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samedi 1 décembre 2012

Les bijoux (Charles Baudelaire)

Un poème délicatement érotique, bachique et jouisseur de Charlie Baudelaire


La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !

dimanche 4 novembre 2012

Mémoire (Arthur Rimbaud)

Un poème sinistre et pourtant plein de couleurs du torturé de Charleville


L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l'ébat des anges ; - Non... le courant d'or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. Elle
sombre, ayant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche.

Eh ! l'humide carreau tend ses bouillons limpides !
L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides.

Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière
le souci d'eau - ta foi conjugale, ô l'Épouse ! -
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.

Madame se tient trop debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail ; l'ombrelle
aux doigts ; foulant l'ombelle ; trop fière pour elle ;
des enfants lisant dans la verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s'éloigne par delà la montagne ! Elle, toute
froide, et noire, court ! après le départ de l'homme !

Regret des bras épais et jeunes d'herbe pure !
Or des lunes d'avril au coeur du saint lit ! Joie
des chantiers riverains à l'abandon, en proie
aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures !

Qu'elle pleure à présent sous les remparts ! l'haleine
des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Puis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.

Jouet de cet oeil d'eau morne, je n'y puis prendre,
ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l'une
ni l'autre fleur : ni la jaune qui m'importune,
là ; ni la bleue, amie à l'eau couleur de cendre.

Ah ! la poudre des saules qu'une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
Au fond de cet oeil d'eau sans bords, - à quelle boue ?

vendredi 26 novembre 2010

La grâce exilée (Guillaume Apollinaire)

"Cet exil t'est essentiel ..."

La carte du comptoir des vers poursuit la série "Lueurs des tirs" extraite des calligrammes de Guillaume Apollinaire avec "la grâce exilée".


La carte du comptoir des poésies, sans explication de texte ni commentaire, renvoie aussi ses lecteurs en bas de ce poème pour visiter ses très nombreux "classiques" .


Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel

Allez-vous-en couleurs charmantes

Cet exil t'est essentiel

Infante aux écharpes changeantes

Et l'arc-en-ciel est exilé

Puisqu'on exile qui l'irise

Mais un drapeau s'est envolé

Prendre ta place au vent de bise

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le chêne et le roseau, l'âne portant des reliques, le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le corbeau et le renard, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Guillaume Apollinaire (le poète d'Alcools et des calligrammes) : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne,Annie,Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé, Blanche Neige, la jolie rousse, les grenadines repentantes

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les étrennes des orphelins, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique,mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, Charlot mystique, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, bien sur, l'inouï poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

lundi 16 février 2009

Voyelles (Arthur Rimbaud)

Fut-ce sur un comptoir, pour écrire des mots, même très brefs, il faut des lettres.
Voici les célèbres voyelles de couleur d'Arthur Rimbaud.

Les amateurs d'émotions fortes pourront se délecter d'autres Arthur Rimbaud très différents tels Vénus Anadyomène ou de Mes petites amoureuses.

A défaut de voyelles, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi sa sélection préférée :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, chant de guerre parisien, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, acousmate, Annie, ô naturel désir, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, un jour un jour, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- José Maria de Heredia : les conquérants, le tepidarium, le voeu, soir de bataille, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :

A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes,

U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides

Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux,

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges,

O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

mardi 27 janvier 2009

Correspondances (Charles Baudelaire)

Laissant tomber les bijoux, la carte du comptoir des vers persévère dans sa série consacrée à Charles Baudelaire. Après Toute entière, le chat, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, l'albatros, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", une mendiante rousse, une martyre et les bijoux, voici un poème sur le thème de la correspondance.
Pour les puristes, la
carte du comptoir poétique indique que les correspondances étaient initialement composées de deux strophes de quatre vers et de deux strophes de trois vers.

Cette injection continue de Baudelaire, que ses ailes de géant empêchent souvent de marcher, force la carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, à cesser pour l'instant de faire dans l'Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), d'Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars), le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire), l'Aragon (Elsa, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Un jour un jour, Nous dormirons ensemble, L'étrangère, Charlot mystique, Que serais-je sans toi ?, Santa Espina, La rose et le réséda, La belle italienne, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, Voyelles, Sensations, Vénus Anadyomène, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Ô naturel désir, Le Vigneron Champenois, Nuit Rhénane, Annie, l'Adieu, La Victoire, A l'Italie, Le Chef de Section, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, Nocturne, Dans l'Abri-caverne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, A la Santé ...).


La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.