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dimanche 21 octobre 2018

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple (Joachim du Bellay)

Un petit du Bellay pour la route...

Je vis l'oiseau qui le soleil contemple
D'un faible vol au ciel s'aventurer,
Et peu à peu ses ailes assurer,
Suivant encor le maternel exemple.

Je le vis croître, et d'un voler plus ample
Des plus hauts monts la hauteur mesurer,
Percer la nue, et ses ailes tirer
Jusqu'au lieu où des dieux est le temple.

Là se perdit : puis soudain je l'ai vu
Rouant par l'air en tourbillon de feu,
Tout enflammé sur la plaine descendre.

Je vis son corps en poudre tout réduit,
Et vis l'oiseau, qui la lumière fuit,
Comme un vermet renaître de sa cendre.

samedi 26 janvier 2013

L'éternité (Arthur Rimbaud)

Quand le poète de Charleville nous parle de l'absence d'espérance ...


Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

samedi 28 juillet 2012

Le coucher du soleil romantique (Charles Baudelaire)

Poème sur le mode "je me souviens"


Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...
Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

vendredi 27 février 2009

Pourquoi triste, ô mon âme (Paul Verlaine)

La carte du comptoir des vers livre ce soir un petit Verlaine pour la route.

La carte du comptoir des poésies, sans commentaire, suggère aussi d'essayer ses autres classiques :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'homme juste, petites amoureuses, première soirée, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), Michel et Christine, les douaniers, Marine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, soleil et chair, tête de faune, à la musique, chant de guerre parisien, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, le vigneron champenois, le chef de section, nocturne, ô naturel désir, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, la Victoire, à l'Italie, Annie, dans l'abri-caverne, à la Santé

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, à une dame créole, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, les ténèbres, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, l'affiche rouge, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble, la rose et le réséda, un jour un jour, Charlot mystique, Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- José Maria de Heredia : les conquérants, le vitrail, l'esclave, soir de bataille, le voeu, le tepidarium, la belle viole, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien entendu, le très long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline


Pourquoi triste, ô mon âme

Triste jusqu'à la mort,

Quand l'effort te réclame,

Quand le suprême effort

Est là qui te réclame ?

Ah, tes mains que tu tords

Au lieu d'être à la tâche,

Tes lèvres que tu mords

Et leur silence lâche,

Et tes yeux qui sont morts !

N'as-tu pas l'espérance

De la fidélité,

Et, pour plus d'assurance

Dans la sécurité,

N'as-tu pas la souffrance ?

Mais chasse le sommeil

Et ce rêve qui pleure.

Grand jour et plein soleil !

Vois, il est plus que l'heure :

Le ciel bruit vermeil,

Et la lumière crue

Découpant d'un trait noir

Toute chose apparue

Te montre le devoir

Et sa forme bourrue.

Marche à lui vivement,

Tu verras disparaître

Tout aspect inclément

De sa manière d'être,

Avec l'éloignement.

C'est le dépositaire

Qui te garde un trésor

D'amour et de mystère,

Plus précieux que l'or,

Plus sûr que rien sur terre,

Les biens qu'on ne voit pas,

Toute joie inouïe,

Votre paix, saints combats,

L'extase épanouie

Et l'oubli d'ici-bas,

Et l'oubli d'ici-bas !

dimanche 15 février 2009

L'une d'elles (René François Sully Prudhomme)

La carte du comptoir des vers présente à son menu l'une d'elles long et insipide opus immobilier de Sully Prudhomme.

A défaut, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi sa sélection :

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Les grands appartements qu'elle habite l'hiver

Sont tièdes. Aux plafonds, légers comme l'éther,

Planent d'amoureuses peintures.

Nul bruit, partout les voix, les pas sont assoupis

Par la laine opulente et molle des tapis

Et l'ample velours des tentures.

Aux fenêtres, dehors, la grêle a beau sévir,

Sous ses balles de glace à peine on sent frémir

L'épais vitrail qui les renvoie,

Et la neige et le givre aux glaciales fleurs

Restent voilés aux yeux sous les chaudes couleurs

De longs rideaux brochés de soie.

