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samedi 24 mai 2014

Malines (Paul Verlaine)

Petit poème bucolique et ferroviaire du grand buveur d'absinthe

Vers les prés le vent cherche noise
Aux girouettes, détail fin
Du château de quelque échevin,
Rouge de brique et bleu d'ardoise,
Vers les prés clairs, les prés sans fin...

Comme les arbres des féeries,
Des frênes, vagues frondaisons,
Échelonnent mille horizons
A ce Sahara de prairies,
Trèfle, luzerne et blancs gazons.

Les wagons filent en silence
Parmi ces sites apaisés.
Dormez, les vaches ! Reposez,
Doux taureaux de la plaine immense,
Sous vos cieux à peine irisés !

Le train glisse sans un murmure,
Chaque wagon est un salon
Où l'on cause bas et d'où l'on
Aime à loisir cette nature.
Faite à souhait pour Fénelon.

jeudi 30 octobre 2008

La Victoire (Guillaume Apollinaire)

La série sur Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill ...) continue sur la carte du comptoir des vers avec un poème proche de la logorrhée.

Pour cause d'Apollinaire, la carte du comptoir des vers arrête pour l'instant de livrer de l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Un coq chante je rêve et les feuillards agitent

Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins

Ailés et tournoyants comme Icare le faux

Des aveugles gesticulant comme des fourmis

Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir

Leurs rires amassés en grappes de raisin

Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais

Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient

Mon lit ma lampe et mon casque troué

Regards précieux saphirs taillés aux environs de Saint-Claude

Les jours étaient une pure émeraude

Je me souviens de toi ville des météores

Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne dort

Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets

Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel

Qu'il garde son hoquet

On imagine difficilement

À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles

À l'institut des jeunes aveugles on a demandé

N'avez-vous point de jeune aveugle ailé

Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau langage

Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire

Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir

Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace

Qu'on les fait encore servir à la poésie

Mais elles sont comme des malades sans volonté

Ma foi les gens s'habitueraient vire au mutisme

La mimique suffit bien au cinéma

Mais entêtons-nous à parler

Remuons la langue

Lançons des postillons

On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de nouveaux sons

On veut des consonnes sans voyelles

Des consonnes qui pètent sourdement

Imitez le son de la toupie

Laissez pétiller un son nasal et continu

Faites claquer votre langue

Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans civilité

Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle consonne

Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours claironnants

Habituez-vous à roter à volonté

Et quelle lettre grave comme un son de cloche

À travers nos mémoires

Nous n'aimons pas assez la joie

De voir les belles choses neuves

Ô mon amie hâte-toi

Crains qu'un jour un train ne t'émeuve

Plus

Regarde-le plus vite pour toi

Ces chemins de fer qui circulent

Sortiront bientôt de la vie

Ils seront beaux et ridicules

Deux lampes brûlent devant moi

Comme deux femmes qui rient

Je courbe tristement la tête

Devant l'ardente moquerie

Ce rire se répand

Partout

Parlez avec les mains faites claquer vos doigts

Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour

Ô paroles

Elles suivent dans la myrtaie

L'Éros et l'Antéros en larmes

Je suis le ciel de la cité

Écoutez la mer

La mer gémir au loin et crier toute seule

Ma voix fidèle comme l'ombre

Veut être enfin l'ombre de la vie

Veut être ô mer vivante infidèle comme toi

La mer qui a trahi des matelots sans nombre

Engloutit mes grands cris comme des dieux noyés

Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre

Que jettent des oiseaux les ailes déployées

La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble

Avance et soutiens-moi je regrette les mains

De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble

Quelle oasis de bras m'accueillera demain

Connais-tu cette joie de voir des choses neuves

Ô voix je parle le langage de la mer

Et dans le port la nuit des dernières tavernes

Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne

La rue où nagent mes deux mains

Aux doigts subtils fouillant la ville

S'en va mais qui sait si demain

La rue devenait immobile

Qui sait où serait mon chemin

Songe que les chemins de fer

Seront démodés et abandonnés dans peu de temps

Regarde

La victoire avant tout sera

De bien voir au loin

De tout voir

De près

Et que tout ait un nom nouveau

vendredi 24 octobre 2008

Les cathédrales (Emile Verhaeren)

La carte du comptoir des vers poursuit son menu d'automne avec ses opus de Toussaint.
Après les pensées des morts du toujours chic Lamartine, voici un petit Mimile Verhaeren, religieux cette fois, qui complète la rentrée des moines, les soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville, la vieille ferme et l'étal.

