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mercredi 22 août 2012

Celle du jardin (Emile Verhaeren)

Poème de mimile ou poème de survie ?


Je vis l'Ange gardienne en tel jardin s'asseoir
Sous des nimbes de fleurs irradiantes
Et des vignes comme en voussoir ;
Auprès d'elle montaient des héliantes.

Ses doigts, dont les bagues humbles et frêles
Entouraient la minceur d'un cercle de corail,
Tenaient des couples de roses fidèles
Noués de laine et scellés d'un fermail,

Un calme, imprégné d'or, tressait
Un air filigrané d'aurore,
Autour de son front pur, qui s'enfonçait
Moitié dans l'ombre encore.

Elle portait son voile et ses sandales,
Tissés de lin, mais sur les bords,
En rinceaux clairs, les trois vertus théologales
Etaient peintes, avec des coeurs feuillagés d'ors.

Ses cheveux lents se répandaient soyeux
De l'épaule jusqu'aux gazons de mousse ;
Le silence déclos dans l'enfance des yeux
Etait plus doux qu'aucune parole n'est douce.

Toute l'âme tendue
Et les deux bras et le désir hagard
Je me levais vers l'âme suspendue
En son regard !

Ses yeux étaient si clairs de souvenir,
Ils m'avouaient des jours vécus semblables ;
Oh, l'autrefois se muerait-il en avenir
Dans les tombes inviolables ?

C'était certes quelqu'une ayant quitté la vie
Qui m'apportait miracle et réconfort
Et le viatique de sa survie
Tutélaire, par à travers sa mort.

samedi 22 août 2009

Le soir tombe, la lune est d'or (Emile Verhaeren)

"Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée"...

La
carte du comptoir pousuit dans le poème de rentrée avec cette oeuvre primesautière de Mimile Verhaeren à la gaité communicative.

La carte du comptoir des poésies, sans autre analyse, commentaire ou explication de texte, suggère sous cet indépassable opus ses nombreux "classiques".


Le soir tombe, la lune est d'or.

Avant la fin de la journée

Va-t'en gaîment jusqu'au jardin

Cueillir avec tes douces mains

Les quelques fleurs qui n'y sont point encor

Tristement, vers la terre, inclinées.

Que le feuillage soit déjà blême, qu'importe

Je les admire et tu les aimes,

Et leurs corolles sont quand même

Belles, sur les tiges qui les portent.

Et tu t'en es allée au loin parmi les buis

Au long d'un chemin monotone

Et le bouquet que tu cueillis,

Tremble en ta main et tout à coup frissonne ;

Et voici que tes doigts songeurs,

Pieusement, rassemblent les lueurs

De ces roses d'automne

Et les tressent avec des pleurs

En une pâle et claire et flexible couronne.

La dernière lumière a éclairé tes yeux

Et ton long pas s'est fait triste et silencieux.

Et lentement, à la vesprée,

Les mains vides, tu es rentrée,

Abandonnant non loin de notre porte

Dans un tertre humide et bas

Le cercle blanc qu'avaient formé tes doigts.

Et j'ai compris alors que dans le jardin las

Où vont passer les vents ainsi que des cohortes

Tu as voulu fleurir une dernière fois

Notre jeunesse qui repose là,

Morte.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

-
Jean de la Fontaine : le savetier et le financier, le loup et l'agneau, le cheval s'étant voulu venger du cerf

- Victor Hugo : les Djinns, ce siècle avait deux ans, l'an neuf de l'Hegire, demain dès l'aube, à une jeune fille, mes poèmes, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, le soleil, à une dame créole, confession, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), les ténèbres, j'aime le souvenir de ces époques nues, une martyre, une mendiante rousse, à celle qui est trop gaie, correspondances, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Marine, Michel et Christine, petites amoureuses, à la musique, ma Bohème, aube, soleil et chair, mouvement, chant de guerre parisien, les assis, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, première soirée, au cabaret vert (cinq heures du soir), jeune ménage,tête de faune, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, ô naturel désir, chant de l'horizon en Champagne, la Victoire, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, à l'Italie, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, le chef de section, nocturne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, j'arrive où je suis étranger, Elsa, Elsa au miroir, Santa Espina, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, les mains d'Elsa, chambre garnie, chambres d'un moment, la rose et le réséda, les yeux d'Elsa

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, chemins de l'ouest, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux, la paix

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), le voeu, l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Et, aussi, l'inénarrable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

vendredi 20 février 2009

Les pas (Emile Verhaeren)

Sur la carte du comptoir des vers un autre Mimile Verhaeren, après la rentrée des moines, soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville, les cathédrales, la vieille ferme et l'étal.

A défaut de pas, la carte du comptoir des poésies, sans commentaire, propose aussi :

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, l'adieu, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, Annie, à la Santé

-
Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, l'orgie parisienne, Michel et Christine, soleil et chair, tête de faune, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, les étrennes des orphelins

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, Elsa, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, à une dame créole, les ténèbres, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, lsoir de bataille, le voeu, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


L'hiver, quand on fermait,

A grand bruit lourd, les lourds volets,

Et que la lampe s'allumait

Dans la cuisine basse,

Des pas se mettaient à sonner, des pas, des pas,

Au long du mur, sur le trottoir d'en face.

Tous les enfants étaient rentrés,

Rompant leurs jeux enchevêtrés ;

Le village semblait un amas d'ombres

Autour de son clocher,

D'où les cloches déjà laissaient tomber,

Une à une, les heures sombres

Et les craintes sans nombre :

Paquets de peur, au fond du coeur,

Et malgré moi, je m'asseyais tout contre

Les lourds volets et j'écoutais et redoutais

Ces pas, toujours ces pas,

Qui s'en allaient à la rencontre

De je ne savais quoi d'obscur et de triste, là-bas.

Je connaissais celui de la servante,

Celui de l'échevin, celui du lanternier,

Celui de l'âpre et grimaçante mendiante

Qui remportait des blaireaux morts, en son panier ;

Celui du colporteur, celui du messager,

Et ceux de Pieter Hoste et de son père

Dont la maison, près du calvaire,

Portait un aigle d'or à son pignon léger.

Je les connaissais tous : ceux que scandait la canne

De l'horloger, ou bien les béquilles de Wanne

La dévote, qui priait tant que c'était trop,

Et ceux du vieux sonneur, humeur de brocs

Et tous, et tous - mais les autres, les autres ?

Il en était qui s'en venaient - savait-on d'où ?

Monotones, comme un débit de patenôtres,

Ou bien furtifs, comme les pas d'un fou,

Ou bien pesants d'une marche si lasse

Qu'ils semblaient traîner l'espace

Et le temps infini aux clous de leurs souliers.

Il en était de si tristes et de si mornes,

Surtout vers la Toussaint, quand les vents cornent

Le deuil illimité par le pays entier :

Ils revenaient de France et de Hollande,

Ils se croisaient sur la route marchande,

Ils s'étaient fuis ou rencontrés - depuis quel temps ?

Et se réenfonçaient dans l'ombre refondue,

A cette heure des morts, où des bourdons battants,

Aux quatre coins de l'étendue,

Comme des pas, sonnaient aussi.

Oh ! Tous ceux-là, avec leur fièvre et leurs soucis !

Oh ! Tous ces pas en défilé par ma mémoire !

Qui donc en redira le deuil ambulatoire

Lorsque je les guettais l'hiver, en tapinois,

Rapetissé dans mon angoisse et mon effroi,

Derrière un volet clos, au fond de mon village ?

Un soir, qu'avaient passé des attelages,

Avec des bruits de fers entrechoqués,

On trouva mort, le long du quai,

Un roulier roux qui revenait de Flandre.

On ne surprit jamais son assassin.

Mais, certes, moi, oh ! J'avais dû l'entendre

Frôler les murs, avec sa hache en main.

Une autre fois, à l'heure où le blanc boulanger,

Ses pains vendus, fermait boutique,

Il avait vu la dame énigmatique

Qu'on dit sorcière ici, et sainte un peu plus loin,

En vêtement de paille et d'or tourner le coin

Et vivement, entrer au cimetière ;

Tandis que moi, j'avais ouï, en même temps,

Son dur manteau flottant,

Comme un râteau gratter la terre.

Mon coeur avait battu si fort

Que, pendant toute une semaine,

Je ne rêvai que de la mort.

