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mercredi 1 août 2012

Ronsard si tu as su par tout le monde épandre (Théodore Agrippa d'Aubigné)

Petit poème entier plein d'arguments voire d'arguties


Ronsard si tu as su par tout le monde épandre
L'amitié, la douceur, les grâces, la fierté,
Les faveurs, les ennuis, l'aise et la cruauté,
Et les chastes amours de toi et ta Cassandre,

Je ne veux à l'envi pour sa nièce, entreprendre
D'en rechanter autant comme tu as chanté,
Mais je veux comparer à beauté la beauté,
Et mes feux à tes feux, et ma cendre à ta cendre.

Je sais que je ne puis dire si doctement,
Je quitte de savoir, je brave d'argument,
Qui de l'écrit augmente ou affaiblit la grâce.

Je sers l'aube qui naît, toi le soir mutiné,
Lorsque de l'Océan l'adultère obstiné,
Jamais ne veut tourner à l'Orient sa face.

mardi 3 mars 2009

La chambre dorée (Théodore Agrippa d'Aubigné)

La carte du comptoir des vers s'installe dans une chambre dorée aménagée par Agrippa d'Aubigné.

La carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi de parcourir ses "classiques" proposés en bas de ce poème.


Eh bien ! Vous, conseillers de grandes compagnies,

Fils d'Adam qui jouez et des biens et des vies,

Dites vrai, c'est à Dieu que compte vous rendez.

Rendez-vous la justice ou si vous la vendez ?

Plutôt, âmes sans loi, parjures, déloyales,

Vos balances, qui sont balances inégales,

Pervertissent la terre et versent aux humains

Violence et ruine, ouvrages de vos mains.

Vos mères ont conçu en l'impure matrice,

Puis avorté de vous tout d'un coup et du vice,

Le mensonge qui fut votre lait au berceau

Vous nourrit en jeunesse et abesche au tombeau.

Ils semblent le serpent à la peau marquetée

D'un jaune transparent, de venin mouchetée,

Ou l'aspic embuché qui veille en sommeillant,

Armé de soi, couvert d'un tortillon grouillant.

A l'aspic cauteleux cette bande est pareille,

Alors que de la queue il s'étoupe l'oreille,

Lui, contre les jargons de l'enchanteur savant,

Eux pour chasser de Dieu les paroles au vent.

A ce troupeau, Seigneur, qui l'oreille se bouche,

Brise les grosses dents en leur puante bouche :

Prends la verge de fer, fracasse de tes fléaux

La mâchoire puante à ces fiers lionceaux.

Que, comme l'eau se fond, ces orgueilleux se fondent,

Au camp leurs ennemis sans peine se confondent :

S'ils bandent l'arc, que l'arc avant tirer soit las,

Que leurs traits sans frapper s'envolent en éclats.

La mort, en leur printemps, ces chenilles suffoque,

Comme le limaçon sèche dedans la coque,

Ou comme l'avorton qui naît en périssant

Et que la mort reçoit de ses mains en naissant.

Brûle d'un vent mauvais jusque dans les racines

Les boutons les premiers de ces tendres épines ;

Tout périsse, et que nul ne les prenne en ses mains

Pour de ce bois maudit réchauffer les humains.


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Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", à celle qui est trop gaie, correspondances, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), le soleil, toute entière, une martyre, à une dame créole, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, les ténèbres,
quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, chanson de la plus haute tour, l'homme juste, petites amoureuses, première soirée, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), ma Bohème, les douaniers, Michel et Christine, Marine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, soleil et chair, tête de faune, à la musique, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, l'affiche rouge, la belle italienne, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble, la rose et le réséda, un jour un jour, Charlot mystique, Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, nocturne, le vigneron champenois, le chef de section, l'émigrant de Landor Road, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, la Victoire, ô naturel désir, à l'Italie, Annie, Marizibill, dans l'abri-caverne, à la Santé

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le vitrail, soir de bataille, le voeu, le tepidarium, la belle viole, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien entendu, le très long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

dimanche 22 février 2009

Est-il donc vrai qu'il faut que ma vue enchantée ? (Théodore Agrippa d'Aubigné)

La carte du comptoir des vers revient dans le moyennageux avec un petit Agrippa d'Aubigné.

Si Renaissance et Moyen Age avec leur langue incompréhensible vous ennuient, la carte du comptoir des poésies, sans commentaire, vous suggère d'essayer ses classiques :

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, première soirée, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), Bruxelles, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les douaniers, Marine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, soleil et chair, tête de faune, à la musique, chant de guerre parisien, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, le chef de section, nocturne, ô naturel désir, Annie, Marizibill, la Victoire, l'émigrant de Landor Road, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, à l'Italie, dans l'abri-caverne, à la Santé

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, toute entière, une martyre, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, les ténèbres, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, à une dame créole, le chat

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, l'affiche rouge, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble, un jour un jour, Charlot mystique, Elsa au miroir, Elsa, les mains d'Elsa, la rose et le réséda, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, Santa Espina, les yeux d'Elsa

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, le vitrail, soir de bataille, le tepidarium, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien entendu, le très (trop ?) long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline


Est-il donc vrai qu'il faut que ma vue enchantée

Allume dans mon sein l'homicide désir

Qui fait haïr ma vie, et pour elle choisir

L'aisé saccagement de ma force domptée !

Puis-je voir sans pleurer ma raison surmontée,

Laisser mon sens captif par la flamme périr ?

Puis-je voir la beauté qui me contraint mourir

Se rire en sa blancheur de moi ensanglantée ?

Je maudis les fiertés, les beautés et les cieux,

Je maudis mon vouloir, mon désir et mes yeux,

Je louerais les beautés, cieux et persévérance,

Si sa beauté voulait animer sa pitié,

Si les cieux inclinaient sur moi son amitié,

La dure fermeté, si elle était constance.