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jeudi 7 décembre 2017

Prologue (Petrus Borel)

"Voici, je m'en vais faire une chose nouvelle
qui viendra en avant ; et les bêtes des champs,
les dragons et les chats-huants me glorifieront."

Quand ton Petrus ou ton Pierre
N'avait pas même une pierre
Pour se poser, l'oeil tari,
Un clou sur un mur avare
Pour suspendre sa guitare, -
Tu me donnas un abri.

Tu me dis : - Viens, mon rhapsode,
Viens chez moi finir ton ode ;
Car ton ciel n'est pas d'azur,
Ainsi que le ciel d'Homère,
Ou du provençal trouvère ;
L'air est froid, le sol est dur.

Paris n'a point de bocage,
Viens donc, je t'ouvre ma cage,
Où, pauvre, gaiement je vis ;
Viens, l'amitié nous rassemble,
Nous partagerons, ensemble,
Quelques grains de chenevis. -

Tout bas, mon âme honteuse
Bénissait ta voix flatteuse
Qui caressait son malheur ;
Car toi seul, au sort austère
Qui m'accablait solitaire,
Léon, tu donnas un pleur.

Quoi ! ma franchise te blesse ?
Voudrais-tu que, par faiblesse,
On voilât sa pauvreté ?
Non, non, nouveau Malfilâtre,
Je veux, au siècle parâtre,
Étaler ma nudité !

Je le veux, afin qu'on sache
Que je ne suis point un lâche,
Car j'ai deux parts de douleur
À ce banquet de la terre ;
Car, bien jeune, la misère
N'a pu briser ma verdeur.

Je le veux, afin qu'on sache
Que je n'ai que ma moustache,
Ma chanson et puis mon coeur,
Qui se rit de la détresse ;
Et que mon âme maîtresse
Contre tout surgit vainqueur.

Je le veux, afin qu'on sache,
Que, sans toge et sans rondache,
Ni chancelier, ni baron,
Je ne suis point gentilhomme,
Ni commis à maigre somme
Parodiant lord Byron.

À la cour, dans ses orgies,
Je n'ai point fait d'élégies,
Point d'hymne à la déité ;
Sur le flanc d'une duchesse,
Barbotant dans la richesse
De lai sur ma pauvreté.

mardi 28 août 2012

Isolement (Petrus Borel)

Poème borelesque où au milieu des vers, solitaire, apparaît une plage ...


Sous le soleil torride au beau pays créole,
Où l'Africain se courbe au bambou de l'Anglais,
Encontre l'ouragan, le palmier qui s'étiole
Aux bras d'une liane unit son bois épais.

En nos antiques bois, le gui, saint parasite,
Au giron d'une yeuse et s'assied et s'endort ;
Mêlant sa fragile herbe, et subissant le sort
Du tronc religieux qui des autans l'abrite.

Gui ! liane ! palmier ! mon âme vous envie !
Mon coeur voudrait un lierre et s'enlacer à lui.
Pour passer mollement le gué de cette vie,
Je demande une femme, une amie, un appui !

Un ange d'ici-bas ?... une fleur, une femme ?...
Barde, viens, et choisis dans ce folâtre essaim
Tournoyant au rondeau d'un preste clavecin. -
Non; mon coeur veut un coeur qui comprenne son âme.

Ce n'est point au théâtre, aux fêtes, qu'est la fille
Qui pourrait sur ma vie épancher le bonheur :
C'est aux champs, vers le soir, groupée en sa mantille,
Un Verther à la main sous le saule pleureur.

Ce n'est point une brune aux cils noirs, l'air moresque ;
C'est un cygne indolent; une Ondine aux yeux bleus
Aussi grands qu'une amande, et mourans, soucieux ;
Ainsi qu'en réfléchit le rivage tudesque.

Quand viendra cette fée ? - En vain ma voix l'appelle !
Apporter ses printemps à mon coeur isolé.
Pourtant jusqu'aux cyprès je lui serais fidèle !
Sur la plage toujours resterai-je esseulé ?

Sur mon toit le moineau dort avec sa compagne ;
Ma cavale au coursier a donné ses amours.
Seul, moi, dans cet esquif, que nul être accompagne,
Sur le torrent fougueux je vois passer mes jours.
  

vendredi 21 novembre 2008

Prologue (Petrus Borel)

Le comptoir des vers et sa carte continuent la pause dans leur brève et récente série sur Louis Aragon (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger), avec un autre poème sur les chats pas spécielement dans la même lignée que le petit chat d'Edmond Rostand puisque l'illustre Petrus Borel y évoque les chats-huants.

