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mardi 2 avril 2013

Petites misères d'automne (Jules Laforgue)

Pour célébrer le printemps qui tarde et s'éloigner des vicissitudes de la politique, un poème de circonstance du sympathique Jules Laforgue


Je me souviens, - dis, rêvé ce bal blanc ? 
Une, en robe rose et les joues en feu, 
M'a tout ce soir-là dévoré des yeux, 
Des yeux impérieux et puis dolents,
(Je vous demande un peu !)

Car vrai, fort peu sur moi d'un en vedette, 
Ah ! pas plus ce soir-là d'ailleurs que d'autres, 
Peut-être un peu mon natif air d'apôtre, 
Empêcheur de danser en rond sur cette
Scandaleuse planète.

Et, tout un soir, ces grands yeux envahis 
De moi ! Moi, dos voûté sous l'À quoi Bon ? 
Puis, partis, comme à jamais vagabonds !
(Peut-être en ont-ils peu après failli ?...) 
Moi quitté le pays.

Chez nous, aux primes salves d'un sublime, 
Faut battre en retraite. C'est sans issue. 
Toi, pauvre, et t'escomptant déjà déçue 
Par ce coeur (qui même eût plaint ton estime) 
J'ai été en victime,

En victime après un joujou des nuits ! 
Ses boudoirs pluvieux mirent en sang 
Mon inutile coeur d'adolescent... 
Et j'en dormis. A l'aube je m'enfuis... 
Bien égal aujourd'hui.

mardi 30 novembre 2010

La boucle retrouvée (Guillaume Apollinaire)

"Il retrouve dans sa mémoire la boucle de cheveux châtains ..."

La carte du comptoir des vers persiste dans la série "Lueurs des tirs" extraite des calligrammes de Guillaume Apollinaire avec une livraison capillaire intitulée "la boucle retrouvée".


La carte du comptoir des poésies, sans explication de texte ni commentaire, renvoie aussi ses lecteurs en bas de ce poème pour visiter ses très nombreux "classiques" .


Il retrouve dans sa mémoire

La boucle de cheveux châtains

T'en souvient-il à n'y point croire

De nos deux étranges destins

Du boulevard de la Chapelle

Du joli Montmartre et d'Auteuil

Je me souviens murmure-t-elle

Du jour où j'ai franchi ton seuil

Il y tomba comme un automne

La boucle de mon souvenir

Et notre destin qui t'étonne

Se joint au jour qui va finir

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le chêne et le roseau, l'âne portant des reliques, le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le corbeau et le renard, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Guillaume Apollinaire (le poète d'Alcools et des calligrammes) : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne,Annie,Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé, Blanche Neige, la jolie rousse, les grenadines repentantes, la grâce exilée

-
Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les étrennes des orphelins, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique,mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, Charlot mystique, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, bien sur, l'inouï poème acadien de H.W. Longfellow
Evangéline

samedi 22 août 2009

Le soir tombe, la lune est d'or (Emile Verhaeren)

"Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée"...

La
carte du comptoir pousuit dans le poème de rentrée avec cette oeuvre primesautière de Mimile Verhaeren à la gaité communicative.

La carte du comptoir des poésies, sans autre analyse, commentaire ou explication de texte, suggère sous cet indépassable opus ses nombreux "classiques".


Le soir tombe, la lune est d'or.

Avant la fin de la journée

Va-t'en gaîment jusqu'au jardin

Cueillir avec tes douces mains

Les quelques fleurs qui n'y sont point encor

Tristement, vers la terre, inclinées.

Que le feuillage soit déjà blême, qu'importe

Je les admire et tu les aimes,

Et leurs corolles sont quand même

Belles, sur les tiges qui les portent.

Et tu t'en es allée au loin parmi les buis

Au long d'un chemin monotone

Et le bouquet que tu cueillis,

Tremble en ta main et tout à coup frissonne ;

Et voici que tes doigts songeurs,

Pieusement, rassemblent les lueurs

De ces roses d'automne

Et les tressent avec des pleurs

En une pâle et claire et flexible couronne.

La dernière lumière a éclairé tes yeux

Et ton long pas s'est fait triste et silencieux.

Et lentement, à la vesprée,

Les mains vides, tu es rentrée,

Abandonnant non loin de notre porte

Dans un tertre humide et bas

Le cercle blanc qu'avaient formé tes doigts.

Et j'ai compris alors que dans le jardin las

Où vont passer les vents ainsi que des cohortes

Tu as voulu fleurir une dernière fois

Notre jeunesse qui repose là,

Morte.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

-
Jean de la Fontaine : le savetier et le financier, le loup et l'agneau, le cheval s'étant voulu venger du cerf

- Victor Hugo : les Djinns, ce siècle avait deux ans, l'an neuf de l'Hegire, demain dès l'aube, à une jeune fille, mes poèmes, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, le soleil, à une dame créole, confession, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), les ténèbres, j'aime le souvenir de ces époques nues, une martyre, une mendiante rousse, à celle qui est trop gaie, correspondances, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Marine, Michel et Christine, petites amoureuses, à la musique, ma Bohème, aube, soleil et chair, mouvement, chant de guerre parisien, les assis, les douaniers,l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, les étrennes des orphelins, première soirée, au cabaret vert (cinq heures du soir), jeune ménage,tête de faune, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, ô naturel désir, chant de l'horizon en Champagne, la Victoire, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie, Marizibill, à l'Italie, le vigneron champenois, l'émigrant de Landor Road, le chef de section, nocturne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, j'arrive où je suis étranger, Elsa, Elsa au miroir, Santa Espina, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, les mains d'Elsa, chambre garnie, chambres d'un moment, la rose et le réséda, les yeux d'Elsa

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, chemins de l'ouest, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux, la paix

- José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), le voeu, l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, soir de bataille, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, au fleuve de Loire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Et, aussi, l'inénarrable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

vendredi 20 février 2009

Les pas (Emile Verhaeren)

Sur la carte du comptoir des vers un autre Mimile Verhaeren, après la rentrée des moines, soirs d'été, les pêcheurs à cheval, la grande chambre, la ville, les cathédrales, la vieille ferme et l'étal.

A défaut de pas, la carte du comptoir des poésies, sans commentaire, propose aussi :

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, l'adieu, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, Annie, à la Santé

-
Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, l'orgie parisienne, Michel et Christine, soleil et chair, tête de faune, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, les étrennes des orphelins

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, Elsa, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, à une dame créole, les ténèbres, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, lsoir de bataille, le voeu, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


L'hiver, quand on fermait,

A grand bruit lourd, les lourds volets,

Et que la lampe s'allumait

Dans la cuisine basse,

Des pas se mettaient à sonner, des pas, des pas,

Au long du mur, sur le trottoir d'en face.

Tous les enfants étaient rentrés,

Rompant leurs jeux enchevêtrés ;

Le village semblait un amas d'ombres

Autour de son clocher,

D'où les cloches déjà laissaient tomber,

Une à une, les heures sombres

Et les craintes sans nombre :

Paquets de peur, au fond du coeur,

Et malgré moi, je m'asseyais tout contre

Les lourds volets et j'écoutais et redoutais

Ces pas, toujours ces pas,

Qui s'en allaient à la rencontre

De je ne savais quoi d'obscur et de triste, là-bas.

Je connaissais celui de la servante,

Celui de l'échevin, celui du lanternier,

Celui de l'âpre et grimaçante mendiante

Qui remportait des blaireaux morts, en son panier ;

Celui du colporteur, celui du messager,

Et ceux de Pieter Hoste et de son père

Dont la maison, près du calvaire,

Portait un aigle d'or à son pignon léger.

