mercredi 23 avril 2008

Les colchiques (Guillaume Apollinaire)

Le comptoir des vers étant toujours en rupture d'Arthur Rimbaud et de ses voyelles, ce soir sur la carte nous continuons avec du Guillaume Apollinaire avec un poème botanique dans la lignée du pont Mirabeau ou de Nuit Rhénane en attendant la remontée de nos stocks.


Le pré est vénéneux mais joli en automne

Les vaches y paissant

Lentement s'empoisonnent

Le colchique couleur de cerne et de lilas

Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là

Violatres comme leur cerne et comme cet automne

Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas

Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica

Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères

Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières

Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement

Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent

Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

mardi 22 avril 2008

Nuit rhénane (Guillaume Apollinaire)

Voici sur la carte du comptoir des vers, après Arthur Rimbaud et ses voyelles, nous poursuivons avec Guillaume Apollinaire avec un poème sobre dans la lignée du pont Mirabeau.

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d'un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n'entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

jeudi 10 avril 2008

Au Cabaret Vert - Cinq heures du soir (Arthur Rimbaud)

Ce soir, sur la carte du comptoir des vers, un bref poème d'Arthur Rimbaud à rapprocher de Sensations, Ma Bohème ou Chanson de la plus haute tour ...
Quoique que ce texte ne soit pas sans rappeler, certes légèrement, les abominations que sont Vénus Anadyomène ou Mes petites amoureuses.


Depuis huit jours j'avais déchiré mes bottines

Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.

Au Cabaret Vert : je demandais des tartines

Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeais les jambes sous la table

Verte : je contemplais les sujets très naïfs

De la tapisserie. Et ce fut adorable,

Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'apeure !

Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,

Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse

D'ail et m'emplit la chope immense, avec sa mousse

Que dorait un rayon de soleil arriéré.