Affichage des articles dont le libellé est mer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mer. Afficher tous les articles

samedi 26 janvier 2013

L'éternité (Arthur Rimbaud)

Quand le poète de Charleville nous parle de l'absence d'espérance ...


Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

jeudi 23 août 2012

Marine (Arthur Rimbaud)

Poème maritime et métallique du plus littéraire et désargenté des trafiquants d'armes


Les chars d'argent et de cuivre -
Les proues d'acier et d'argent -
Battent l'écume, -
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l'est,
Vers les piliers de la forêt, -
Vers les fûts de la jetée,
Dont l'angle est heurté par des tourbillons de lumière.

mercredi 22 août 2012

L'homme et la mer (Charles Baudelaire)

"Homme libre toujours tu chériras la mer" : comment, avec ce magnifique début, ne pas plonger dans ce poème ?"Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !"


Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

mardi 24 juillet 2012

Je penserai plutôt la mer non variable (Marc de Papillon de Lasphrise)

Ce poème est-il mathématique ou idiot ? A moins que ce ne soit Lasphrise sur le gâteau ...


Je penserai plutôt la mer non variable,
Le beau printemps sans fleurs, le mois d'août sans moissons,
Le froidureux hiver sans neige, sans glaçons,
Et le pauvre idiot avisément croyable.

Je penserai plutôt le bonheur abhorrable,
L'automne sans fruitage, et sans nulles boissons,
Le monde sans envie, et la mer sans poissons,
Que je pensasse en rien son dire véritable.

Jamais plus faussement nul ne fut accusé,
Ni l'honneur de Suzanne à grand tort méprisé.
Ha ! Langue serpentine envers tous venimeuse !

Punis, mon Dieu, punis ce menteur inconstant,
Brise, accable son chef de ton foudre éclatant,
Pour apprendre à blâmer la beauté vertueuse.

vendredi 3 juillet 2009

Les Djinns (Victor Hugo)

"Murs, ville et port. Asile de mort" ...
"Tout passe. L'espace efface le bruit" ...

"Des Djinns ! Quel bruit ils font !" ...

En ce début de week-end, la
carte du comptoir des vers affiche les Djinns, oeuvre tonique, trapézoïdale et orientale de Victor Hugo génie très connu ...

La carte du comptoir des poésies, sans autre commentaire, analyse ou explication de texte, suggère aussi de nombreux "classiques" présentés en bas de ce poème.


Murs, ville,

Et port,

Asile

De mort
,

Mer grise

Où brise

La brise,

Tout dort.

Dans la plaine

Naît un bruit.

C'est l'haleine

De la nuit.

Elle brame

Comme une âme

Qu'une flamme

Toujours suit !

La voix plus haute

Semble un grelot.

D'un nain qui saute

C'est le galop.

Il fuit, s'élance,

Puis en cadence

Sur un pied danse

Au bout d'un flot.

La rumeur approche.

L'écho la redit.

C'est comme la cloche

D'un couvent maudit ;

Comme un bruit de foule,

Qui tonne et qui roule,

Et tantôt s'écroule,

Et tantôt grandit,

Dieu ! La voix sépulcrale

Des Djinns ! ... Quel bruit ils font !

Fuyons sous la spirale

De l'escalier profond.

Déjà s'éteint ma lampe,

Et l'ombre de la rampe,

Qui le long du mur rampe,

Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,

Et tourbillonne en sifflant !

Les ifs, que leur vol fracasse,

Craquent comme un pin brûlant.

Leur troupeau, lourd et rapide,

Volant dans l'espace vide,

Semble un nuage livide

Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! Tenons fermée

Cette salle, où nous les narguons.

Quel bruit dehors ! Hideuse armée

De vampires et de dragons !

La poutre du toit descellée

Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,

Et la vieille porte rouillée

Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer ! Voix qui hurle et qui pleure !

L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,

Sans doute, ô ciel ! S'abat sur ma demeure.

Le mur fléchit sous le noir bataillon.

La maison crie et chancelle penchée,

Et l'on dirait que, du sol arrachée,

Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,

Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! Si ta main me sauve

De ces impurs démons des soirs,

J'irai prosterner mon front chauve

Devant tes sacrés encensoirs !

Fais que sur ces portes fidèles

Meure leur souffle d'étincelles,

Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes

Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! Leur cohorte

S'envole, et fuit, et leurs pieds

Cessent de battre ma porte

De leurs coups multipliés.

