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dimanche 31 mars 2013

La chevelure vol (Stéphane Mallarmé)

"Rien qu'à simplifier avec gloire la femme"
Une sorte de court éloge de la simplification avec un vocabulaire complexe !


La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurant l'exploit

De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche

 

samedi 1 décembre 2012

Les bijoux (Charles Baudelaire)

Un poème délicatement érotique, bachique et jouisseur de Charlie Baudelaire


La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !

mardi 13 novembre 2007

L'étal (Emile Verhaeren)

Au soir tombant, lorsque déjà l'essor

De la vie agitée et rapace s'affaisse,

Sous un ciel bas et mou et gonflé d'ombre épaisse,

Le quartier fauve et noir dresse son vieux décor

De chair, de sang, de vice et d'or.

Des commères, blocs de viande tassée et lasse,

Interpellent, du seuil de portes basses,

Les gens qui passent ;

Derrière elles, au fond de couloirs rouges

Des feux luisent, un rideau bouge

Et se soulève et permet d'entrevoir

De beaux corps nus en des miroirs.

Le port est proche. A gauche, au bout des rues,

L'emmêlement des mâts et des vergues obstrue

Un pan de ciel énorme,

droite, un tas grouillant de ruelles difformes

Choit de la ville - et les foules obscures

S'y dépêchent vers leurs destins de pourriture.

C'est l'étal flasque et monstrueux de la luxure

Dressé, depuis toujours, sur les frontières

De la cité et de la mer.

Là-bas, parmi les flots et les hasards,

Ceux qui veillent, mélancoliques, aux bancs de quart

Et les mousses dont les hardes sont suspendues

A des mâts abaissés ou des cordes tendues,

Tous en rêvent et l'évoquent, tels soirs,

Le cru désir les tord en effrénés vouloirs ;

Les baisers mous du vent sur leur torse circulent ;

La vague éveille en eux des images qui brûlent ;

Et leurs deux mains et leurs deux bras se désespèrent

Ou s'exaltent, tendus du côté de la terre.

Et ceux d'ici, ceux des bureaux et des bazars,

Chiffreurs têtus, marchands précis, scribes hagards,

Fronts assouplis, cerveaux loués et mains vendues,

Quand les clefs de la caisse au mur sont appendues,

Sentent le même rut mordre leur corps, tels soirs ;

On les entend descendre en troupeaux noirs,

Comme des chiens chassés, du fond du crépuscule,

Et la débauche en eux si fortement bouscule

Leur avarice et leur prudence routinière

Qu'elle les use et les ruine, avec colère.

C'est l'étal flasque et monstrueux de la luxure

Dressé, depuis toujours, sur les frontières

De la cité et de la mer.


Venus de quels lointains heureux ou fatidiques ?

Venus de quels comptoirs fiévreux ou méthodiques ?

Avec, en leurs yeux durs, la haine âpre et sournoise,

Avec, en leur instinct, la bataille et l'angoisse,

Autour de femelles rouges qui les affolent,

Ils s'assemblent et s'ameutent en ardentes paroles.

Des mascarons fougueux et des ornements crus

Luisent au long des murs et dans l'ombre se dardent ;

Des satyres sautants et des Bacchus ventrus

Rient d'un rire immobile en des glaces blafardes ;

Des fleurs meurent. Sur des tables de jeu,

Les bols chauffent, tordant leur flamme en drapeaux bleus,

Un pot de fard s'encrasse, au coin d'une étagère ;

Une chatte bondit vers des mouches, légère,

Un ivrogne sommeille étendu sur un banc,

Et des femmes viennent à lui et se penchant

Frôlent ses yeux fermés, avec leurs seins énormes.

Leurs compagnes, reins fatigués, croupes qui dorment,

Sur des fauteuils et des divans sont empilées,

La chair morne déjà d'avoir été foulée

Par les premiers passants de la vigne banale.

