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jeudi 22 janvier 2009

Les sept moyens de monter dans la Lune - Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

Edmond Rostand (qui, par ailleurs, a commis le Petit Chat) a empli sa pièce Cyrano de Bergerac - entièrement versifiée - de morceaux de bravoure poétique, la célèbre tirade des nez bien sur, mais aussi cette superbe envolée (magnétique vers la fin) vers la Lune que la carte du comptoir des poésies vous propose pour une de ses premières livraisons de 2009.

Je pouvais, mettant mon corps nu comme un cierge,

Le caparaçonner de fioles de cristal

Toutes pleines des pleurs d'un ciel matutinal,
Et ma personne, alors, au soleil exposée,
L'astre l'aurait humée en humant la rosée !

Et je pouvais encor

Faire engouffrer du vent, pour prendre mon essor,
En raréfiant l'air dans un coffre de cèdre

Par des miroirs ardents mis en icosaèdre !

Ou bien, machiniste autant qu'artificier,

Sur une sauterelle aux détentes d'acier,

Me faire, par des feux successifs de salpêtre,

Lancer dans les prés bleus où les astres vont paître !

Puisque la fumée a tendance à monter,

En souffler dans un globe assez pour m'emporter !

Puisque Phoebé, quand son arc est le moindre

Aime sucer, ô boeufs, votre moëlle ... m'en oindre !

Enfin, me plaçant sur un plateau de fer,
Prendre un morceau d'aimant et le lancer en l'air !

Ca, c'est un bon moyen : le fer se précipite,

Aussitôt que l'aimant s' envole, à sa poursuite,

On relance l'aimant bien vite, et cadédis !

On peut ainsi monter indéfiniment.

[...]

A l'heure où l'onde par la Lune est attirée,

Je me mis sur le sable après un bain de mer

Et la tête partant la première, mon cher,

Car les cheveux, surtout, gardent l'eau dans leur frange !

Je m'enlevai dans l'air, droit, tout droit, comme un ange.

Je montais, je montais doucement, sans efforts,

Quand je sentis un choc ! ... Alors ...

Alors ?

Alors ...

samedi 22 novembre 2008

Tirade des nez - Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

Le comptoir des vers et sa carte proposent en plat de résistance, en ce samedi tristounet, le morceau de bravoure de Cyrano de Bergerac : la tirade des nez.
Edmond Rostand avait un talent multiple : comparez cette tirade de Cyrano au Petit Chat ou aux parenthèses !


La carte du comptoir des vers, pour cause de Cyrano, d'appendice nasal, de cap, de péninsule,
sans aucun commentaire, propose d'oublier ce soir sa sélection habituelle :

- D'autres Edmond Rostand : sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, à l'Italie, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

-
Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, ma Bohème, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, l'orgie parisienne

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, un jour un jour, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à celle qui est trop gaie, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, le chat, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, le tepidarium, soir de bataille, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire ... Oh ! Dieu ! ... Bien des choses en somme.

En variant le ton, par exemple, tenez :

Agressif : "Moi, Monsieur, si j'avais un tel nez,

Il faudrait sur-le-
champ que je me l'amputasse !"

Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse !

Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !"

Descriptif : "C'est un roc ! . .. Cest un
pic ! . . . C'est un cap !

Que dis-je, c'est un
cap ? ... C'est une péninsule !"

Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?

D'écritoire, Monsieur, ou de boite à ciseaux ?"

Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux

Que paternellement vous vous préoccupâtes

De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"

Truculent : "Ça, Monsieur, lorsque vous pétunez,

La
vapeur du tabac vous sort-elle du nez

Sans qu'un voisin ne crie au feu de
cheminée ?"

Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entrainée

Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"

Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol

De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"

Pédant : "L'animal seul, Monsieur, qu'Aristophane

Appelle Hippocampelephantocamelos

Dût avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"

Cavalier : "Quoi,
l'ami, ce croc est à la mode ?

Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !" ,

Emphatique : "Aucun
vent ne peut, nez magistral,

T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"

Dramatique : "C'est la
Mer Rouge quand il saigne !"

Admiratif: "Pour un
parfumeur, quelle enseigne !"

Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"

Naïf : "Ce
monument, quand le visite-t-on ?"

Respectueux : "Souffrez, Monsieur, qu'on vous salue,

C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur
rue !"

Campagnard : "He, arde ! C'est-y un nez ? Nanain !

C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"

Militaire : "Pointez contre cavalerie !"

Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?

Assurément, Monsieur, ce sera le gros lot !"

Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot :

"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître

A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"

Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit

Si vous aviez un peu
de lettres et d'esprit :

Mais
d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,

Vous n'en eûtes jamais un atome, et de
lettres

Vous n'avez que les trois qui forment le
mot
: sot !

Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut

Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,

Me servir toutes ces folles plaisanteries,

Que vous n'en eussiez pas articulé le quart

De la moitié du commencement d'une, car

Je me les sers moi-même, avec assez de verve

Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

jeudi 3 janvier 2008

Le petit chat (Edmond Rostand)

Après la très (trop ?) longue publication du poème kitsch Evangeline, une pause sur la carte du comptoir des vers s'imposait. Elle est désormais terminée avec un poème animalier reprenant ce vocable d'Edmond Rostand, l'auteur de Cyrano de Bergerac.
Cet opus félin est à rapprocher du Chat de Charles Baudelaire
voire de la tirade des nez.

Si vous n'appréciez pas le chat au menu, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi sa sélection :

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, le chat, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole,"j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, les ténèbres, le soleil,

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, chant de l'horizon en Champagne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, à la Santé

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, ô saisons ô chateaux, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, les étrennes des orphelins

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, les mains d'Elsa, un jour un jour, la belle italienne, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, le vitrail, soir de bataille, le tepidarium, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


C'est un petit chat noir effronté comme un page,

Je le laisse jouer sur ma table souvent.

Quelquefois il s'assied sans faire de tapage,

On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;

Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,

A ces minets tirant leur langue de drap rouge,

Qu'on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s'amuse, il est extrêmement comique,

Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.

Souvent je m'accroupis pour suivre sa mimique

Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d'abord de son nez délicat il le flaire,

La frôle, puis, à coups de langue très petits,

Il le happe ; et dès lors il est à son affaire

Et l'on entend, pendant qu'il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,

Et ne relève enfin son joli museau plat

Que lorsqu'il a passé sa langue rêche et rose

Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,

Avec l'air étonné d'avoir déjà fini.

Et comme il s'aperçoit qu'il s'est fait quelques taches,

Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;

Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,

Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,

Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.