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dimanche 31 mars 2013

La chevelure vol (Stéphane Mallarmé)

"Rien qu'à simplifier avec gloire la femme"
Une sorte de court éloge de la simplification avec un vocabulaire complexe !


La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurant l'exploit

De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche

 

dimanche 28 octobre 2007

Hier la nuit d'été qui nous prêtait ses voiles (Victor Hugo)

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,

Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !

Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !

Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !

Tant elle répandait d'amoureuses rosées

Sur les fleurs et sur nous !

Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme,

Car tu me regardais avec toute ton âme !

J'admirais la beauté dont ton front se revêt.

Et sans même qu'un mot révélât ta pensée,

La tendre rêverie en ton coeur commencée

Dans mon coeur s'achevait !

Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie

Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie,

Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,

Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,

Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,

Si douces toutes deux !

Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !

C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !

Lui qui charme mon coeur ! lui qui ravit mes yeux !

C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère !

C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre

Comme l'étoile aux cieux !

C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose,

L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose !

C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.

C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,

A versé la beauté, comme une coupe pleine,

Et dans mon coeur l'amour !

Laisse-toi donc aimer ! - Oh ! l'amour, c'est la vie.

C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie

Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.

Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne.

La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne :

Laisse-toi couronner !

Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire,

Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire,

Poussière que l'orgueil rapporte des combats,

Ni l'ambition folle, occupée aux chimères,

Qui ronge tristement les écorces amères

Des choses d'ici-bas ;

Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées,

Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,

Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,

Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire,

Et toutes les chansons de cette douce lyre

Qu'on appelle le coeur !

Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète,

Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,

Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;

Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne,

Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,

Les âmes ont l'amour !

samedi 28 juillet 2007

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie (Charles Guérin)

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie

La Mort qui cheminait avec la Volupté,

L'une pour arme ayant sa faux inassouvie,

L'autre, sa nudité.

Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude,

Cherchant en vain des yeux une borne où s'asseoir,

Je me trouvais alors dans une solitude

Aux approches du soir.

Tout à coup, comme à l'heure où le vent y circule,

L'herbe haute a frémi sur le bord du fossé,

Et, près de moi, sortant soudain du crépuscule,

Les deux soeurs ont passé.

Poursuivant sans répit leur marche vagabonde,

Des régions de l'ombre aux rives du matin

Elles portaient ainsi leurs oeuvres par le monde,

Servantes du Destin.

D'un sourire cruel m'ayant cloué sur place,

Je les voyais déjà décroître à l'horizon

Que j'éprouvais encor, plein de flamme et de glace,

Un horrible frisson.

La dernière alouette a crié dans les chaumes ;

Et j'ai repris, d'un oeil craintif tâtant la nuit,

Le chemin où, parmi les pas des deux fantômes,

L'Inconnu me conduit.

samedi 9 juin 2007

Fleurs de feu (José Maria de Heredia)

Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,

La flamme par torrents jaillit de ce cratère,


Et le panache igné du volcan solitaire

Flamba plus haut encor que les Chimborazos.



Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.

Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère ;


Le sol est immobile et le sang de la Terre,

La lave, en se figeant, lui laissa le repos.



Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,

A l'orle de la gueule à jamais refroidie,

Éclatant à travers les rocs pulvérisés,




Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,

Dans le poudroîment d'or du pollen qu'elle lance

S'épanouit la fleur des cactus embrasés.