L'air est plein d'un bruit de chaînes,

Et dans les forêts prochaines

Frissonnent tous les grands chênes,

Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines

Le battement décroît,

Si confus dans les plaines,

Si faible, que l'on croit

Ouïr la sauterelle

Crier d'une voix grêle,

Ou pétiller la grêle

Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes

Nous viennent encor ;

Ainsi, des arabes

Quand sonne le cor,

Un chant sur la grève

Par instants s'élève,

Et l'enfant qui rêve

Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,

Fils du trépas,

Dans les ténèbres

Pressent leurs pas ;

Leur essaim gronde :

Ainsi, profonde,

Murmure une onde

Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague

Qui s'endort,

C'est la vague

Sur le bord,

C'est la plainte,

Presque éteinte,

D'une sainte

Pour un mort.

On doute

La nuit ...

J'écoute :

Tout fuit,

Tout passe

L'espace

Efface

Le bruit.

==================================================

Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

-
Victor Hugo : les Djinns, ce siècle avait deux ans, l'an neuf de l'Hegire, demain dès l'aube, à une jeune fille, Hermina

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, le soleil, une martyre, à une dame créole, confession, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), correspondances, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

-
Jean de la Fontaine : le savetier et le financier, le loup et l'agneau, le cheval s'étant voulu venger du cerf

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Michel et Christine, petites amoureuses, à la musique, ma Bohème, aube, soleil et chair, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, les assis, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, au cabaret vert (cinq heures du soir), jeune ménage,tête de faune, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, la Victoire, ô naturel désir, acousmate, chant de l'horizon en Champagne, nocturne, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, à l'Italie, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, le chef de section, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, j'arrive où je suis étranger, Elsa au miroir, Elsa, Santa Espina, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, les mains d'Elsa, chambre garnie, chambres d'un moment, la rose et le réséda, les yeux d'Elsa

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, la vieille femme de la Lune, chemins de l'ouest, la grotte des lépreux, la paix

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), le voeu, l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'inénarrable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

lundi 29 décembre 2008

Glaucé (Charles-Marie Leconte de Lisle)

La carte du comptoir des poésies reprend sa série sur les voeux avec cette longue et insipide livraison due à Leconte de Lisle, poète d'alambic à l'érotisme platonique.
Il est très simple de pasticher une telle "oeuvre" : prenez deux ou trois figures mythologiques inconnues plus quelques mots répétitifs vaguement licencieux comme amour, Eros, mer, danse, flot, divin, couche, sommeil, terre, ou sein et secouez le tout !


Ces voeux de Charles-Marie poussent la carte du comptoir poétique, sans le moindre commentaire, à repousser au fond de la classe Heredia (les Conquérants), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), Aragon (Elsa, L'étrangère, Que serais-je sans toi ?, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Charlot mystique, La rose et le réséda, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Un jour un jour, La belle italienne, Santa Espina, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Sensations, Voyelles, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, A l'Italie, Nuit Rhénane, l'Emigrant de Landor Road, l'Adieu, Marizibill, La Victoire, Nocturne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Le Vigneron Champenois, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Le Chef de Section, Annie, A la Santé ...) et Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat).


Sous les grottes de nacre et les limons épais

Où la divine Mer sommeille et rêve en paix,

Vers l'heure où l'Immortelle aux paupières dorées

Rougit le pâle azur de ses roses sacrées,

Je suis née, et mes soeurs, qui nagent aux flots bleus,

M'ont bercée en riant dans leurs bras onduleux,

Et, sur la perle humide entrelaçant leurs danses,

Instruit mes pieds de neige aux divines cadences.

Et j'étais déjà grande, et déjà la beauté

Baignait mon souple corps d'une molle clarté.

Longtemps heureuse au sein de l'onde maternelle,

Je coulais doucement ma jeunesse éternelle ;

Les Sourires vermeils sur mes lèvres flottaient,

Les Songes innocents de l'aile m'abritaient ;

Et les Dieux vagabonds de la mer infinie

De mon destin candide admiraient l'harmonie.

Ô jeune Klytios, ô pasteur inhumain,

Que Pan aux pieds de chèvre éleva de sa main,

Quand sous les bois touffus où l'abeille butine

Il enseigna Syrinx à ta lèvre enfantine,

Et, du flot cadencé de tes belles chansons,

Fit hésiter la Vierge au détour des buissons !

Ô Klytios ! Sitôt qu'au golfe bleu d'Himère

Je te vis sur le sable où blanchit l'onde amère,

Sitôt qu'avec amour l'abîme murmurant

Eut caressé ton corps d'un baiser transparent,

Éros ! Éros perça d'une flèche imprévue

Mon coeur que sous les flots je cachais à sa vue.

Ô pasteur, je t'attends ! Mes cheveux azurés

D'algues et de corail pour toi se sont parés ;

Et déjà, pour bercer notre doux hyménée,

L'Éros fait palpiter la mer où je suis née.

Salut, vallons aimés, dans la brume tremblants !

