Affichage des articles dont le libellé est Nord. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nord. Afficher tous les articles

samedi 3 novembre 2007

Mais musique alors ... (Max Elskamp)

Mais musique alors

De mots qui s'avère,

Parlers étrangers

Du sud et du nord,

Offices, bureaux

Et comptoirs ouverts

Où s'en vont pressés

Commis et clercs d'eau,

Rue qui dit sa vie

Toute de gens pleine,

Dans le vent qui rit,

Qui le suit son lot,

Musiques dans l'air

Des heures qui viennent,

Dites à voix pleine

Par des cloches claires,

C'est au long des mois,

Dans l'an qui s'enchaîne,

A chacun sa joie,

A chacun sa peine,

Et saison qui vient,

Dans le temps qui va,

Rue fêtant le saint

Ou le jour qu'elle a.

lundi 23 juillet 2007

Le coin du feu (Jacques Delille)

Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.

De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;

J'agace mes tisons ; mon adroit artifice

Reconstruit de mon feu le savant édifice.

J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant

Je corrige le feu trop rapide ou trop lent.

Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles,

Partent en pétillant des milliers d'étincelles :

J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons.

Que m'importent du Nord les fougueux tourbillons ?

La neige, les frimas qu'un froid piquant resserre,

En vain sifflent dans l'air, en vain battent la terre,

Quel plaisir, entouré d'un double paravent,

D'écouter la tempête et d'insulter au vent !

Qu'il est doux, à l'abri du toit qui me protège,

De voir à gros flocons s'amonceler la neige !

Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas :

L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pas.

Mon coeur devient-il triste et ma tête pesante ?

Eh bien, pour ranimer ma gaîté languissante,

La fève de Moka, la feuille de Canton,

Vont verser leur nectar dans l'émail du Japon.

Dans l'airain échauffé déjà l'onde frissonne :

Bientôt le thé doré jaunit l'eau qui bouillonne,

Ou des grains du Levant je goûte le parfum.

Point d'ennuyeux causeur, de témoin importun :

Lui seul, de ma maison exacte sentinelle,

Mon chien, ami constant et compagnon fidèle,

Prend à mes pieds sa part de la douce chaleur.

Et toi, charme divin de l'esprit et du coeur,

Imagination ! de tes douces chimères

Fais passer devant moi les figures légères !

A tes songes brillants que j'aime à me livrer !

Dans ce brasier ardent qui va le dévorer,

Par toi, ce chêne en feu nourrit ma rêverie

Quelles mains l'ont planté ? quel sol fut sa patrie ?

Sur les monts escarpés bravait-il l'Aquilon ?

Bordait-il le ruisseau ? parait-il le vallon ?

Peut-être il embellit la colline que j'aime,

Peut-être sous son, ombre ai-je rêvé moi-même.

Tout à coup je l'anime : à son front verdoyant,

Je rends de ses rameaux le panache ondoyant,

Ses guirlandes de fleurs, ses touffes de feuillage,

Et les tendres secrets que voila son ombrage.

Tantôt environné d'auteurs que je chéris,

Je prends, quitte et reprends mes livres favoris ;

A leur feu tout à coup ma verve se rallume ;

Soudain sur le papier je laisse errer ma plume,

Et goûte, retiré dans mon heureux réduit,

L'étude, le repos, le silence, et la nuit.

Tantôt, prenant en main l'écran géographique,

D'Amérique en Asie, et d'Europe en Afrique,

Avec Cook et Forster, dans cet espace étroit,

Je cours plus d'une mer, franchis plus d'un détroit,

Chemine sur la terre et navigue sur l'onde,

Et fais dans mon fauteuil le voyage du monde.

Agréable pensée, objets délicieux,

Charmez toujours mon coeur, mon esprit et mes yeux !

Par vous tout s'embellit, et l'heureuse sagesse

Trompe l'ennui, l'exil, l'hiver et la vieillesse.

lundi 16 juillet 2007

Le premier arbre dans l'allée (Emile Verhaeren)

Le premier arbre de l'allée ?

- Il est parti, dites, vers où,

Avec son tronc qui bouge et son feuillage fou

Et la rage du ciel à ses feuilles mêlée ?