Les félins obligent la carte du comptoir des vers à remballer pour le moment le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) et l'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne).


Voici, je m'en vais faire une chose nouvelle qui viendra en avant

et les bêtes des champs, les dragons et les chats-huants me glorifieront.

Quand ton Petrus ou ton Pierre

N'avait pas même une pierre

Pour se poser, l'oeil tari,

Un clou sur un mur avare

Pour suspendre sa guitare,

Tu me donnas un abri.

Tu me dis : viens, mon rhapsode,

Viens chez moi finir ton ode ;

Car ton ciel n'est pas d'azur,

Ainsi que le ciel d'Homère,

Ou du provençal trouvère ;

L'air est froid, le sol est dur.

Paris n'a point de bocage,

Viens donc, je t'ouvre ma cage,

Où, pauvre, gaiement je vis ;

Viens, l'amitié nous rassemble,

Nous partagerons, ensemble,

Quelques grains de chenevis.

Tout bas, mon âme honteuse

Bénissait ta voix flatteuse

Qui caressait son malheur ;

Car toi seul, au sort austère

Qui m'accablait solitaire,

Léon, tu donnas un pleur.

Quoi ! ma franchise te blesse ?

Voudrais-tu que, par faiblesse,

On voilât sa pauvreté ?

Non, non, nouveau Malfilâtre,

Je veux, au siècle parâtre,

Étaler ma nudité !

Je le veux, afin qu'on sache

Que je ne suis point un lâche,

Car j'ai deux parts de douleur

À ce banquet de la terre,

Car, bien jeune, la misère

N'a pu briser ma verdeur.

Je le veux, afin qu'on sache

Que je n'ai que ma moustache,

Ma chanson et puis mon coeur,

Qui se rit de la détresse,

Et que mon âme maîtresse

Contre tout surgit vainqueur.

Je le veux, afin qu'on sache,

Que, sans toge et sans rondache,

Ni chancelier, ni baron,

Je ne suis point gentilhomme,

Ni commis à maigre somme

Parodiant lord Byron.

À la cour, dans ses orgies,

Je n'ai point fait d'élégies,

Point d'hymne à la déité ;

Sur le flanc d'une duchesse,

Barbotant dans la richesse

De lai sur ma pauvreté.

dimanche 4 novembre 2007

L'incendie du bazar (Petrus Borel)

J'habite la montagne et j'aime à la vallée.


Ô toi, dont j'avais fait l'emplette

Pour danse au bois neige-noisette !

L'as-tu toujours, ma Jeanneton,

Ton jupon blanc, ton blanc jupon ?

Pour quelque muscadin, matière à comédie

Ne va pas m'oublier dans ce coquet bazar,

Où tu trône au comptoir. Colombine hardie !

Perçant l'horizon gris d'un oeil au vif regard,

Flamboyant vois mon coeur, d'amour vois l'incendie !

Et si tu l'as encore, écris-moi, Jeanneton,

Ton jupon blanc, ton blanc jupon.

Au feu ! au feu ! au feu ! la Vierge à perdre haleine

Court... le bazar rissole ! au feu ! au feu ! au feu !

N'est-ce pas Margoton, Cathin ou Madeleine ?... -

Non, c'est la demoiselle au gendarme Mathieu.

Fleur d'un jour, du ciel noir à la lueur soudaine,

Fuis !... et si tu l'emporte, écris-moi, Jeanneton,

Ton jupon blanc, ton blanc jupon ?

Plus que feu, grand mangeur, crains l'ardeur déréglée

Du bourgeois camisard, du rustre porteur d'eau,

Du beau sapeur-pompier, à coiffe ciselée,

Gare au rapt ! une fille est un léger fardeau.

À Blois, vers ton Titi, clerc à l'âme isolée,

Vole !... et si tu l'emporte, écris-moi, Jeanneton,

Ton jupon blanc, ton blanc jupon.

Ô toi, dont j'avais fait l'emplette

Pour danse au bois neige-noisette !

L'as-tu sauvé, ma jeanneton,

Ton jupon blanc, ton blanc jupon !