Quand la chèvre indocile et les béliers blancs

Par vos détours connus, sous vos ombres si douces,

Dès l'aube sur mes pas paissent les vertes mousses,

Que la terre s'éveille et rit, et que les flots

Prolongent dans les bois d'harmonieux sanglots,

Ô Nymphe de la mer, Déesse au sein d'albâtre,

Des pleurs voilent mes yeux, et je sens mon coeur battre,

Et des vents inconnus viennent me caresser,

Et je voudrais saisir le monde et l'embrasser !

Hèlios resplendit : à l'abri des grands chênes,

Aux chants entrecoupés des Naïades prochaines,

Je repose, et ma lèvre, habile aux airs divins,

Sous les rameaux ombreux charme les Dieux sylvains.

Blonde fille des Eaux, les vierges de Sicile

Ont émoussé leurs yeux sur mon coeur indocile ;

Ni les seins palpitants, ni les soupirs secrets,

Ni l'attente incertaine et ses pleurs indiscrets,

Ni les baisers promis, ni les voix de sirène

N'ont troublé de mon coeur la profondeur sereine.

J'honore Pan qui règne en ces bois révérés,

J'offre un agreste hommage à ses autels sacrés ;

Et Kybèle aux beaux flancs est ma divine amante

Je m'endors en un pli de sa robe charmante,

Et, dès que luit aux cieux le matin argenté,

Sur les fleurs de son sein je bois la volupté !

Dis ! si je t'écoutais, combien dureraient-elles,

Ces ivresses d'un jour, ces amours immortelles ?

Ô Nymphe de la mer, je ne veux pas t'aimer !

C'est vous que j'aime, ô bois qu'un Dieu sait animer,

Ô matin rayonnant, ô nuit immense et belle !

C'est toi seule que j'aime, ô féconde Kybèle !

Viens, tu seras un Dieu ! Sur ta mâle beauté

Je poserai le sceau de l'immortalité ;

Je te couronnerai de jeunesse et de gloire ;

Et sur ton sein de marbre, entre tes bras d'ivoire,

Appuyant dans nos jeux mon front pâle d'amour,

Nous verrons tomber l'ombre et rayonner le jour

Sans que jamais l'oubli, de son aile envieuse,

Brise de nos destins la chaîne harmonieuse.

J'ai préparé moi-même au sein des vastes eaux

Ta couche de cristal qu'ombragent des roseaux,

Et les Fleuves marins aux bleuâtres haleines

Baigneront tes pieds blancs de leurs urnes trop pleines.

Ô disciple de Pan, pasteur aux blonds cheveux,

Sur quels destins plus beaux se sont portés tes voeux ?

Souviens-toi qu'un Dieu sombre, inexorable, agile,

Desséchera ton corps comme une fleur fragile ...

Et tu le supplîras, et tes pleurs seront vains.

Moi, je t'aime, ô pasteur ! Et dans mes bras divins

Je sauverai du temps ta jeunesse embaumée.

Vois ! D'un cruel amour je languis consumée,

Je puis nager à peine, et sur ma joue en fleur

Le sommeil en fuyant a laissé la pâleur.

Viens ! Et tu connaîtras les heures de l'ivresse !

Où les Dieux cachent-ils la jeune enchanteresse

Qui, domptant ton orgueil d'un sourire vainqueur,

D'un regard plus touchant amollira ton coeur ?

Sais-tu quel est mon nom, et m'as-tu contemplée

Lumineuse et flottant sur ma conque étoilée ?

N'abaisse point tes yeux. Ô pasteur insensé,

Pour qui méprises-tu les larmes de Glaucé ?

Daigne m'apprendre, ô marbre à qui l'amour me lie,

Comme il faut que je vive, ou plutôt que j'oublie !

Ô Nymphe ! S'il est vrai qu'Éros, le jeune Archer,

Ait su d'un trait doré te suivre et te toucher ;

S'il est vrai que des pleurs, blanche fille de l'onde,

Étincellent pour moi dans ta paupière blonde,

Que nul Dieu de la mer n'est ton amant heureux,

Que mon image flotte en ton rêve amoureux,

Et que moi seul enfin je flétrisse ta joue ;

Je te plains ! Mais Éros de notre coeur se joue.

Et le trait qui perça ton beau sein, ô Glaucé,

Sans même m'effleurer dans les airs a glissé.

Je te plains ! Ne crois pas, ô ma pâle Déesse,

Que mon coeur soit de marbre et sourd à ta détresse ;

Mais je ne puis t'aimer : Kybèle a pris mes jours,

Et rien ne brisera nos sublimes amours.

Va donc ! Et, tarissant tes larmes soucieuses,

Danse bientôt, légère, à tes noces joyeuses !

