Affichage des articles dont le libellé est simple. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est simple. Afficher tous les articles

dimanche 31 mars 2013

La chevelure vol (Stéphane Mallarmé)

"Rien qu'à simplifier avec gloire la femme"
Une sorte de court éloge de la simplification avec un vocabulaire complexe !


La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurant l'exploit

De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche

 

mardi 8 janvier 2013

Simple agonie (Jules Laforgue)

Un très rare poème du dix-neuvième siècle à évoquer la photographie


Ô paria ! - Et revoici les sympathies de mai.
Mais tu ne peux que te répéter, ô honte !
Et tu te gonfles et ne crèves jamais.
Et tu sais fort bien, ô paria,
Que ce n'est pas du tout ça.

Oh ! que
Devinant l'instant le plus seul de la nature,
Ma mélodie, toute et unique, monte,
Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu'elle peut
Et dise la chose qu'est la chose,
Et retombe, et reprenne,
Et fasse de la peine,
Ô solo de sanglots,
Et reprenne et retombe
Selon la tâche qui lui incombe.
Oh ! que ma musique
Se crucifie,
Selon sa photographie
Accoudée et mélancolique !....

Il faut trouver d'autres thèmes,
Plus mortels et plus suprêmes.
Oh ! bien, avec le monde tel quel,
Je vais me faire un monde plus mortel !

Les âmes y seront à musique,
Et tous les intérêts puérilement charnels,
Ô fanfares dans les soirs,
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.

Enquêtes, enquêtes,
Seront l'unique fête !
Qui m'en défie ?
J'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.

Que nul n'intercède,
Ce ne sera jamais assez,
Il n'y a qu'un remède,
C'est de tout casser.

Ô fanfares dans les soirs !
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Et nous aurons beau la piétiner à l'envi,
Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,
Qui fait qu'il est des animaux injustement rossés,
Et des femmes à jamais laides....
Que nul n'intercède,
Il faut tout casser.

Alléluia, Terre paria.
Ce sera sans espoir,
De l'aurore au soir,
Quand il n'y en aura plus il y en aura encore,
Du soir à l'aurore.
Alléluia, Terre paria !
Les hommes de l'art
Ont dit : "Vrai, c'est trop tard".
Pas de raison,
Pour ne pas activer sa crevaison.

Aux armes, citoyens ! Il n'y a plus de raison :

Il prit froid l'autre automne,
S'étant attardé vers les peines des cors,
Sur la fin d'un beau jour.
Oh ! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l'automne,
Qu'il nous montra "qu'on meurt d'amour !"
On ne le verra plus aux fêtes nationales,
S'enfermer dans l'Histoire et tirer les verrous,
Il vint trop tôt, il est reparti sans scandale,
Ô vous qui m'écoutez, rentrez chacun chez vous.

lundi 25 août 2008

Simple agonie (Jules Laforgue)

Continuons cette rentrée en persistant dans le genre pathétique avec à la carte du comptoir des vers ce poème lugubre de Jules Laforgue bien loin d'Arthur Rimbaud , de Vénus Anadyomène, de Sensation, du Dormeur du Val et de voyelles ou de Guillaume Apollinaire, de pont Mirabeau et de Nuit Rhénane.

Ô paria ! - Et revoici les sympathies de mai.

Mais tu ne peux que te répéter, ô honte !

Et tu te gonfles et ne crèves jamais.

Et tu sais fort bien, ô paria,

Que ce n'est pas du tout ça.

Oh ! que

Devinant l'instant le plus seul de la nature,

Ma mélodie, toute et unique, monte,

Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu'elle peut

Et dise la chose qu'est la chose,

Et retombe, et reprenne,

Et fasse de la peine,

Ô solo de sanglots,

Et reprenne et retombe

Selon la tâche qui lui incombe.

Oh ! que ma musique

Se crucifie,

Selon sa photographie

Accoudée et mélancolique !

Il faut trouver d'autres thèmes,

Plus mortels et plus suprêmes.

Oh ! bien, avec le monde tel quel,

Je vais me faire un monde plus mortel !

Les âmes y seront à musique,

Et tous les intérêts puérilement charnels,

Ô fanfares dans les soirs,

Ce sera barbare,

Ce sera sans espoir.

Enquêtes, enquêtes,

Seront l'unique fête !

Qui m'en défie ?

J'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,

Dessins de mode, photographies quelconques,

Toute la capitale,

Matrice sociale.

Que nul n'intercède,

Ce ne sera jamais assez,

Il n'y a qu'un remède,

C'est de tout casser.

Ô fanfares dans les soirs !

Ce sera barbare,

Ce sera sans espoir.

Et nous aurons beau la piétiner à l'envi,

Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,

Qui fait qu'il est des animaux injustement rossés,

Et des femmes à jamais laides ...

Que nul n'intercède,

Il faut tout casser.

Alléluia, Terre paria.

Ce sera sans espoir,

De l'aurore au soir,

Quand il n'y en aura plus il y en aura encore,

Du soir à l'aurore.

Alléluia, Terre paria !

Les hommes de l'art

Ont dit : "Vrai, c'est trop tard".

Pas de raison,

Pour ne pas activer sa crevaison.

Aux armes, citoyens ! Il n'y a plus de raison :

Il prit froid l'autre automne,

S'étant attardé vers les peines des cors,

Sur la fin d'un beau jour.

Oh ! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l'automne,

Qu'il nous montra qu'on meurt d'amour !

On ne le verra plus aux fêtes nationales,

S'enfermer dans l'Histoire et tirer les verrous,

Il vint trop tôt, il est reparti sans scandale ;

Ô vous qui m'écoutez, rentrez chacun chez vous.

lundi 9 juillet 2007

Simples fresques (Paul Verlaine)

La fuite est verdâtre et rose

Des collines et des rampes

Dans un demi-jour de lampes

Que vient brouiller toute chose.

L'or sur les humbles abîmes,

Tout doucement s'ensanglante.

Des petits arbres sans cimes

Où quelque oiseau faible chante

Triste à peine tant s'effacent

Ces apparences d'automne,

Toutes mes langueurs rêvassent,

Que berce l'air monotone.

L'allée est sans fin

Sous le ciel, divin

D'être pâle ainsi :

Sais-tu qu'on serait

Bien sous le secret

De ces arbres-ci ?

Des messieurs bien mis,

Sans nul doute amis

Des Royers-Collards,

Vont vers le château :

J'estimerais beau

D'être ces vieillards.

Le château, tout blanc

Avec, à son flanc,

Le soleil couché,

Les champs à l'entour :

Oh! que notre amour

N'est-il là niché !