Aussi, momentanément, le comptoir des vers cesse l'approvisionnement de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


Au fond du choeur monumental,

D'où leur splendeur s'érige

Or, argent, diamant, cristal

Lourds de siècles et de prestiges,

Pendant les vêpres, quand les soirs

Aux longues prières invitent,

Ils s'imposent, les ostensoirs,

Dont les fixes joyaux méditent.

Ils conservent, ornés de feu,

Pour l'universelle amnistie,

Le baiser blanc du dernier Dieu,

Tombé sur terre en une hostie.

Et l'église, comme un palais de marbres noirs,

Où des châsses d'argent et d'ombre

Ouvrent leurs yeux de joyaux sombres,

Par l'élan clair de ses colonnes exulte

Et dresse avec ses arcs et ses voussoirs

Jusqu'au faîte, l'éternité du culte.

Dans un encadrement de grands cierges qui pleurent,

A travers temps et jours et heures,

Les ostensoirs

Sont le seul coeur de la croyance

Qui luise encor, cristal et or,

Dans les villes de la démence.

Le bourdon sonne et sonne,

A grand battant tannant,

De larges glas qui sont les râles

Et les sursauts des cathédrales.

Et les foules qui tiennent droits,

Pour refléter le ciel, les miroirs de leur foi,

Réunissent, à ces appels, leurs âmes,

Autour des ostensoirs de flamme.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les pauvres gens des blafardes ruelles,

Barrant de croix, avec leurs bras tendus,

L'ombre noire qui dort dans les chapelles.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les corps usés, voici les coeurs fendus,

Voici les coeurs lamentables des veuves

En qui les larmes pleuvent,

Continûment, depuis des ans.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les mousses et les marins du port

Dont les vagues monstrueuses bercent le sort.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les travailleurs cassés de peine,

Aux six coups de marteaux des jours de la semaine.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les enfants las de leur sang morne

Et qui mendient et qui s'offrent au coin des bornes.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les marguilliers massifs et mous

Qui font craquer leur stalle en pliant les genoux.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les armateurs dont les bateaux de fer,

Fortune au vent, tanguent parmi la mer.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les grands bourgeois de droit divin

Qui bâtissent sur Dieu la maison de leur gain.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Les ostensoirs, qu'on élève, le soir,

Vers les villes échafaudées

En toits de verre et de cristal,

Du haut du choeur sacerdotal,

Tendent la croix des gothiques idées.

Ils s'imposent dans l'or des clairs dimanches

Toussaint, Noël, Pâques et Pentecôtes blanches

Ils s'imposent dans l'or et dans les bruits de fête

Du grand orgue battant du vol de ses tempêtes

L'autel de marbre rouge et ses piliers vermeils ;

Ils sont une âme en du soleil,

Qui vit de vieux décor et d'antique mystère

Autoritaire.

Pourtant, dès que s'éteignent les grands cierges

Et les lampes veillant le coeur des saintes vierges,

Un deuil d'encens évaporé flotte et s'empreint

Sur les châsses d'argent et les tombeaux d'airain ;

Et les vitraux, peuplés de siècles rassemblés

Devant le Christ avec leurs papes immobiles

Et leurs martyrs et leurs héros semblent trembler

Au bruit d'un train lointain qui roule sur la ville.

samedi 17 novembre 2007

La ville (Emile Verhaeren)

Tous les chemins vont vers la ville.

Du fond des brumes,

Avec tous ses étages en voyage

Jusqu'au ciel, vers de plus hauts étages,

Comme d'un rêve, elle s'exhume.

Là-bas,

Ce sont des ponts musclés de fer,

Lancés, par bonds, à travers l'air ;

Ce sont des blocs et des colonnes

Que décorent Sphinx et Gorgones ;

Ce sont des tours sur des faubourgs ;

Ce sont des millions de toits

Dressant au ciel leurs angles droits :

C'est la ville tentaculaire,

Debout,

Au bout des plaines et des domaines.

Des clartés rouges

Qui bougent

Sur des poteaux et des grands mâts,

Même à midi, brûlent encor

Comme des oeufs de pourpre et d'or ;

Le haut soleil ne se voit pas :

Bouche de lumière, fermée

Par le charbon et la fumée.