Nulle vierge, mortelle ou Déesse, au beau corps,

N'a vos soupirs divins ni vos profonds accords,

Ô bois mystérieux, temples aux frais portiques,

Chênes qui m'abritez de rameaux prophétiques,

Dont l'arôme et les chants vont où s'en vont mes pas,

Vous qu'on aime sans cesse et qui ne trompez pas,

Qui d'un calme si pur enveloppez mon être

Que j'oublie et la mort et l'heure où j'ai dû naître !

Ô nature, ô Kybèle, ô sereines forêts,

Gardez-moi le repos de vos asiles frais ;

Sous le platane épais d'où le silence tombe,

Auprès de mon berceau creusez mon humble tombe,

Que Pan confonde un jour aux lieux où je vous vois

Mes suprêmes soupirs avec vos douces voix,

Et que mon ombre encore, à nos amours fidèle,

Passe dans vos rameaux comme un battement d'aile !

mardi 25 novembre 2008

La belle italienne (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte des poésies persistent dans le Louis Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, Les yeux d'Elsa) avec une quatrième brève fantaisie dada extraite de "Feu de joie".

L'insistance de Loulou Aragon ne permet pas à la carte du comptoir poétique de revenir sur
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) ou Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


L’azur et ses voiles

Les bras de santé

Crèmes estivales

Sa grande beauté

Mais qu’elle en impose

A qui veut l’aimer

Parler de la mer

Autrement qu’en prose

La plus idiote

Avec son œil rond

Luit intelligente

Auprès de ce front

O chère adorée

Au soleil de plomb

Ton regard d’aplomb

Et ta chair dorée

Quand on te décrit

Toutes les chevilles

Comme des salives

Montent à l’esprit

Dans ta chevelure

Reflet du passé

Tu gardes l’allure

Du papier glacé

Qu’amènent tes lèvres

Les maux mots et fièvres

Mais la voix dit Non

Sur un ton de lave

dimanche 23 novembre 2008

Santa Espina (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte s'enfoncent dans leur série Louis Aragon (Elsa, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, Les yeux d'Elsa) avec ce poème piquant.

A cause de Loulou Aragon, la carte du comptoir des vers ne livre plus pour l'instant d'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) .


Je me souviens d'un air qu'on ne pouvait entendre

Sans que le coeur battît et le sang fût en feu

Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre

Et l'on savait enfin pourquoi le ciel est bleu

Je me souviens d'un air pareil à l'air du large

D'un air pareil au cri des oiseaux migrateurs

Un air dont le sanglot semble porter en marge

La revanche de sel des mers sur leurs dompteurs

Je me souviens d'un air que l'on sifflait dans l'ombre

Dans les temps sans soleils ni chevaliers errants

Quand l'enfance pleurait et dans les catacombes

Rêvait un peuple pur à la mort des tyrans

Il portait dans son nom les épines sacrées

Qui font au front d'un dieu ses larmes de couleur

Et le chant dans la chair comme une barque ancrée

Ravivait sa blessure et rouvrait sa douleur

Personne n'eût osé lui donner des paroles

A cet air fredonnant tous les mots interdits

Univers ravagé d'anciennes véroles

Il était ton espoir et tes quatre jeudis

Je cherche vainement ses phrases déchirantes

Mais la terre n'a plus que des pleurs d'opéra

Il manque au souvenir de ses eaux murmurantes

L'appel de source en source au soir des ténoras

Ô Sainte Epine Ô Sainte Epine recommence

On t'écoutait debout jadis t'en souviens-tu

Qui saurait aujourd'hui rénover ta romance

Rendre la voix aux bois chanteurs qui se sont tus

Je veux croire qu'il est encore des musiques

Au coeur mystérieux du pays que voilà

Les muets parleront et les paralytiques

Marcheront un beau jour au son de la cobla

Et l'on verra tomber du front du Fils de l'Homme

La couronne de sang symbole du malheur

Et l'Homme chantera tout haut cette fois comme

Si la vie était belle et l'aubépine en fleurs

Les yeux d'Elsa (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte persistent dans leur série Louis Aragon (Elsa, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir) avec cet opus où l'auteur continue le détail anatomique et opthtalmique d'Elsa.

A cause de Loulou Aragon, la carte du comptoir des vers cesse l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), l'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) .


Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire

J'ai vu tous les soleils y venir se mirer

S'y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé

Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent

L'été taille la nue au tablier des anges

Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur

Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit

Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie

Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée

Sept glaives ont percé le prisme des couleurs

Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs

L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche

Par où se reproduit le miracle des Rois

Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois

Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots

Pour toutes les chansons et pour tous les hélas

Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres

Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images

Écarquille les siens moins démesurément

Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens

On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où

Des insectes défont leurs amours violentes

Je suis pris au filet des étoiles filantes

Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende

Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu

Ô paradis cent fois retrouvé reperdu

Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa

Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent

Moi je voyais briller au-dessus de la mer

Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa