappeler que Brassens a composé d'autres chansons que "les ricochets" cités ci-dessus sur le thème du pont : "Le pont des arts" bien sur et "il suffit de passer le pont" mais aussi "les moutons de Panurge" ["Elle n'est jamais langoureuse, passée par le pont des soupirs"], "la route aux quatre chansons" ("J'ai passé le pont d'Avignon pour voir un peu les belles dames"] et Gastibelza de Victor Hugo ["Elle passait sur le pont de Tolède en corset noir"].

rolando a dit…

Qui eut dit qu'il y ait un point commun entre Brassens et Apollinaire; je parie qu'il y en avait un autre: ils devaient tous 2rouler les "rrrrrr"

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