Là, dans de vieux tableaux, le ciel vénitien

Prête au soleil de France un effluve du sien ;

Et sur la haute cheminée,

Dans des vases ravis en Grèce à des autels,

Des lis renouvelés qu'on dirait immortels

Ne font qu'un printemps de l'année.

Sa chambre est toute bleue et suave ; on y sent

Le vestige embaumé de quelque oeillet absent

Dont l'air a gardé la mémoire,

Ses genoux, pour prier, posent sur du satin,

Et ses aïeux tenaient d'un maître florentin

Son crucifix de vieil ivoire.

Elle peut, lasse enfin des salons somptueux,

Goûter de son boudoir le jour voluptueux

sommeille un vague mystère,

Et là ses yeux levés rencontrent un Watteau

Où de sveltes amants, un pied sur le bateau,

Vont appareiller pour Cythère.

L'hiver passe, elle émigre en sa villa d'été.

Elle y trouve le ciel, l'immense aménité

Des monts, des vallons et des plaines ;

Depuis les dahlias qui bordent la maison

Jusques au dernier flot des blés à l'horizon,

Elle ne voit que ses domaines.

Puis c'est la promenade en barque sur les lacs,

La sieste à l'ombre au fond des paresseux hamacs,

La course aux prés en jupes blanches,

Et le roulement doux des calèches au bois,

Et le galop, voilette au front, badine aux doigts,

Sous le mobile arceau des branches,

Et, par les midis lourds, les délices du bain :

Deux jets purs inondant la vasque dont sa main

Tourne à son gré les cols de cygnes,

Et le charme du frais, suave abattement

Où, rêveuse, elle voit sous l'eau, presque en dormant,

De son beau corps trembler les lignes.

Ainsi coulent ses jours, pareils aux jours heureux ;

Mais un secret fardeau s'appesantit sur eux,

Ils ne sont pas dignes d'envie.

On lit dans son regard fiévreux ou somnolent,

Dans son rare sourire et dans son geste lent

Le dégoût amer de la vie.

Oh ! Quelle âme entendra sa pauvre âme crier ?

Quel sauveur magnanime et beau, quel chevalier

Doit survenir à l'improviste,

Et l'enlever en croupe, et l'emporter là-bas,

Sous un chaume enfoui dans l'herbe et les lilas,

Loin, bien loin de ce luxe triste ?

Personne. Elle dédaigne un criminel espoir,

Et se plaît à languir, en proie à son devoir.

Morte sous ses parures neuves,

Elle n'a pas d'amour, l'honneur le lui défend,

Misérablement riche, elle n'a pas d'enfant,

Elle est plus seule que les veuves.

samedi 24 janvier 2009

Hymne au soleil (Edmond Rostand)

La carte du comptoir des vers persiste dans la publication de poèmes mièvres d'Edmond Rostand - pourtant auteur de l'indépassable Cyrano de Bergerac et de sa picaresque tirade des nez - à l'instar du Petit Chat ou des nénuphars.

Cette poésie astronomique contraint la carte du comptoir des poésies, sans commentaire, à réexpédier au magasin des accessoires Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambre garnie, Charlot mystique, La rose et le réséda, La belle italienne, Un jour un jour, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?,Santa Espina, Chambres d'un moment, Que serais-je sans toi ?, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (Vénus Anadyomène, Sensations, le Dormeur du Val, Voyelles, le Bateau Ivre, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, A l'Italie, Nuit Rhénane, La Victoire, l'Adieu, Nocturne, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Le Vigneron Champenois, Annie, A la Santé ...).


Je t'adore, Soleil ! Ô toi dont la lumière,

Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel,

Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière,

Se divise et demeure entière

Ainsi que l'amour maternel !

Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre,

Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleu

Et qui choisis, souvent, quand tu veux disparaître,

L'humble vitre d'une fenêtre

Pour lancer ton dernier adieu !