Et puis, qu'allaient-ils faire au fond des plaines

Ces autres pas qu'on entendait, vers la Noël,

Venir en masse, à travers neige et gel,

D'au-delà de l'Escaut massif et léthargique ?

Une lueur rouge et tragique

Mordait le ciel. Ils se rendaient, au long des bois,

Depuis quels temps, toujours au même endroit,

Près des mares que l'on disait hantées ;

On entendait des cris, pareils à des huées,

Monter. Et seul, le lendemain,

Le fossoyeur partait, la bêche en main,

Cacher là-bas, sous les neiges étincelantes,

Un tas de rameaux morts et de bêtes sanglantes.

Mon âme en tremble encor et mon esprit

Revoit toujours le fossoyeur qui passe,

Et quand la fièvre ameute en moi, la nuit,

Les troubles visions de ma cervelle lasse,

Les pas que j'entendis étant enfant,

Oreille au guet, genoux serrés et coeur battant,

En mes heures de veille ou de souffrance blême,

Terriblement, me traversent moi-même

Et font courir leur rythme dans mon sang.

Ils arrivent, des horizons de lune et d'ombre,

Sournois, têtus, compacts, mystérieux,

Le sol en est dément. Leur nombre ?

Feuilles des bois, grains de blés mûrs, grêles des cieux !

Ils sont pareils aux menaces qui passent

Et leur déroulement, pendant la nuit,

Est si lointain qu'ils semblent faire,

De lieue en lieue, une ceinture à la terre

Et, maille à maille, et, bruit à bruit,

Serrer en eux tout l'infini.

Oh ! Qu'ils me sont restés imprimés dans la chair

Les pas que j'entendais, par les soirs de Décembre

Et les routes de l'hiver clair,

Venir du bout du monde et traverser ma chambre !

vendredi 24 octobre 2008

Les cathédrales (Emile Verhaeren)

La carte du comptoir des vers poursuit son menu d'automne avec ses opus de Toussaint.
Après les pensées des morts du toujours chic Lamartine, voici un petit Mimile Verhaeren, religieux cette fois, qui complète la rentrée des moines, les soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville, la vieille ferme et l'étal.

Aussi, momentanément, le comptoir des vers cesse l'approvisionnement de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


Au fond du choeur monumental,

D'où leur splendeur s'érige

Or, argent, diamant, cristal

Lourds de siècles et de prestiges,

Pendant les vêpres, quand les soirs

Aux longues prières invitent,

Ils s'imposent, les ostensoirs,

Dont les fixes joyaux méditent.

Ils conservent, ornés de feu,

Pour l'universelle amnistie,

Le baiser blanc du dernier Dieu,

Tombé sur terre en une hostie.

Et l'église, comme un palais de marbres noirs,

Où des châsses d'argent et d'ombre

Ouvrent leurs yeux de joyaux sombres,

Par l'élan clair de ses colonnes exulte

Et dresse avec ses arcs et ses voussoirs

Jusqu'au faîte, l'éternité du culte.

Dans un encadrement de grands cierges qui pleurent,

A travers temps et jours et heures,

Les ostensoirs

Sont le seul coeur de la croyance

Qui luise encor, cristal et or,

Dans les villes de la démence.

Le bourdon sonne et sonne,

A grand battant tannant,

De larges glas qui sont les râles

Et les sursauts des cathédrales.

Et les foules qui tiennent droits,

Pour refléter le ciel, les miroirs de leur foi,

Réunissent, à ces appels, leurs âmes,

Autour des ostensoirs de flamme.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les pauvres gens des blafardes ruelles,

Barrant de croix, avec leurs bras tendus,

L'ombre noire qui dort dans les chapelles.

Ô ces foules, ces foules,

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les corps usés, voici les coeurs fendus,

Voici les coeurs lamentables des veuves

En qui les larmes pleuvent,

Continûment, depuis des ans.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les mousses et les marins du port

Dont les vagues monstrueuses bercent le sort.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les travailleurs cassés de peine,

Aux six coups de marteaux des jours de la semaine.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les enfants las de leur sang morne

Et qui mendient et qui s'offrent au coin des bornes.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les marguilliers massifs et mous

Qui font craquer leur stalle en pliant les genoux.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les armateurs dont les bateaux de fer,

Fortune au vent, tanguent parmi la mer.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Voici les grands bourgeois de droit divin

Qui bâtissent sur Dieu la maison de leur gain.