L'une d'elles coule en son bas un morceau d'or,

Une autre bâille et s'étire, d'autres encor

Flambeaux défunts, thyrses usés des bacchanales

Sentant l'âge et la fin les flairer du museau,

Les yeux fixes, se caressent la peau,

D'une main lente et machinale.

C'est l'étal flasque et monstrueux de la luxure

Dressé, depuis toujours, sur les frontières

De la cité et de la mer.


D'après l'argent qui tinte dans les poches,

La promesse s'échange ou le reproche ;

Un cynisme tranquille, une ardeur lasse

Préside à la tendresse ou bien à la menace.

L'étreinte et les baisers ennuient. Souvent,

Lorsque les poings s'entrecognent, au vent

Des insultes et des jurons, toujours les mêmes,

Quelque gaîté s'essore et jaillit des blasphèmes,

Mais aussitôt retombe - et parfois l'on entend,

Dans le silence inquiétant,

Un clocher proche et haletant

Sonner l'heure lourde et funèbre,

Sur la ville, dans les ténèbres.

Pourtant, au long des jours, quand les fêtes émargent,

Soit en hiver, Noël, soit en été, Saint-Pierre,

Le vieux quartier de crasse et de lumière

Monte vers le péché, avec un élan large.

Il fermente de chants hurlés et de tapages :

Fenêtre par fenêtre, étage par étage,

Ses façades dardent, de haut en bas,

Le vice - et jusqu'au fond des galetas,

Brame l'ardeur et s'accouplent les rages.

Dans la grande salle, où les marins affluent,

Poussant au-devant d'eux quelque bouffon des rues

Qui se convulse en mimiques obscènes,

Les vins d'écume et d'or bondissent de leur gaine ;

Les hommes saouls braillent comme des fous,

Les femmes se livrent - et, tout à coup,

Les ruts flambent, les bras se nouent, les corps se tordent,

On ne voit plus que des instincts qui s'entremordent,

Des seins offerts, des ventres pris et l'incendie

Des yeux hagards en des buissons de chair brandie.

C'est l'étal flasque et monstrueux de la luxure,

Où le crime plante ses couteaux clairs,

Où la folie, à coups d'éclairs,

Fêle les fronts de meurtrissures,

C'est l'étal flasque et monstrueux,

Dressé, depuis toujours, sur les frontières

Tributaires de la cité et de la mer.

samedi 29 septembre 2007

Thestylis (Charles Marie Leconte de Lisle)

Aux pentes du coteau, sous les roches moussues,

L'eau vive en murmurant filtre par mille issues,

Croît, déborde, et remue en son cours diligent

La mélisse odorante et les cailloux d'argent.

Le soir monte : on entend s'épandre dans les plaines

De flottantes rumeurs et de vagues haleines,

Le doux mugissement des grands boeufs fatigués

Qui s'arrêtent pour boire en traversant les gués,

Et sous les rougeurs d'or du soleil qui décline

Le bruit grêle des pins au front de la colline.

Dans les sentiers pierreux qui mènent à la mer,

Rassasié de thym et de cytise amer,

L'indocile troupeau des chèvres aux poils lisses

De son lait parfumé va remplir les éclisses ;

Le tintement aigu des agrestes grelots

S'unit par intervalle à la plainte des flots,

Tandis que, prolongeant d'harmonieuses luttes,

Les jeunes chevriers soufflent aux doubles flûtes.

Tout s'apaise : l'oiseau rentre dans son nid frais ;

Au sortir des joncs verts, les Nymphes des marais,

Le sein humide encor, ceintes d'herbes fleuries,

Les bras entrelacés, dansent dans les prairies.

C'est l'heure où Thestylis, la vierge de l'Aitna,

Aux yeux étincelants comme ceux d'Athana,

En un noir diadème a renoué sa tresse,

Et sur son genou ferme et nu de chasseresse,

A la hâte, agrafant la robe aux souples plis,

Par les âpres chemins de sa grâce embellis,

Rapide et blanche, avec son amphore d'argile,

Vers cette source claire accourt d'un pied agile,

Et s'assied sur le bord tapissé de gazon,

D'où le regard s'envole à l'immense horizon.

