lundi 26 janvier 2009

A une mendiante rousse (Charles Baudelaire)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série consacrée à Charles Baudelaire. Après Toute entière, le chat, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, l'albatros, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", une martyre et les bijoux, voici un troisième opus bijoutier du champion de la neurasthénie.
Pour les puristes, la
carte du comptoir poétique indique que la mendiante rousse est composée de quatorze quatrains.

Cette déferlante de Baudelaire, que ses ailes de géant empêchent souvent de marcher, contraint malheureusement la carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, à interrompre l'approvisionnement de Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), d'Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars), de Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire), d'Aragon (Elsa, Chambre garnie, Chambres d'un moment, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Nous dormirons ensemble, L'étrangère, Un jour un jour, Charlot mystique, Que serais-je sans toi ?, Santa Espina, La rose et le réséda, La belle italienne, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), d'Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, Voyelles, Sensations, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Ma Bohème, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Ô naturel désir, Le Vigneron Champenois, Nuit Rhénane, La Victoire, Annie, l'Adieu, A l'Italie, Le Chef de Section, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, Nocturne, Dans l'Abri-caverne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, A la Santé ...).


Blanche fille aux cheveux roux,

Dont la robe par ses trous

Laisse voir la pauvreté

Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,

Ton jeune corps maladif,

Plein de taches de rousseur,

A sa douceur.

Tu portes plus galamment

Qu'une reine de roman

Ses cothurnes de velours

Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court,

Qu'un superbe habit de cour

Traîne à plis bruyants et longs

Sur tes talons,

En place de bas troués,

Que pour les yeux des roués

Sur ta jambe un poignard d'or

Reluise encor,

Que des noeuds mal attachés

Dévoilent pour nos péchés

Tes deux beaux seins, radieux

Comme des yeux,

Que pour te déshabiller

Tes bras se fassent prier

Et chassent à coups mutins

Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,

Sonnets de maître Belleau

Par tes galants mis aux fers

Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs

Te dédiant leurs primeurs

Et contemplant ton soulier

Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard,

Maint seigneur et maint Ronsard

Épieraient pour le déduit

Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits

Plus de baisers que de lis

Et rangerais sous tes lois

Plus d'un Valois !

Cependant tu vas gueusant

Quelque vieux débris gisant

Au seuil de quelque Véfour

De carrefour,


Tu vas lorgnant en dessous

Des bijoux de vingt-neuf sous

Dont je ne puis, Oh ! Pardon !

Te faire don.

Va donc ! Sans autre ornement,

Parfum, perles, diamant,

Que ta maigre nudité,

Ô ma beauté !

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