Ô ces foules, ces foules

Et la misère et la détresse qui les foulent !

Les ostensoirs, qu'on élève, le soir,

Vers les villes échafaudées

En toits de verre et de cristal,

Du haut du choeur sacerdotal,

Tendent la croix des gothiques idées.

Ils s'imposent dans l'or des clairs dimanches

Toussaint, Noël, Pâques et Pentecôtes blanches

Ils s'imposent dans l'or et dans les bruits de fête

Du grand orgue battant du vol de ses tempêtes

L'autel de marbre rouge et ses piliers vermeils ;

Ils sont une âme en du soleil,

Qui vit de vieux décor et d'antique mystère

Autoritaire.

Pourtant, dès que s'éteignent les grands cierges

Et les lampes veillant le coeur des saintes vierges,

Un deuil d'encens évaporé flotte et s'empreint

Sur les châsses d'argent et les tombeaux d'airain ;

Et les vitraux, peuplés de siècles rassemblés

Devant le Christ avec leurs papes immobiles

Et leurs martyrs et leurs héros semblent trembler

Au bruit d'un train lointain qui roule sur la ville.

mercredi 22 octobre 2008

Soirs d'octobre (Emile Nelligan)

Toujours de saison, toujours d'automne, toujours à fond vers la Toussaint, après Verhaeren, sa rentrée des moines et sa vieille ferme, la carte du comptoir des vers propose un autre Mimile : Emile Nelligan, obscur et plat poète canadien.

Aussi, momentanément, le comptoir tire le rideau sur Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron),
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


Oui, je souffre, ces soirs, démons mornes chers Saints.

On est ainsi toujours au soupçon des Toussaints.

Mon âme se fait dune à funèbres hantises.

Ah ! donne-moi ton front, que je calme tes crises.

Que veux-tu ? je suis tel, je suis tel dans ces villes,

Boulevardier funèbre échappé des balcons,

Et dont le rêve élude, ainsi que des faucons,

L'affluence des sots aux atmosphères viles.

Que veux-tu ? Je suis tel ... Laisse-moi reposer

Dans la langueur, dans la fatigue et le baiser,

Chère, bien-aimée âme où vont les espoirs sobres ...

Écoute ! ô ce grand soir, empourpré de colères,

Qui, galopant, vainqueur des batailles solaires,

Arbore l'étendard triomphal des Octobres !

mardi 21 octobre 2008

Vieille ferme à la Toussaint (Emile Verhaeren)

La carte du comptoir des vers se tourne délibérement vers un menu d'automne et propose donc des opus de Toussaint.
Après les pensées des morts du fringuant Lamartine, voici un petit Mimile Verhaeren saisonnalisé qui complète la rentrée des moines, les soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville et l'étal.

Aussi, momentanément, sur le comptoir des vers, plus de Gérard de Nerval (Antéros, Madame Aguado, Résignation, Louise d'or reine, Gaieté, Fantaisie, J.Y. Colonna, ou Pensée de Byron), ni d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et encore moins de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu ...).


La ferme aux longs murs blancs, sous les grands arbres jaunes,

Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,

Tomber très lentement, en ce jour de Toussaint,

Les feuillages fanés des frênes et des aunes.

Elle songe et resonge à ceux qui sont ailleurs,

Et qui, de père en fils, longuement s'éreintèrent,

Du pied bêchant le sol, des mains fouillant la terre,

A secouer la plaine à grands coups de labeur.

Puis elle songe encor qu'elle est finie et seule,

Et que ses murs épais et lourds, mais crevassés,

Laissent filtrer la pluie et les brouillards tassés,

Même jusqu'au foyer où s'abrite l'aïeule.

Elle regarde aux horizons bouder les bourgs,

Des nuages compacts plombent le ciel de Flandres,

Et tristement, et lourdement se font entendre,

Là-bas, des bonds de glas sautant de tour en tour.

Et quand la chute en or des feuillage effleure,

Larmes ! ses murs flétris et ses pignons usés,

La ferme croit sentir ses lointains trépassés

Qui doucement se rapprochent d'elle, à cette heure,

Et pleurent.