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dimanche 21 janvier 2018

Tu sommeilles, je vois tes yeux sourire encor (Charles Guérin)

Le dénommé Charles Guérin, décédé en 1907, est désormais surtout connu de sa famille.
Le poème ci-dessous explique pourquoi la postérité l'a soigneusement évité
.

Tu sommeilles, je vois tes yeux sourire encor.
Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l'essor,
Se soulève et s'abaisse au gré de ton haleine.
Tu t'abandonnes, lasse et nue et tout en fleur,
Et ta chair amoureuse est rose de chaleur.
Ta main droite sur toi se coule au creux de l'aine,
Et l'autre sur mon coeur crispe ses doigts nerveux.
Ce taciturne émoi flatte ma convoitise.
Ta bouche est entrouverte et ton souffle m'attise
Et le mien qui s'anime agite tes cheveux.

Vivant sachet rempli de nard, de myrrhe et d'ambre,
Tu répands tes parfums irritants dans la chambre.
Je te respire avec ivresse en caressant,
Comme un sculpteur modèle une onctueuse argile,
Ton corps flexible et plein de jeune bête agile.
La lumière étincelle à tes cils, et le sang
Peint une branche bleue à ta tempe fragile.
La courbe qui suspend à l'épaule ton sein
Emprunte aux purs coteaux nocturnes leur dessin.
Ta peau ferme a le grain du marbre et de la rose,
Et moi je dis tout bas, pendant que je repose
Mon regard amoureux sur tes charmes choisis :
"La gazelle couchée au frais de l'oasis
N'est pas plus douce à voir que la femme endormie,
Et les lys du matin jalousent mon amie."

samedi 28 juillet 2007

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie (Charles Guérin)

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie

La Mort qui cheminait avec la Volupté,

L'une pour arme ayant sa faux inassouvie,

L'autre, sa nudité.

Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude,

Cherchant en vain des yeux une borne où s'asseoir,

Je me trouvais alors dans une solitude

Aux approches du soir.

Tout à coup, comme à l'heure où le vent y circule,

L'herbe haute a frémi sur le bord du fossé,

Et, près de moi, sortant soudain du crépuscule,

Les deux soeurs ont passé.

Poursuivant sans répit leur marche vagabonde,

Des régions de l'ombre aux rives du matin

Elles portaient ainsi leurs oeuvres par le monde,

Servantes du Destin.

D'un sourire cruel m'ayant cloué sur place,

Je les voyais déjà décroître à l'horizon

Que j'éprouvais encor, plein de flamme et de glace,

Un horrible frisson.

La dernière alouette a crié dans les chaumes ;

Et j'ai repris, d'un oeil craintif tâtant la nuit,

Le chemin où, parmi les pas des deux fantômes,

L'Inconnu me conduit.