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dimanche 15 juillet 2012

Age d'or (Arthur Rimbaud)

Poème tour (comprend qui peut)

Quelqu'une des voix
Toujours angélique
- Il s'agit de moi, -
Vertement s'explique :

Ces mille questions
Qui se ramifient
N'amènent, au fond,
Qu'ivresse et folie ;

Reconnais ce tour
Si gai, si facile :
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !

Puis elle chante. Ô
Si gai, si facile,
Et visible à l'oeil nu...
- Je chante avec elle, -

Reconnais ce tour
Si gai, si facile,
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !... etc...

Et puis une voix
- Est-elle angélique ! -
Il s'agit de moi,
Vertement s'explique ;

Et chante à l'instant
En soeur des haleines :
D'un ton Allemand,
Mais ardente et pleine :

Le monde est vicieux ;
Si cela t'étonne !
Vis et laisse au feu
L'obscure infortune.

Ô ! joli château !
Que ta vie est claire !
De quel Age es-tu,
Nature princière
De notre grand frère ! etc...

Je chante aussi, moi :
Multiples soeurs ! voix
Pas du tout publiques !
Environnez-moi
De gloire pudique... etc...

mercredi 1 juillet 2009

Hermina (Victor Hugo)

"J'atteignais l'âge austère où l'on est fort en thème" ...

En ce premier jour de juillet, la
carte du comptoir des vers vous livre Hermina, court poème où Victor Hugo met en valeur son amour des petites filles ...

La carte du comptoir des poésies, sans autre commentaire, analyse ou explication de texte, suggère aussi de nombreux "classiques" présentés en bas de ce poème.


J'atteignais l'âge austère où l'on est fort en thème,

Où l'on cherche, enivré d'on ne sait quel parfum,

Afin de pouvoir dire éperdument je t'aime !

Quelqu'un.

J'entrais dans ma treizième année. Ô feuilles vertes !

Jardins ! Croissance obscure et douce du printemps !

Et j'aimais Hermina, dans l'ombre. Elle avait, certes,

Huit ans.

Parfois, bien qu'elle fût à jouer occupée,

J'allais, muet, m'asseoir près d'elle, avec ferveur,

Et je la regardais regarder sa poupée,

Rêveur.

Il est une heure étrange où l'on sent l'âme naître,

Un jour, j'eus comme un chant d'aurore au fond du cœur.

Soit, pensai-je, avançons, parlons ! C'est l'instant d'être

Vainqueur !

Je pris un air profond, et je lui dis : Minette,

Unissons nos destins. Je demande ta main.

Elle me répondit par cette pichenette :

Gamin !

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, les Djinns, l'an neuf de l'Hegire, demain dès l'aube, à une jeune fille

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Bruxelles, Michel et Christine, petites amoureuses, à la musique, ma Bohème, aube, soleil et chair, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, les assis, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, au cabaret vert (cinq heures du soir), jeune ménage,tête de faune, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Jean de la Fontaine : le savetier et le financier, le loup et l'agneau, le cheval s'étant voulu venger du cerf

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", le soleil, une martyre, à une dame créole, toute entière, confession, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), correspondances, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, j'arrive où je suis étranger, Elsa au miroir, Elsa, Santa Espina,les mains d'Elsa, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, chambre garnie, chambres d'un moment, la rose et le réséda, les yeux d'Elsa

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, la Victoire, acousmate, chant de l'horizon en Champagne, nocturne, ô naturel désir, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, à l'Italie, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, le chef de section, à la Santé

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le voeu, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, la vieille femme de la Lune, chemins de l'ouest, la grotte des lépreux, la paix

- Et, aussi, l'indépassable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

samedi 5 janvier 2008

Les écrivains (Gérard de Nerval)

Après la série sur Evangeline, voici sur le comptoir des vers quelques rimes à la carte avec le mot "mot". Car comme proclame un chanteur inénarrable "les mots, les mots ne sont jamais les mêmes".


Où fuir ? Où me cacher ? Quel déluge d'écrits,

En ce siècle falot vient infecter Paris,

En vain j'ai reculé devant le Solitaire,

Ô Dieu du mauvais goût ! Faut-il donc pour te plaire

Entasser des grands mots toujours vides de sens,

Chanter l'homme des nuits, ou l'esprit des torrents,

Mais en vain j'ai voulu faire entrer dans ma tête,

La foudre qui soupire au sein de la tempête,

Devant le Renégat j'ai pâli de frayeur ;

Et je ne sais pourquoi les esprits me font peur.

Ô grand Hugo, poète et raisonneur habile,

Viens me montrer cet art et grand et difficile,

Par lequel, le talent fait admirer aux sots,

Des vers, peut-être obscurs, mais riches de grands mots.

Ô Racine, Boileau ! vous n'étiez pas poètes,

Déposez les lauriers qui parèrent vos têtes,

Laissez à nos auteurs cet encens mérité,

Qui n'enivra jamais la médiocrité ;

Que vos vers relégués avec ceux de Virgile,

Fassent encore l'ennui d'un Public imbécile,

lis sont plats, peu sonnants, et souvent ennuyeux,

C'était peut-être assez pour nos tristes aïeux,

Esprits lourds et bornés, sans goût et sans usage,

Mais tout se perfectionne avec le temps et l'âge.