Un fleuve de naphte et de poix

Bat les môles de pierre et les pontons de bois,

Les sifflets crus des navires qui passent

Hurlent de peur dans le brouillard,

Un fanal vert est leur regard

Vers l'océan et les espaces.

Des quais sonnent aux chocs de lourds fourgons,

Des tombereaux grincent comme des gonds,

Des balances de fer font choir des cubes d'ombre

Et les glissent soudain en des sous-sols de feu,

Des ponts s'ouvrant par le milieu,

Entre les mâts touffus dressent des gibets sombres

Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,

Immensément, par à travers

Les toits, les corniches et les murailles,

Face à face, comme en bataille.

Et tout là-bas, passent chevaux et roues,

Filent les trains, vole l'effort,

Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues

Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.

Des rails ramifiés y descendent sous terre

Comme en des puits et des cratères

Pour reparaître au loin en réseaux clairs d'éclairs

Dans le vacarme et la poussière.

C'est la ville tentaculaire.

La rue - et ses remous comme des câbles

Noués autour des monuments

Fuit et revient en longs enlacements ;

Et ses foules inextricables,

Les mains folles, les pas fiévreux,

La haine aux yeux,

Happent des dents le temps qui les devance.

A l'aube, au soir, la nuit,

Dans la hâte, le tumulte, le bruit,

Elles jettent vers le hasard l'âpre semence

De leur labeur que l'heure emporte.

Et les comptoirs mornes et noirs

Et les bureaux louches et faux

Et les banques battent des portes

Aux coups de vent de la démence.

Le long du fleuve, une lumière ouatée,

Trouble et lourde, comme un haillon qui brûle,

De réverbère en réverbère se recule.

La vie avec des flots d'alcool est fermentée.

Les bars ouvrent sur les trottoirs

Leurs tabernacles de miroirs

Où se mirent l'ivresse et la bataille,

Une aveugle s'appuie à la muraille

Et vend de la lumière, en des boîtes d'un sou ;

La débauche et le vol s'accouplent en leur trou ;

La brume immense et rousse

Parfois jusqu'à la mer recule et se retrousse

Et c'est alors comme un grand cri jeté

Vers le soleil et sa clarté :

Places, bazars, gares, marchés,

Exaspèrent si fort leur vaste turbulence

Que les mourants cherchent en vain le moment de silence

Qu'il faut aux yeux pour se fermer.

Telle, le jour - pourtant, lorsque les soirs

Sculptent le firmament, de leurs marteaux d'ébène,

La ville au loin s'étale et domine la plaine

Comme un nocturne et colossal espoir,

Elle surgit : désir, splendeur, hantise ;

Sa clarté se projette en lueurs jusqu'aux cieux,

Son gaz myriadaire en buissons d'or s'attise,

Ses rails sont des chemins audacieux

Vers le bonheur fallacieux

Que la fortune et la force accompagnent ;

Ses murs se dessinent pareils à une armée

Et ce qui vient d'elle encore de brume et de fumée

Arrive en appels clairs vers les campagnes.

C'est la ville tentaculaire,

La pieuvre ardente et l'ossuaire

Et la carcasse solennelle.

Et les chemins d'ici s'en vont à l'infini

Vers elle.

mercredi 12 septembre 2007

Stances (Théophile Gautier)

Maintenant, dans la plaine ou bien dans la montagne,

Chêne ou sapin, un arbre est en train de pousser,

En France, en Amérique, en Turquie, en Espagne,

Un arbre sous lequel un jour je puis passer.

Maintenant, sur le seuil d'une pauvre chaumière,

Une femme, du pied agitant un berceau,

Sans se douter qu'elle est la Parque filandière,

Allonge entre ses doigts l'étoupe d'un fuseau.

Maintenant, loin du ciel à la splendeur divine,

Comme une taupe aveugle en son étroit couloir,

Pour arracher le fer au ventre de la mine,

Sous le sol des vivants plonge un travailleur noir.

Maintenant, dans un coin du monde que j'ignore,

Il existe une place où le gazon fleurit,

Où le soleil joyeux boit les pleurs de l'aurore,

Où l'abeille bourdonne, où l'oiseau chante et rit.