Tu fais tourner les tournesols du presbytère,

Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher,

Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère,

Tu fais bouger des ronds par terre

Si beaux qu'on n'ose plus marcher !

Gloire à toi sur les prés !

Gloire à toi dans les vignes !

Sois béni parmi l'herbe et contre les portails !

Dans les yeux des lézards et sur l'aile des cygnes !

Ô toi qui fais les grandes lignes

Et qui fais les petits détails !

C'est toi qui, découpant la soeur jumelle et sombre

Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit,

De tout ce qui nous charme a su doubler le nombre,

A chaque objet donnant une ombre

Souvent plus charmante que lui !

Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses,

Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !

Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !

Ô Soleil ! Toi sans qui les choses

Ne seraient que ce qu'elles sont !

mardi 11 novembre 2008

Le Dormeur du Val (Arthur Rimbaud)

Aujourd'hui, sur la carte du comptoir des vers, un poème antimilitariste et très célèbre d'Arthur Rimbaud. Il fut superbement interprété par Serge Reggiani qui l'associait au Déserteur de Boris Vian.

A défaut, pour les passionnés d'art militaire, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi sa sélection :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, l'hymne au soleil, sept moyens de monter dans la Lune, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, une martyre, le chat, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, à une dame créole

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, le tepidarium, le vitrail, soir de bataille, la belle viole, fleurs de feu, l'esclave, Tranquillus


C'est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit. C'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort, il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

mardi 14 octobre 2008

Michel et Christine (Arthur Rimbaud)

La carte du comptoir des vers, après plus d'un mois de rputure totale d'approvisionnenement, reprend sa série sur la matière première du poème le pied avec la suite de l'exploitation d'un filon inespéré d'Arthur Rimbaud.
La livraison d'aujourd'hui est un poème méconnu,
un peu en retrait toutefois par rapport à
Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Mes petites amoureuses ou même l'Orgie parisienne.

Malheureusement
Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...) est toujours aux abonnés absents ...

Zut alors, si le soleil quitte ces bords !

Fuis, clair déluge ! Voici l'ombre des routes.

Dans les saules, dans la vieille cour d'honneur,

L'orage d'abord jette ses larges gouttes.

Ô cent agneaux, de l'idylle soldats blonds,

Des aqueducs, des bruyères amaigries,

Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons

Sont à la toilette rouge de l'orage !

Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre,

Fuyez l'heure des éclairs supérieurs ;

Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre,

Tâchez de descendre à des retraits meilleurs.


Mais moi, Seigneur ! voici que mon esprit vole,

Après les cieux glacés de rouge, sous les

Nuages célestes qui courent et volent

Sur cent Solognes longues comme un railway.

Voilà mille loups, mille graines sauvages

Qu'emporte, non sans aimer les liserons,

Cette religieuse après-midi d'orage

Sur l'Europe ancienne où cent hordes iront !

Après, le clair de lune ! partout la lande,

Rougis et leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers

Chevauchent lentement leurs pâles coursiers !

Les cailloux sonnent sous cette fière bande !

Et verrai-je le bois jaune et le val clair,

L'Epouse aux yeux bleus, l'homme au front rouge, ô Gaule,

Et le blanc Agneau Pascal, à leurs pieds chers,

Michel et Christine, - et Christ ! - fin de l'Idylle.

jeudi 10 avril 2008

Au Cabaret Vert - Cinq heures du soir (Arthur Rimbaud)

Ce soir, sur la carte du comptoir des vers, un bref poème d'Arthur Rimbaud à rapprocher de Sensations, Ma Bohème ou Chanson de la plus haute tour ...
Quoique que ce texte ne soit pas sans rappeler, certes légèrement, les abominations que sont Vénus Anadyomène ou Mes petites amoureuses.


Depuis huit jours j'avais déchiré mes bottines

Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.

Au Cabaret Vert : je demandais des tartines

Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeais les jambes sous la table

Verte : je contemplais les sujets très naïfs

De la tapisserie. Et ce fut adorable,

Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'apeure !

Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,

Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse

D'ail et m'emplit la chope immense, avec sa mousse

Que dorait un rayon de soleil arriéré.

lundi 10 mars 2008

Soleil et chair (Arthur Rimbaud)

Sur le comptoir des vers, un long poème de 1870 à tonalité légèrement érotique mais aussi mystique et religieuse d'Arthur Rimbaud toutefois moins excessive que "Vénus Anadyomène" ou "Mes petites Amoureuses".


Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,

Verse l'amour brûlant à la terre ravie,

Et, quand on est couché sur la vallée, on sent

Que la terre est nubile et déborde de sang ;

Que son immense sein, soulevé par une âme,

Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,

Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,

Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

- Ô Vénus, ô Déesse !

Je regrette les temps de l'antique jeunesse,

Des satyres lascifs, des faunes animaux,

Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux

Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !

Je regrette les temps où la sève du monde,

L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts

Dans les veines de Pan mettaient un univers !

Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre,

Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre

Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour,

Où, debout sur la plaine, il entendait autour

Répondre à son appel la Nature vivante,

Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,

La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu

Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !

Je regrette les temps de la grande Cybèle

Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,

Sur un grand char d'airain, les splendides cités,

Son double sein versait dans les immensités

Le pur ruissellement de la vie infinie.

L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,

Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.

- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,

Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.

Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,

L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !

Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,

Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle,

S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté

Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté

Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,

Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,

Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,

Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,

Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère

Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix,

Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !

- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.

Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,

Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,

Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,

Son cors Olympien aux servitudes sales !

Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles

Il veut vivre, insultant la première beauté !

- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,

Où tu divinisas notre argile, la Femme,

Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme

Et monter lentement, dans un immense amour,

De la prison terrestre à la beauté du jour,

La Femme ne sait plus même être courtisane !

C'est une bonne farce ! et le monde ricane

Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !

Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !

Au grand jour, fatigué de briser des idoles,

Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,

Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !

L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,

Tout le dieu qui vit, sous son argile charnelle,

Montera, montera, brûlera sous son front !

Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,

Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,

Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !

Splendide, radieuse, au sein des grandes mers

Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers

L'Amour infini dans un infini sourire !

Le Monde vibrera comme une immense lyre

Dans le frémissement d'un immense baiser !

Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.

Ô ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !

Et le rayon soudain de la beauté première

Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !

Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,

L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,

La cavale longtemps, si longtemps oppressée

S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...

Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !

Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?

Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?

Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?


Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau

De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?

Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,

Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?

Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?

La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?

Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,

D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond

Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond

De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature

Le ressuscitera, vivante créature,

Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ? ...

Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés

D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !

Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,

Notre pâle raison nous cache l'infini !

Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !

Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...

Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle ! ...

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts


Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts

Dans l'immense splendeur de la riche nature !

Il chante... et le bois chante
, et le fleuve murmure

Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour ! ...

C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour ! ...

Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !

Ô renouveau d'amour, aurore triomphale

Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,

Kallipyge la blanche et le petit Éros

Effleureront, couverts de la neige des roses,

Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !

Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots

Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,

Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,

Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,

Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,

Lysios, promené dans les champs Phrygiens

Par les tigres lascifs et les panthères rousses,

Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.

Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant

Le corps nu d'Europe, qui jette son bras blanc

Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.

Il tourne lentement vers elle son oeil vague,

Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,

Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt

Dans un divin baiser, et le flot qui murmure

De son écume d'or fleurit sa chevelure.

Entre le laurier-rose et le lotus jaseur

Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur

Embrassant la Léda des blancheurs de son aile,

Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,

Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,

Étale fièrement l'or de ses larges seins

Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,

Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire,

Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,

S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,

Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée

Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,

Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,

La Dryade regarde au ciel silencieux ...

La blanche Séléné laisse flotter son voile,

Craintive, sur les pieds du bel Endymion,

Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...

La Source pleure au loin dans une longue extase ...

C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,

Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.

Une brise d'amour dans la nuit a passé,

Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,

Majestueusement debout, les sombres Marbres,

Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,

Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini !