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dimanche 1 mars 2009

Hommage à Lamartine (Charles Lassailly)

La carte du comptoir des vers rend hommage aujourd'hui au thuriféraire inconnu avec un plat de résistance très résistant voire indigeste : l'hommage à Lamartine de Charles Lassailly, écrivaillon "armé de la verge qui fouette" (en français dans son texte !).

La carte du comptoir des poésies, sans autre commentaire, propose aussi de parcourir ses "classiques" proposés en bas de ce poème.


Dieu merci, je me sens âme assez forte en moi,

Pour dire hardiment, selon toute ma foi,

Ce que j'ai sur le coeur, contre ces pamphlétaires

Qui de volcans boueux fécondent les cratères,

Jettent au vent l'honneur des réputations,

Et mentent à la muse, ainsi qu'aux nations.

Aboyeurs de places publiques,

Brocanteurs de sales reliques,

Que vous nommez la liberté,

Arrière, arrière les Pilates,

Les donneurs de louanges plates

Au monstre popularité !

La satire, en ses anathèmes,

N'a pas besoin d'impurs blasphèmes,

Coupables indignations,

Allez dans la voie ; elle est ample

Mais vous souillez le seuil du temple,

Vendeurs de profanations.

Je descends vers vous, moi, poète,

Armé de la verge qui fouette

Les hypocrites de vertu,

Et sous de luisantes écailles,

Je fouillerai dans vos entrailles ...

Et je crierai : toi, que veux-tu,

Toi qui renias un beau rôle ;

Qui ne sais pas que la parole

Ne doit jamais homicider :

Toi qui deviens un mauvais ange ;

Et sur des colonnes de fange,

Sembles à l'aise t'accouder !

Toi qui gagnes un vil pécule

À trafiquer le ridicule,

À mâcher toujours du venin,

Et sous le luxe de tes rimes,

Glisses des mots, qui sont des crimes,

Oui, toi, versificateur nain,

Oui, que veux-tu ? Jugeons tes comptes.

Montre-moi le tarif des hontes,

Que darde ton vers avili !

Pourquoi des peuples qu'on égare

Façonner, menteur et barbare,

Ces haines qui prennent le pli ? ...

Pourquoi, profès en calomnie,

De la vieillesse ou du génie

Arracher un fil au manteau ;

Et pour de misérables sommes,

Jeter en pâture des hommes

Aux fureurs de ton Alecto ?

Ah ! c'est vous qui l'avez tuée

La satire, prostituée,

Dont le pouvoir est impuissant,

Parce que fausse, haïssable,

Elle a fait mentir sur le sable

Des lignes écrites au sang !

Est-ce donc là que vous en êtes,

Qu'il ne vous faut plus que des têtes,

Et vous regardez à l'entour !

Comme si toi, que l'on vénère,

Ô ma Liberté, dans ton aire,

Tu couvais des veufs de vautour !

Ma sainte Liberté, je t'aime,

Sans foudroyer d'un anathème,

Sans maudire un seul nom humain ;

Car on se repent de maudire,

De s'être gonflé le coeur d'ire,

Quand l'histoire a son lendemain.

Après l'orage de la veille,

L'humanité, qui se réveille,

Voyant tant de germes éclos,

Tant de vérités, qu'on sait vite,

Tant d'épreuves, que l'on évite,

Et d'engrais derrière les flots,

Se rassure en la Providence,

Qui d'une oublieuse imprudence

Ne compromet pas l'avenir :

Si le progrès d'hier s'enraie,

C'est qu'une vérité plus vraie,

Pour le dépasser va venir !

Or, gardons mieux nos âmes chastes.

N'oublions plus que les contrastes

S'harmonisent par une loi.

Laissons les passions s'éteindre ;

Si quelqu'un erre, aimons le plaindre ;

Respectons quiconque a sa foi.

Ainsi votre tête se grise

D'une liberté mal comprise,

Rétrogrades républicains,

Vous, qui d'un siècle ôtez la pierre,

Afin d'exhumer Robespierre,

Dictateur pour des mannequins !

Ce n'est pas moi qui la renie,

Dans les luttes de son génie,

La grande révolution.

Elle a travaillé sa journée ;

Sa moisson fut bien moissonnée ;

Son char ouvrit notre sillon.

Lorsque l'Europe était en boule ;

Lorsque les peuples faisaient foule,

Se dressant en monts ennemis ;

Elle ne perdit pas courage,

Et remua, belle de rage,

Chaque sol où son pied s'est mis !

Certes, messieurs les jeunes hères,

Certes vous avez eu des pères

Dont les ombres s'allongent haut :

Mais vous qui finissez la tâche,

Ne regrettez point une tache,

N'espérez plus en l'échafaud !

Ah ! Plus heureux, de la morale,

De la religion qui râle,

Purs, défendez les intérêts.

Ceux-là brilleront sur les autres,

Qui vont, pacifiques apôtres,

À son tour, servir ce progrès.

La loi politique n'a force,

Que si le luxe de l'écorce

Vient de la sève du dedans

Orgueilleuses impatiences,

Régénérez les consciences

Celui qui prouve, c'est le temps !

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Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), le soleil, toute entière, une martyre, à une dame créole, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, les ténèbres, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, à celle qui est trop gaie, correspondances, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, les douaniers, l'homme juste, petites amoureuses, première soirée, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), Michel et Christine, Marine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, soleil et chair, tête de faune, à la musique, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, la belle italienne, l'affiche rouge, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble, la rose et le réséda, un jour un jour, Charlot mystique, Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, nocturne, le vigneron champenois, le chef de section, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, la Victoire, ô naturel désir, à l'Italie, Annie, dans l'abri-caverne, à la Santé

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le vitrail, soir de bataille, le voeu, le tepidarium, la belle viole, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien entendu, le très long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

Dans la rue (Jules Laforgue)

La carte du comptoir des vers suggère comme dessert un très court Jules Laforgue.

