Affichage des articles dont le libellé est dormir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dormir. Afficher tous les articles

jeudi 6 septembre 2012

Malheur à moi (Marguerite Desbordes-Valmore)

Poème lamentable 'pardon de lamentation !) où les fleurs ne sont pas données


Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ;
Je ne suis plus le charme de ses yeux ;
Ma voix n'a plus l'accent qui vient des cieux,
Pour attendrir sa jalouse colère ;
Il ne vient plus, saisi d'un vague effroi,
Me demander des serments ou des larmes :
Il veille en paix, il s'endort sans alarmes :
Malheur à moi !

Las de bonheur, sans trembler pour ma vie,
Insoucieux, il parle de sa mort !
De ma tristesse il n'a plus le remord,
Et je n'ai pas tous les biens qu'il envie !
Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi,
Sans les frayeurs que j'ai tant pardonnées,
Il vit des fleurs qu'il n'avait pas données :
Malheur à moi !

Distrait d'aimer, sans écouter mon père,
Il l'entendit me parler d'avenir :
Je n'en ai plus, s'il n'y veut pas venir ;
Par lui je crois, sans lui je désespère ;
Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ?
Je n'ai qu'une âme, et c'est par lui qu'elle aime :
Et lui, mon Dieu, si ce n'est pas toi-même,
Malheur à moi !

lundi 26 janvier 2009

Une martyre ou le dessin d'un maître inconnu (Charles Baudelaire)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série consacrée à Charles Baudelaire. Après Toute entière, le chat, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, l'albatros, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans" et les bijoux, voici un autre opus bijoutier du grand maître de la neurasthénie.
Pour les puristes, la carte du comptoir poétique indique que la martyre est composée de quinze quatrains.

Cette arrivée soudaine de Baudelaire, que ses ailes de géant empêchent souvent de marcher, amène la carte du comptoir des poésies, sans aucun commentaire, à repousser au fond de la boutique Heredia (les Conquérants, le voeu, le vitrail), Edmond Rostand (tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune, petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars), Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire), Aragon (Elsa, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Nous dormirons ensemble, L'étrangère, Charlot mystique, Un jour un jour, Que serais-je sans toi ?, Santa Espina, La rose et le réséda, La belle italienne, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), Arthur Rimbaud (le Bateau Ivre, le Dormeur du Val, Voyelles, Sensations, Chanson de la plus haute tour, Vénus Anadyomène, Ma Bohème, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) et Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, La Victoire, Annie, l'Adieu, A l'Italie, Le Chef de Section, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, Nocturne, Ô naturel désir, Dans l'Abri-caverne, Chant de l'Horizon en Champagne, Acousmate, Le Vigneron Champenois, A la Santé ...).


Au milieu des flacons, des étoffes lamées

Et des meubles voluptueux,

Des marbres, des tableaux, des robes parfumées

Qui traînent à plis somptueux,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre,

L'air est dangereux et fatal,

Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre

Exhalent leur soupir final,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,

Sur l'oreiller désaltéré

Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve

Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre

Et qui nous enchaînent les yeux,

La tête, avec l'amas de sa crinière sombre


Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule,

Repose ; et, vide de pensers,

Un regard vague et blanc comme le crépuscule

S'échappe des yeux révulsés.

Sur le lit, le tronc nu sans scrupules étale

Dans le plus complet abandon

La secrète splendeur et la beauté fatale

Dont la nature lui fit don,

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe,

Comme un souvenir est resté ;

La jarretière, ainsi qu'un oeil secret qui flambe,

Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude

Et d'un grand portrait langoureux,

Aux yeux provocateurs comme son attitude,

Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes étranges

Pleines de baisers infernaux,

Dont se réjouissait l'essaim des mauvais anges

Nageant dans les plis des rideaux,

Et cependant, à voir la maigreur élégante

De l'épaule au contour heurté,

La hanche un peu pointue et la taille fringante

Ainsi qu'un reptile irrité,

Elle est bien jeune encor ! Son âme exaspérée

Et ses sens par l'ennui mordus

S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée

Des désirs errants et perdus ?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante,

Malgré tant d'amour, assouvir,

Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante

L'immensité de son désir ?

Réponds, cadavre impur ! Et par tes tresses roides

Te soulevant d'un bras fiévreux,

Dis-moi, tête effrayante, a-t-il sur tes dents froides

Collé les suprêmes adieux ?

Loin du monde railleur, loin de la foule impure,

Loin des magistrats curieux,

Dors en paix, dors en paix, étrange créature,

Dans ton tombeau mystérieux,

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle

Veille près de lui quand il dort,

Autant que toi sans doute il te sera fidèle,

Et constant jusques à la mort.

samedi 22 novembre 2008

Nous dormirons ensemble (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte reprennent la série Louis Aragon (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge) avec ce poème de chambre mis en musique par Jean Ferrat.

Pour cause de Loulou Aragon, la carte du comptoir des vers ne propose pas aujourd'hui d'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), d'Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) ou encore de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) .


Que ce soit dimanche ou lundi

Soir ou matin minuit midi

Dans l'enfer ou le paradis

Les amours aux amours ressemblent

C'était hier que je t'ai dit

Nous dormirons ensemble

C'était hier et c'est demain

Je n'ai plus que toi de chemin

J'ai mis mon cœur entre tes mains

Avec le tien comme il va l'amble

Tout ce qu'il a de temps humain

Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera

Le ciel est sur nous comme un drap

J'ai refermé sur toi mes bras

Et tant je t'aime que j'en tremble

Aussi longtemps que tu voudras

Nous dormirons ensemble

mardi 11 novembre 2008

Le Dormeur du Val (Arthur Rimbaud)

Aujourd'hui, sur la carte du comptoir des vers, un poème antimilitariste et très célèbre d'Arthur Rimbaud. Il fut superbement interprété par Serge Reggiani qui l'associait au Déserteur de Boris Vian.

A défaut, pour les passionnés d'art militaire, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi sa sélection :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, l'hymne au soleil, sept moyens de monter dans la Lune, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, Santa Espina, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, une martyre, le chat, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, à une dame créole

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, le tepidarium, le vitrail, soir de bataille, la belle viole, fleurs de feu, l'esclave, Tranquillus


C'est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit. C'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort, il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

dimanche 19 août 2007

Dimanches (Georges Rodenbach)

Morne l'après-midi des dimanches, l'hiver,

Dans l'assoupissement des villes de province,

Où quelque girouette inconsolable grince

Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer !

Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !

De très rares passants s'en vont sur les trottoirs :

Prêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs,

Béguines revenant des saluts de paroisse.

Des visages de femme ennuyés sont collés

Aux carreaux, contemplant le vide et le silence,

Et quelques maigres fleurs, dans une somnolence,

Achèvent de mourir sur les châssis voilés.

Et par l'écartement des rideaux des fenêtres,

Dans les salons des grands hôtels patriciens

On peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,

Dans de vieux cadres d'or, les portraits des ancêtres,

En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,

Avec leur blason peint dans un coin de la toile,

Qui regardent au loin s'allumer une étoile

Et la ville dormir dans des silences lourds.

Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes ;

Le moyen âge mort se réfugie en eux,

C'est ainsi que, le soir, le soleil lumineux

Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.

Ô lanternes, gardant le souvenir du feu,

Le souvenir de la lumière disparue,

Si tristes dans le vide et le deuil de la rue

Qu'elles semblent brûler pour le convoi d'un Dieu !

Et voici que soudain les cloches agitées

Ébranlent le Beffroi debout dans son orgueil,

Et leurs sons, lourds d'airain, sur la ville au cercueil

Descendent lentement comme des pelletées !