Je les connaissais tous : ceux que scandait la canne

De l'horloger, ou bien les béquilles de Wanne

La dévote, qui priait tant que c'était trop,

Et ceux du vieux sonneur, humeur de brocs

Et tous, et tous - mais les autres, les autres ?

Il en était qui s'en venaient - savait-on d'où ?

Monotones, comme un débit de patenôtres,

Ou bien furtifs, comme les pas d'un fou,

Ou bien pesants d'une marche si lasse

Qu'ils semblaient traîner l'espace

Et le temps infini aux clous de leurs souliers.

Il en était de si tristes et de si mornes,

Surtout vers la Toussaint, quand les vents cornent

Le deuil illimité par le pays entier :

Ils revenaient de France et de Hollande,

Ils se croisaient sur la route marchande,

Ils s'étaient fuis ou rencontrés - depuis quel temps ?

Et se réenfonçaient dans l'ombre refondue,

A cette heure des morts, où des bourdons battants,

Aux quatre coins de l'étendue,

Comme des pas, sonnaient aussi.

Oh ! Tous ceux-là, avec leur fièvre et leurs soucis !

Oh ! Tous ces pas en défilé par ma mémoire !

Qui donc en redira le deuil ambulatoire

Lorsque je les guettais l'hiver, en tapinois,

Rapetissé dans mon angoisse et mon effroi,

Derrière un volet clos, au fond de mon village ?

Un soir, qu'avaient passé des attelages,

Avec des bruits de fers entrechoqués,

On trouva mort, le long du quai,

Un roulier roux qui revenait de Flandre.

On ne surprit jamais son assassin.

Mais, certes, moi, oh ! J'avais dû l'entendre

Frôler les murs, avec sa hache en main.

Une autre fois, à l'heure où le blanc boulanger,

Ses pains vendus, fermait boutique,

Il avait vu la dame énigmatique

Qu'on dit sorcière ici, et sainte un peu plus loin,

En vêtement de paille et d'or tourner le coin

Et vivement, entrer au cimetière ;

Tandis que moi, j'avais ouï, en même temps,

Son dur manteau flottant,

Comme un râteau gratter la terre.

Mon coeur avait battu si fort

Que, pendant toute une semaine,

Je ne rêvai que de la mort.

Et puis, qu'allaient-ils faire au fond des plaines

Ces autres pas qu'on entendait, vers la Noël,

Venir en masse, à travers neige et gel,

D'au-delà de l'Escaut massif et léthargique ?

Une lueur rouge et tragique

Mordait le ciel. Ils se rendaient, au long des bois,

Depuis quels temps, toujours au même endroit,

Près des mares que l'on disait hantées ;

On entendait des cris, pareils à des huées,

Monter. Et seul, le lendemain,

Le fossoyeur partait, la bêche en main,

Cacher là-bas, sous les neiges étincelantes,

Un tas de rameaux morts et de bêtes sanglantes.

Mon âme en tremble encor et mon esprit

Revoit toujours le fossoyeur qui passe,

Et quand la fièvre ameute en moi, la nuit,

Les troubles visions de ma cervelle lasse,

Les pas que j'entendis étant enfant,

Oreille au guet, genoux serrés et coeur battant,

En mes heures de veille ou de souffrance blême,

Terriblement, me traversent moi-même

Et font courir leur rythme dans mon sang.

Ils arrivent, des horizons de lune et d'ombre,

Sournois, têtus, compacts, mystérieux,

Le sol en est dément. Leur nombre ?

Feuilles des bois, grains de blés mûrs, grêles des cieux !

Ils sont pareils aux menaces qui passent

Et leur déroulement, pendant la nuit,

Est si lointain qu'ils semblent faire,

De lieue en lieue, une ceinture à la terre

Et, maille à maille, et, bruit à bruit,

Serrer en eux tout l'infini.

Oh ! Qu'ils me sont restés imprimés dans la chair

Les pas que j'entendais, par les soirs de Décembre

Et les routes de l'hiver clair,

Venir du bout du monde et traverser ma chambre !