La carte du comptoir des poésies, sans commentaire additionel, suggère aussi de parcourir ses "classiques" proposés en bas de ce poème.


C'est le trottoir avec ses arbres rabougris.

Des mâles égrillards, des femelles enceintes,

Un orgue inconsolable ululant ses complaintes,

Les fiacres, les journaux, la réclame et les cris.

Et devant les cafés où des hommes flétris

D'un oeil vide et muet contemplaient leurs absinthes

Le troupeau des catins défile lèvres peintes

Tarifant leurs appas de macabres houris.

Et la Terre toujours s'enfonce aux steppes vastes,

Toujours, et dans mille ans Paris ne sera plus

Qu'un désert où viendront des troupeaux inconnus.

Pourtant vous rêverez toujours, étoiles chastes,

Et toi tu seras loin alors, terrestre îlot

Toujours roulant, toujours poussant ton vieux sanglot.


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Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), le soleil, toute entière, une martyre, à une dame créole, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, les ténèbres, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, à celle qui est trop gaie, correspondances, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, les douaniers, l'homme juste, petites amoureuses, première soirée, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), Michel et Christine, Marine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, soleil et chair, tête de faune, à la musique, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, la belle italienne, l'affiche rouge, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble, la rose et le réséda, un jour un jour, Charlot mystique, Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, nocturne, le vigneron champenois, le chef de section, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, la Victoire, ô naturel désir, à l'Italie, Annie, dans l'abri-caverne, à la Santé

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le vitrail, soir de bataille, le voeu, le tepidarium, la belle viole, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien entendu, le très long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

lundi 16 juillet 2007

Le premier arbre dans l'allée (Emile Verhaeren)

Le premier arbre de l'allée ?

- Il est parti, dites, vers où,

Avec son tronc qui bouge et son feuillage fou

Et la rage du ciel à ses feuilles mêlée ?

Les autres arbres ? - L'ont suivi

Sur double rang, à l'infini ;

Ils vont là-bas, sans perdre haleine,

A sa suite, de plaine en plaine ;

Ils vont là-bas où les conduit

Sa marche à lui, immense et monotone,

A travers la fureur et l'effroi de l'automne.

Le premier arbre est grand d'avoir souffert

Depuis longtemps, c'est dans ses branches

Que les hivers

Prenaient, des beaux étés, leurs sinistres revanches ;

Contre lui seul, le Nord

Poussait d'abord

Et ses rages et ses tempêtes

Et quelquefois, le soir, il le courbait si fort,

Que l'arbre immensément épars sous la défaite

Semblait toucher le sol et buter dans la mort.

L'orage était partout et l'espace était blême ;

L'arbre ployé criait, mais redressait quand même,

Après l'instant d'angoisse et de terreur passé,

Son branchage tordu et son front convulsé.

Grâce à sa force large et mouvante et solide,

Il rassurait tous ceux dont il était le guide.

Il leur servait d'exemple et de gloire à la fois.

Au temps de l'accalmie, ils écoutaient sa voix

Leur parler à travers l'émoi de son feuillage.

Ils lui disaient leur peur en face du nuage

Qui rôdait plein de foudre à l'horizon subtil.

L'un voulait fuir sans lutte et l'autre se défendre ;

Tous différaient d'avis, quoique voulant s'entendre,

Si bien qu'il lui fallait assumer le péril

D'entrainer seul, là-bas, en quels itinéraires !

Ces mille arbres nourris de volontés contraires.

S'il les menait ainsi, c'est qu'il savait agir

Son vouloir était dur, mais son geste était souple.

Pour les mieux exalter, il les rangeait par couples

Et dès qu'au loin il entendait le vent rugir,

Farouche et violent, il se mettait en route.

Eux le suivaient, abandonnant dispute et doute,

Heureux de retrouver un chef dans le danger.

Ils adoraient alors et son geste enragé

Et son cri despotique à travers les tumultes.

Par les soirs éclatants ou par les nuits occultes,

Il tenait tête à tout le ciel, tragiquement ;

Tous l'admiraient et tous se demandaient comment,

A mesure que l'ombre étreignait son écorce,

Il sentait mieux l'orgueil lui insuffler la force.

Mais les arbres qu'il entraînait dans ce combat

Que son ardeur changeait en fête,

Bien qu'ils fussent ses compagnons, ne savaient pas

Quel signe alors sacrait sa tête.

Nul ne voyait le feu dont l'or le surmontait

- Vague couronne et flamboyance -

Et que s'il était maître et roi, il ne l'était

Qu'en s'affolant de confiance.

mercredi 11 juillet 2007

A M. David statuaire (Aloysius Bertrand)

Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique, n'est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse humaine !
Non, l'amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du coeur, n'est point
cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l'innocence !
Non, la gloire, noblesse dont les armoiries ne se vendirent jamais, n'est pas la savonnette à vilain qui s'achète, au prix du tarif, dans la boutique d'un journaliste !
Et j'ai prié, et j'ai aimé, et j'ai chanté, poète pauvre et souffrant !
Et c'est en vain que mon coeur déborde de foi, d'amour et de génie !
C'est que je naquis aiglon avorté !
L'oeuf de mes destinées, que n'ont point couvé les chaudes ailes de la prospérité, est aussi creux, aussi vide que la noix dorée de l'Égyptien.
Ah ! l'homme, dis-le-moi, si tu le sais, l'homme, frêle jouet, gambadant suspendu aux fils des passions ; ne serait-il qu'un pantin qu'use la vie et que brise la mort ?