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mercredi 1 août 2012

Ronsard si tu as su par tout le monde épandre (Théodore Agrippa d'Aubigné)

Petit poème entier plein d'arguments voire d'arguties


Ronsard si tu as su par tout le monde épandre
L'amitié, la douceur, les grâces, la fierté,
Les faveurs, les ennuis, l'aise et la cruauté,
Et les chastes amours de toi et ta Cassandre,

Je ne veux à l'envi pour sa nièce, entreprendre
D'en rechanter autant comme tu as chanté,
Mais je veux comparer à beauté la beauté,
Et mes feux à tes feux, et ma cendre à ta cendre.

Je sais que je ne puis dire si doctement,
Je quitte de savoir, je brave d'argument,
Qui de l'écrit augmente ou affaiblit la grâce.

Je sers l'aube qui naît, toi le soir mutiné,
Lorsque de l'Océan l'adultère obstiné,
Jamais ne veut tourner à l'Orient sa face.

samedi 19 juillet 2008

Plus mille fois que nul or terrien (Pierre de Ronsard)

Un petit Ronsard pour la route, à peu près incompréhensible !
Pendant l'été, la
carte du comptoir
des vers manque toujours d'Arthur Rimbaud , de Vénus Anadyomène, de Sensations et de voyelles mais aussi de Guillaume Apollinaire , de pont Mirabeau et de Nuit Rhénane.


Plus mille fois que nul or terrien,

J'aime ce front où mon tyran se joue

Et le vermeil de cette belle joue,

Qui fait honteux le pourpre Tyrien.

Toutes beautés à mes yeux ne sont rien,

Au prix du sein qui lentement secoue

Son gorgerin, sous qui doucement noue

Un petit flot que Vénus dirait sien.

Ne plus, ne moins, que Jupiter est aise,

Quand de son chant une Muse l'apaise,

Ainsi je suis de ses chansons épris,

Lorsqu'à son luth ses doigts elle embesogne,

Et qu'elle dit le branle de Bourgogne,

Qu'elle disait, le jour que je fus pris.

lundi 30 juillet 2007

Contre quelques uns qui le blamaient de suivre la poésie (Jacques Tahureau)

D'où vient cela que l'envieuse rage,

Qui les coeurs ronge, entreprend de blâmer

Mes ans oisifs, et les vers un ouvrage

D'un pauvre esprit et paresseux nommer,

En m'accusant que je ne suis la trace,

Étant dispos, de mes nobles aïeux,

Qui ont conquis par la poudreuse place

Et par le sang maint loyer vertueux ?

Ou bien pourquoi me reprend-elle d'être

Si peu soigneux d'étudier la loi,

Pour l'aller vendre au palais, qui fait naître

Un bruit confu et mercenaire aboi ?

Telle entreprise en vain tant estimée

Ne fuit de mort les accidents divers;

Mais j'aurai bien une autre renommée

Dont je vivrai sans fin en l'univers.

Pindare vit et du divin Horace

Encores n'est aboli le renom,

Et ne mourra jamais la haute grâce

Du Mantouan, célèbre par son nom.

Qui priserait d'Achille la vaillance,

Si le poète aveugle n'eût tranché

L'aile envieuse à l'endormi silence,

Dessous laquelle il fût sans lui caché ?

Qui nous ferait admirer la sagesse

Le tant divin et prévoyant esprit

Du caut Ulysse, honoré par la Grèce,

S'il n'était vu dépeint au même écrit ?

Pendant qu'amour d'une flèche dorée

De la jeunesse enflammera les coeurs,

Des amoureux la plume enamourée,

Vivra toujours entre cent mille honneurs.

Du vieil Ennie et de Vare sans cesse

Le grand renom immortel se dira,

Et les beaux vers de ce hautain Lucrèce

Lors périront quand ce tout périra.

Le style aussi du doux coulant Ovide,

Tout doucement par nombres mesuré,

Jamais de gloire et los ne sera vide,

Contre le heurt de tout temps assuré.

De quoi le Loir, de quoi s'enfle la Loire,

Sinon du bruit débordant en tous lieux

De son Ronsard et du Bellay, sa gloire,

Pour les porter d'ici là-haut aux cieux ?

Doncques, pourquoi ne pourrai-je bien être

L'honneur du Maine et de Sarthe nommé,

Pour avoir un des premiers fait connaître

En ce lieu-là le luc bien animé?

Que tous les rois et leur gloire étoffée

Cèdent adonc aux hommes bien disants,

Dont les écrits leur haussent un trophée

Pour se venger du long oubli des ans.

Que l'ignorant prise la chose basse;

Mais le mari des Muses bien appris,

Aura toujours cette hautaine grâce

Qu'il ne voudra que celle de grand prix.

Quant est de moi, rien plus je ne souhaite

Que d'Apollon me voir favoriser,

Et pour me voir son excellent poète,

Pouvoir de l'eau d'Hélicon épuiser;

A celle fin qu'une belle couronne

Ceigne mon front de laurier couronné,

Et que l'honneur qu'aux beaux écrits on donne

Soit quelquefois à mon livre donné.

Pendant qu'on vit, la pâlissante envie

Des bons esprits aboie le renom :

Mais tôt après, se finissant la vie,

On leur voit rendre
un perdurable nom.

J'espère bien, mêmes après l'audace

Et de la mort et du temps oublieux,

Que mes écrits gagneront quelque place,

Malgré l'aboi de ces chiens envieux.

samedi 14 juillet 2007

Mignonne allons voir si la rose (Pierre de Ronsard)

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.

Ciel, air et vents, plaines et monts découverts (Pierre de Ronsard)

Ciel, air et vents, plaines et monts découverts,

Tertres vineux et forêts verdoyantes,

Rivages torts et sources ondoyantes,

Taillis rasés et vous bocages verts,

Antres moussus à demi-front ouverts,

Prés, boutons, fleurs et herbes roussoyantes,

Vallons bossus et plages blondoyantes,

Et vous rochers, les hôtes de mes vers,

Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire,

A ce bel oeil Adieu je n'ai su dire,

Qui près et loin me détient en émoi,

Je vous supplie, Ciel, air, vents, monts et plaines,

Taillis, forêts, rivages et fontaines
,

Antres, prés, fleurs, dites-le-lui pour moi.