C'est comme vous parlez, ô sublimes auteurs,

Il ne faut pas, dit-on, disputer des couleurs,

Cependant repoussant le style romantique

J'ose encor, malgré vous, admirer le classique

Je suis original, je le sais, j'en conviens,

Mais vous du eomantisme, ô glorieux soutiens,

Allez dans quelques clubs ou dans l'académie

Lire les beaux produits de votre lourd génie,

Sans doute ce jour-là vous serez mis à neuf,

Paré d'un long jabot et d'un habit d'Elbeuf

Vous ferez retentir dans l'illustre assemblée,

Les sons lourds et plaintifs d'une muse ampoulée.

Quoi, misérable auteur que vieillit le travail,

Voilà donc le motif de tout cet attirail,

Surnuméraire obscur du Temple de la gloire,

Tu cherches les bravos d'un nombreux auditoire.

Eh quoi, tu ne crains pas que quelques longs sifflets,

Remplissent le salon de leurs sons indiscrets

Couvrant ta lourde voix au sortir de l'exorde,

En te faisant crier, grâce, Miséricorde !

Et c'était pour l'appât des applaudissements ?

Que dans ton cabinet tu séchas si longtemps ;

Voilà donc le motif de ta longue espérance

Quoi tout fut pour la gloire, et rien pour la science ?

Le savoir n'aurait donc aucun charme puissant

S'il n'était pas suivi d'un triomphe brillant,

Et tu lui préféras une vaine fumée,

Qui n'est pas la solide et bonne renommée

Sans compter direz-vous combien il est flatteur

D'entendre murmurer : C'est lui, ce grand auteur,

D'entendre le public en citer des passages,

Et même après la mort admirer ses ouvrages ;

Pour le défunt, dis-tu, quel triomphe éclatant,

Sans doute pour le mort c'est un grand agrément

Sa gloire embellira sa demeure dernière,

La terre qui le couvre en est bien plus légère.

Ah ! C'est trop vous moquer de nos auteurs nouveaux,

Dis-tu, lorsque vous-même avez tous leurs défauts,

Mais en vain vous voulez censurer leurs ouvrages,

Vous les verrez toujours postuler des suffrages

Vous les verrez toujours occupés tout entiers,

A tirer leurs écrits des mains des épiciers.

Mais vous, qui paraissez faire le moraliste,

De l'état d'Apollon ennuyeux rigoriste

Que retirez-vous de vos discours moraux ?

La haine des auteurs, et l'amitié des sots.

Ô toi qui me tint lieu jusqu'ici d'auditoire

Me crois-tu donc vraiment insensible à la gloire !

Si ma Plume jamais produisait des écrits ;

Qui ravissent la palme à tous nos beaux esprits.

J'aimerais à gagner un hommage sincère,

Mais je plains ton orgueil, écrivain téméraire

Qui crois que les bravos qu'à dîner tu reçois,

Témoignent ton mérite, et sont de bon aloi.

Et cet auteur encore qui sur la place invite

A son maigre dîner, un maigre parasite

Et qui lui dit ensuite à la fin du repas,

"Amis, parlez sans fraude, et ne me flattez pas,

" Trouvez-vous mes vers bons ? Dites en conscience"

Peut-il à votre avis dire ce qu'il en pense ?

En plein barreau Damis est traité de voleur

Il prend pour sa défense un célèbre orateur

Comment défendra-t-il une cause pareille ?

Par des mots, de grands mots, et l'on dira, Merveille !

Eh ! Quoi peuple ignorant, vous gardez vos bravos,

Et vos cris répétés pour encenser les sots,

Croyez-vous qu'en chantant une chanson risible,

Un pauvre à ses malheurs me rende bien sensible

Non, à d'autres plus sots il pourra s'adresser,

Et le vrai, le vrai seul pourra m'intéresser.

samedi 14 juillet 2007

Mignonne allons voir si la rose (Pierre de Ronsard)

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avoit desclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautez laissé cheoir !

Ô vrayment marastre Nature,

Puis qu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que vostre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur la vieillesse

Fera ternir vostre beauté.

lundi 9 juillet 2007

Age d'or (Arthur Rimbaud)

Quelqu'une des voix

Toujours angélique

- Il s'agit de moi, -

Vertement s'explique :

Ces mille questions

Qui se ramifient

N'amènent, au fond,

Qu'ivresse et folie ;

Reconnais ce tour

Si gai, si facile :

Ce n'est qu'onde, flore,

Et c'est ta famille !

Puis elle chante. Ô

Si gai, si facile,

Et visible à l'oeil nu...

- Je chante avec elle, -

Reconnais ce tour

Si gai, si facile,

Ce n'est qu'onde, flore,

Et c'est ta famille !... etc...

Et puis une voix

- Est-elle angélique ! -

Il s'agit de moi,

Vertement s'explique ;

Et chante à l'instant

En soeur des haleines :

D'un ton Allemand,

Mais ardente et pleine :

Le monde est vicieux ;

Si cela t'étonne !

Vis et laisse au feu

L'obscure infortune.

Ô ! joli château !

Que ta vie est claire !

De quel Age es-tu,

Nature princière

De notre grand frère ! etc...

Je chante aussi, moi :

Multiples soeurs ! voix

Pas du tout publiques !

Environnez-moi

De gloire pudique... etc...