Ni la riche Milet qu'habitent les Iônes,

Ni Syracuse où croît l'hélichryse aux fruits jaunes,

Ni Korinthe où le marbre a la blancheur du lys,

N'ont vu fleurir au jour d'égale à Thestylis.

Grande comme Artémis et comme elle farouche,

Nul baiser n'a jamais brûlé sa belle bouche ;

Jamais, dans le vallon, autour de l'oranger,

Elle n'a, les pieds nus, conduit un choeur léger,

Ou, le front couronné de myrtes et de rose,

Au furtif hyménée ouvert sa porte close ;

Mais quand la Nuit divine allume l'astre aux cieux,

Il lui plaît de hanter le mont silencieux,

Et de mêler au bruit de l'onde qui murmure

D'un coeur blessé la plainte harmonieuse et pure :

Jeune Immortel, que j'aime et que j'attends toujours,

Chère image entrevue à l'aube de mes jours !

Si, d'un désir sublime en secret consumée,

J'ai dédaigné les pleurs de ceux qui m'ont aimée,

Et si je n'ai versé, dans l'attente du ciel,

Les parfums de mon coeur qu'au pied de ton autel ;

Soit que ton arc résonne au sein des halliers sombres ;

Soit que, réglant aux cieux le rythme d'or des nombres,

D'un mouvement égal ton archet inspiré

Des Muses aux neuf voix guide le choeur sacré ;

Soit qu'à l'heure riante où, sous la glauque Aurore,

L'aile du vent joyeux trouble la Mer sonore,

Des baisers de l'écume argentant tes cheveux,


Tu fendes le flot clair avec tes bras nerveux ;

Oh ! quel que soit ton nom, Dieu charmant de mes rêves,

Entends-moi ! viens ! je t'aime, et les heures sont brèves !

Viens ! sauve par l'amour et l'immortalité,

Ravis au Temps jaloux la fleur de ma beauté ;

Ou, si tu dois un jour m'oublier sur la terre,

Que ma cendre repose en ce lieu solitaire,

Et qu'une main amie y grave pour adieu :

Ici dort Thestylis, celle qu'aimait un Dieu !

Elle se tait, écoute, et dans l'ombre nocturne,

Accoudant son beau bras sur la rondeur de l'urne,

Le sein ému, le front à demi soulevé,

Inquiète, elle attend celui qu'elle a rêvé.

Et le vent monotone endort les noirs feuillages ;

La Mer en gémissant berce les coquillages ;

La montagne muette, au loin, de toutes parts,

Des coteaux aux vallons, brille de feux épars ;

Et la source elle-même, au travers de la mousse,

S'agite et fuit avec une chanson plus douce.

Mais le jeune Immortel, le céleste Inconnu,

L'Amant mystérieux et cher n'est pas venu !

Il faut partir, hélas ! et regagner la plaine.

Thestylis sur son front pose l'amphore pleine,

S'éloigne, hésite encore, et sent couler ses pleurs,

De la joue et du col s'effacent les couleurs,

Son corps charmant, Eros, frissonne de tes fièvres !

Mais bientôt, l'oeil brillant, un fier sourire aux lèvres,

Elle songe tout bas, reprenant son chemin :

- Je l'aime et je suis belle ! Il m'entendra demain !

samedi 28 juillet 2007

Le corps ferme comme une jeune rose (Odilon Jean Périer)

Le corps ferme comme une jeune rose

Celle qu'Amour ne désunissait pas

Qui disposait pour nous entre les choses

L'oeuvre excellente et pure de ses pas

Dont les cheveux donnaient le goût de vivre

Et dont les mains faisaient le pain doré

- N'était-ce rien qu'un instant d'équilibre

Par un miracle au hasard préservé ?