Les autres arbres ? - L'ont suivi

Sur double rang, à l'infini ;

Ils vont là-bas, sans perdre haleine,

A sa suite, de plaine en plaine ;

Ils vont là-bas où les conduit

Sa marche à lui, immense et monotone,

A travers la fureur et l'effroi de l'automne.

Le premier arbre est grand d'avoir souffert

Depuis longtemps, c'est dans ses branches

Que les hivers

Prenaient, des beaux étés, leurs sinistres revanches ;

Contre lui seul, le Nord

Poussait d'abord

Et ses rages et ses tempêtes

Et quelquefois, le soir, il le courbait si fort,

Que l'arbre immensément épars sous la défaite

Semblait toucher le sol et buter dans la mort.

L'orage était partout et l'espace était blême ;

L'arbre ployé criait, mais redressait quand même,

Après l'instant d'angoisse et de terreur passé,

Son branchage tordu et son front convulsé.

Grâce à sa force large et mouvante et solide,

Il rassurait tous ceux dont il était le guide.

Il leur servait d'exemple et de gloire à la fois.

Au temps de l'accalmie, ils écoutaient sa voix

Leur parler à travers l'émoi de son feuillage.

Ils lui disaient leur peur en face du nuage

Qui rôdait plein de foudre à l'horizon subtil.

L'un voulait fuir sans lutte et l'autre se défendre ;

Tous différaient d'avis, quoique voulant s'entendre,

Si bien qu'il lui fallait assumer le péril

D'entrainer seul, là-bas, en quels itinéraires !

Ces mille arbres nourris de volontés contraires.

S'il les menait ainsi, c'est qu'il savait agir

Son vouloir était dur, mais son geste était souple.

Pour les mieux exalter, il les rangeait par couples

Et dès qu'au loin il entendait le vent rugir,

Farouche et violent, il se mettait en route.

Eux le suivaient, abandonnant dispute et doute,

Heureux de retrouver un chef dans le danger.

Ils adoraient alors et son geste enragé

Et son cri despotique à travers les tumultes.

Par les soirs éclatants ou par les nuits occultes,

Il tenait tête à tout le ciel, tragiquement ;

Tous l'admiraient et tous se demandaient comment,

A mesure que l'ombre étreignait son écorce,

Il sentait mieux l'orgueil lui insuffler la force.

Mais les arbres qu'il entraînait dans ce combat

Que son ardeur changeait en fête,

Bien qu'ils fussent ses compagnons, ne savaient pas

Quel signe alors sacrait sa tête.

Nul ne voyait le feu dont l'or le surmontait

- Vague couronne et flamboyance -

Et que s'il était maître et roi, il ne l'était

Qu'en s'affolant de confiance.

mercredi 13 juin 2007

Une heure du soir (Emile Verhaeren)

En ces heures de soirs et de brumes ployés

Sur des fleuves partis vers des fleuves sans bornes,

Si mornement tristes contre les quais si mornes,

Luisent encor des flots comme des yeux broyés.

Comme des yeux broyés luisent des flots encor,

Tandis qu'aux poteaux noirs des ponts, barrant les hâvres,

Quels heurts mous et pourris d'abandonnés cadavres

Et de sabords de bateaux morts au Nord ?

La brume est fauve et pleut dans l'air rayé,

La brume en drapeaux morts pend sur la cité morte ;

Quelque chose s'en va du ciel, que l'on emporte,

Lamentable, comme un soleil noyé.

Des tours, immensément des tours, avec des voix de glas,

Pour ceux du lendemain qui s'en iront en terre,

Lèvent leur vieux grand deuil de granit solitaire,

Nocturnement, par au-dessus des toits en tas.


Et des vaisseaux s'en vont, sans même, un paraphe d'éclair,

Tels des cercueils, par ces vides de brouillard rouge,

Sans même un cri de gouvernail qui bouge

Et tourne, au long des chemins d'eau, qu'ils tracent vers la mer.

Et si vers leurs départs, les vieux môles tendent des bras,

Avec au bout des croix emblématiques,

Par à travers l'embu des quais hiératiques,

Les christs implorateurs et doux ne se voient pas :

La brume en drapeaux morts plombe la cité morte,

En cette fin de jour et de soir reployé,

Et du ciel noir, comme un soleil noyé,

Lamentable, c'est tout mon cœur que l'on emporte.