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mercredi 15 août 2012

Stances galantes (Molière)

C'est peu connu mais Molière a aussi écrit des poèmes


Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c'est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien ; dans l'amoureux empire
Le mal n'est pas si grand que l'on le fait
Et, lorsqu'on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d'aimer, c'est de vouloir le taire :
Pour l'éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n'en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !

Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu'étant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi ;

Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d'Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n'a point de retour.

mercredi 12 septembre 2007

Stances (Théophile Gautier)

Maintenant, dans la plaine ou bien dans la montagne,

Chêne ou sapin, un arbre est en train de pousser,

En France, en Amérique, en Turquie, en Espagne,

Un arbre sous lequel un jour je puis passer.

Maintenant, sur le seuil d'une pauvre chaumière,

Une femme, du pied agitant un berceau,

Sans se douter qu'elle est la Parque filandière,

Allonge entre ses doigts l'étoupe d'un fuseau.

Maintenant, loin du ciel à la splendeur divine,

Comme une taupe aveugle en son étroit couloir,

Pour arracher le fer au ventre de la mine,

Sous le sol des vivants plonge un travailleur noir.

Maintenant, dans un coin du monde que j'ignore,

Il existe une place où le gazon fleurit,

Où le soleil joyeux boit les pleurs de l'aurore,

Où l'abeille bourdonne, où l'oiseau chante et rit.

Cet arbre qui soutient tant de nids sur ses branches,

Cet arbre épais et vert, frais et riant à l'oeil,

Dans son tronc renversé l'on taillera des planches,

Les planches dont un jour on fera mon cercueil !

Cette étoupe qu'on file et qui, tissée en toile,

Donne une aile au vaisseau dans le port engourdi,

À l'orgie une nappe, à la pudeur un voile,

Linceul, revêtira mon cadavre verdi !

Ce fer que le mineur cherche au fond de la terre

Aux brumeuses clartés de son pâle fanal,

Hélas ! le forgeron quelque jour en doit faire

Le clou qui fermera le couvercle fatal !

A cette même place où mille fois peut-être

J'allai m'asseoir, le coeur plein de rêves charmants,

S'entr'ouvrira le gouffre où je dois disparaître,

Pour descendre au séjour des épouvantements !

vendredi 13 juillet 2007

Stances (François Payot de Linières)

Le destin avec ma famille

M'a traîné loin de cette ville

En ces lieux où je me déplais.

Hélas ! je suis à la campagne,

Où je ne sais ce que je fais,

Sinon des châteaux en Espagne.

J'y fuis celui qui s'embarrasse

Dans les fatigues de la chasse,

Où souvent la raison se perd.

Pour une bête on s'y rend bête,

Et la fête de saint Hubert

Me semble une brutale fête.

A mon avis cet exercice

Est moins un état qu'un supplice,

Car, au lieu d'y passer le temps,

On y meurt de mélancolie,

Et quand on court ainsi les champs,

On a quelques grains de folie.

Que ces gentilshommes à lièvre,

Dont le pauvre timbre a la fièvre,

Ont d'insipides entretiens !

Quelquefois j'en crève de rire,

Car, s'ils ne discouraient de chiens,

On ne les entendrait rien dire.

Ma tristesse serait finie

Si le ciel, aimable Uranie,

Vous attirait auprès de nous

En cette demeure sauvage ;

Paris alors, au gré de tous,

Vaudrait moins que notre village.

Ne croyez pas que je désire

Qu'en ce désert il vous attire :

Quoi qu'il aille en cela du mien,

Mes voeux ne tendent qu'à vous plaire,

Et mon coeur vous veut trop de bien

Pour vous souhaiter le contraire.

Dans la plus charmante campagne

Un profond chagrin m'accompagne,

Dès le premier jour j'en suis fou ;

Et les seuls villages que j'aime,

C'est Rueil, Boulogne ou Saint-Cloud ;

Vous êtes à peu près de même.

Je hais les champs comme la peste ;

Le soleil m'y paraît funeste,

Je ne saurais dire pourquoi.

Sans choquer votre modestie,

Pour cette haine, vous et moi,

Nous avons de la sympathie.

Que faire au pays où nous sommes ?

Après deux ou trois galants hommes,

Les autres ne sont pas polis ;

Toujours leur sot esprit se guinde ;

Et ce sont d'étranges Philis

Que des Philis à poulets d'Inde.

Je vous apprends que ces dryades

N'ont pour moi que des beautés fades ;

Je suis à l'abri de leurs coups ;

Un plus noble souci me ronge,

Devant elles je songe à vous,

Et c'est partant à quoi je songe.

Nos prés, nos bois et nos fontaines

Ont pour vous des preuves certaines

De mon inviolable foi,

Et, dans ce climat solitaire,

Malgré l'absence je vous vois,

Mais c'est un bien imaginaire.

Mon coeur y soupire à toute heure,

C'est peu que soupirer, j'y pleure ;

Et si par la grâce des dieux,

Qui rend la vôtre sans seconde,

Je ne quitte bientôt ces lieux,

Je quitterai bientôt ce monde.