Pour un sourire elle consent au monde

Elle s'accorde ou se rompt au plaisir,

Toute inclinée et mêlée à son ombre

Le corps défait par un pauvre désir

Mais qui l'avait de neige couronnée

Comme il la tient perdue entre ses bras

Ayant goûté sa bouche humiliée

Amèrement s'en détache et s'en va

Il s'en va seul, ruiné, regrettant son courage.

Il voit de grosses mains se poser sur ses dieux

Les dames se repeindre et rire les messieurs

L'or aux dents, le soleil au milieu du visage

Il voit de beaux enfants rayonnants de jeunesse

Tendrement sous les bras saisissant une chair

Donner de leur substance à des femmes ouvertes

Et chercher de l'amour dans ces ventres déserts

Il voit briller l'éclair sur les maisons du monde,

Les morts en habit noir dans les fêtes de nuit,

Les lâches, les tricheurs, enfermés par la honte,

Que le jour du seigneur trouve nus dans leur lit

Il voit se dénouer le coeur des jeunes filles

Celle-ci recevoir un baiser triste et bas,

Celle-là prisonnière aux genoux d'une amie,

Cette autre douce-ardente, et seule, dans ses bras.

Il voit le peuple humain s'enivrer de soi-même.

- Qu'il montre sa blessure, on y met un baiser -

Mais comment pourrait-il accepter ce qu'ils aiment ?

Il veut pour sa patrie un sol immaculé

Les arbres parlent seuls dans le vent de la ville

Ils gardent leurs secrets, ils perdent leurs oiseaux

- Mais on fait ce qu'on veut de leur force immobile

Et leurs maîtres les ont plantés sur des tombeaux

La mer toute-puissante, aujourd'hui blanche et noire

Laisse trop de vivants parcourir sa beauté ;

Ils font leurs pauvres tours au milieu de sa gloire

Elle brille, s'élance - et se couche à leurs pieds

Le ciel même se voit expliquer par la terre :

Ses étoiles ne sont que des mondes mortels

Le visage de l'homme arrête la lumière

Il regarde en riant l'équilibre du ciel

Partout tombe, s'agite, et parle cette bande.

Celui qui se refuse et veut se passer d'eux

Comme un joueur ruiné prisonnier dans sa chambre

N'a plus qu'à se remettre entre les mains de Dieu

- Il compose des vers mystérieux et sages,

Lentement, pleins de sens et de sérénité

- Puis se couche et s'endort, ayant fait son ouvrage

Et repris dans son corps le pouvoir de chanter.

- Beaucoup plus tard, un jour sans tache, un jour sans ombre

- Beaucoup plus tard un air d'eau neuve, un oiseau blanc...

L'homme s'éveille, et s'émerveille
, et vient au monde,

Et laisse aller en liberté son coeur battant ...

Que de beauté ! Les arbres font leur grand murmure,

La mer et le soleil du matin sont unis ...

Voici le ciel dans les chemins de l'aventure

Voici cet homme - et son amour est devant lui

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie (Charles Guérin)

J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie

La Mort qui cheminait avec la Volupté,

L'une pour arme ayant sa faux inassouvie,

L'autre, sa nudité.

Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude,

Cherchant en vain des yeux une borne où s'asseoir,

Je me trouvais alors dans une solitude

Aux approches du soir.

Tout à coup, comme à l'heure où le vent y circule,

L'herbe haute a frémi sur le bord du fossé,

Et, près de moi, sortant soudain du crépuscule,

Les deux soeurs ont passé.

Poursuivant sans répit leur marche vagabonde,

Des régions de l'ombre aux rives du matin

Elles portaient ainsi leurs oeuvres par le monde,

Servantes du Destin.

D'un sourire cruel m'ayant cloué sur place,

Je les voyais déjà décroître à l'horizon

Que j'éprouvais encor, plein de flamme et de glace,

Un horrible frisson.

La dernière alouette a crié dans les chaumes ;

Et j'ai repris, d'un oeil craintif tâtant la nuit,

Le chemin où, parmi les pas des deux fantômes,

L'Inconnu me conduit.