Cet arbre qui soutient tant de nids sur ses branches,

Cet arbre épais et vert, frais et riant à l'oeil,

Dans son tronc renversé l'on taillera des planches,

Les planches dont un jour on fera mon cercueil !

Cette étoupe qu'on file et qui, tissée en toile,

Donne une aile au vaisseau dans le port engourdi,

À l'orgie une nappe, à la pudeur un voile,

Linceul, revêtira mon cadavre verdi !

Ce fer que le mineur cherche au fond de la terre

Aux brumeuses clartés de son pâle fanal,

Hélas ! le forgeron quelque jour en doit faire

Le clou qui fermera le couvercle fatal !

A cette même place où mille fois peut-être

J'allai m'asseoir, le coeur plein de rêves charmants,

S'entr'ouvrira le gouffre où je dois disparaître,

Pour descendre au séjour des épouvantements !

samedi 14 juillet 2007

Dimanche (Jules Laforgue)

J'aurai passé ma vie à faillir m'embarquer

Dans de bien funestes histoires,

Pour l'amour de mon coeur de Gloire !....

- Oh ! qu'ils sont chers les trains manqués

Où j'ai passé ma vie à faillir m'embarquer !....

Mon coeur est vieux d'un tas de lettres déchirées,

Ô Répertoire en un cercueil

Dont la Poste porte le deuil !....

- Oh ! ces veilles d'échauffourées

Où mon coeur s'entraînait par lettres déchirées !....

Tout n'est pas dit encor, et mon sort est bien vert.

Ô Poste, automatique Poste,

Ô yeux passants fous d'holocaustes,

Oh ! qu'ils sont là, vos airs ouverts !....

Oh ! comme vous guettez mon destin encor vert !

Une, pourtant, je me rappelle,

Aux yeux grandioses

Comme des roses,

Et puis si belle !....

Sans nulle pose.

Une voix me criait : " C'est elle ! Je le sens ;

" Et puis, elle te trouve si intéressant ! "

- Ah ! que n'ai-je prêté l'oreille à ses accents !...

lundi 9 juillet 2007

Malines (Paul Verlaine)

Vers les prés le vent cherche noise

Aux girouettes, détail fin

Du château de quelque échevin,

Rouge de brique et bleu d'ardoise,

Vers les prés clairs, les prés sans fin...

Comme les arbres des féeries,

Des frênes, vagues frondaisons,

Êchelonnent mille horizons

A ce Sahara de prairies,

Trèfle, luzerne et blancs gazons.

Les wagons filent en silence

Parmi ces sites apaisés.

Dormez, les vaches ! Reposez,

Doux taureaux de la plaine immense,

Sous vos cieux à peine irisés !

Le train glisse sans un murmure,

Chaque wagon est un salon

Où l'on cause bas et d'où l'on

Aime à loisir cette nature.

Faite à souhait pour Fénelon.

dimanche 24 juin 2007

Dédicace (Paul Verlaine)

Vous souvient-il, cocodette un peu mûre

Qui gobergez vos flemmes de bourgeoise,

Du temps joli quand, gamine un peu sure,

Tu m'écoutais, blanc-bec fou qui dégoise ?

Gardâtes-vous fidèle la mémoire,

O grasse en des jerseys de poult-de-soie,

De t'être plu jadis à mon grimoire,

Cour par écrit, postale petite oye ?

Avez-vous oublié, Madame Mère,

Non, n'est-ce pas, même en vos bêtes fêtes,

Mes fautes de goût, mais non de grammaire,

Au rebours de tes chères lettres bêtes ?

Et quand sonna l'heure des justes noces,

Sorte d'Ariane qu'on me dit lourde,

Mes yeux gourmands et mes baisers féroces

A tes nennis faisant l'oreille sourde ?

Rappelez-vous aussi, s'il est loisible

A votre coeur de veuve mal morose,

Ce moi toujours tout prêt, terrible, horrible,

Ce toi mignon prenant goût à la chose,

Et tout le train, tout l'entrain d'un manège

Qui par malheur devint notre ménage.

Que n'avez-vous, en ces jours-là, que n'ai-je

Compris les torts de votre et de mon âge !

C'est bien fâcheux : me voici, lamentable

Epave éparse à tous les flots du vice.

Vous voici, toi, coquine détestable,

Et ceci fallait que je l'écrivisse !