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lundi 16 février 2009

Heureux qui comme Ulysse (Joachim du Bellay)

La carte du comptoir des vers entreprend aujourd'hui un grand classique : l'Ulysse très heureux de Joachim du Bellay.

Si Ulysse ne vous revient pas, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, propose aussi son "best of" :

- Joachim du Bellay : au fleuve de Loire

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, à la Santé

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Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, rois mages, sept moyens de monter dans la Lune, l'hymne au soleil, nénuphars

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, chanson de la plus haute tour, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, ma Bohème, l'orgie parisienne

- José Maria de Heredia : les conquérants, le vitrail, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

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Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

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Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, les ténèbres, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, le chat, confession, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme celui là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

lundi 15 décembre 2008

Le voeu (José Maria de Heredia)

La carte du comptoir des vers attaque avec un peu d'avance la saison des voeux avec cet opus alambiqué et romanisant de José Maria de Heredia, l'homme du vol de gerfauts hors du charnier natal (les conquérants).

Le voeu de Heredia conduit la carte du comptoir poétique, sans aucun commentaire, à mettre aux archives le Du Bellay (Heureux qui comme Ulysse), l'Aragon (Elsa, L'étrangère, Chambres d'un moment, Chambre garnie, Charlot mystique, Un jour un jour, La rose et le réséda, Les lilas et les roses, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, Que serais-je sans toi ?, La belle italienne, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Les yeux d'Elsa), l'
Arthur Rimbaud (Voyelles, le Bateau Ivre, Sensations, Ma Bohème, Vénus Anadyomène, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne), l'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat) et le Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...).


Jadis l'Ibère noir et le Gall au poil fauve

Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,

Sur le marbre votif entaillé par leur main,

Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.

Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,

Bâtirent la piscine et le therme romain,

Et Fabia Festa, par ce même chemin,

A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.

Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,

Les sources m'ont chanté leur divine chanson ;

Le soufre fume encore à l'air pur des moraines.

C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,

Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux

Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.

mercredi 27 juin 2007

Qui voudrait figurer la romaine grandeur (Joachim du Bellay)

Qui voudrait figurer la romaine grandeur

En ses dimensions, il ne lui faudrait querre

A la ligne et au plomb, au compas, à l'équerre,

Sa longueur et largeur, hautesse et profondeur :

Il lui faudrait cerner d'une égale rondeur

Tout ce que l'océan de ses longs bras enserre,

Soit où l'astre annuel échauffe plus la terre,

Soit où souffle Aquilon sa plus grande froideur.

Rome fut tout le monde, et tout le monde est Rome.

Et si par mêmes noms mêmes choses on nomme,

Comme du nom de Rome on se pourrait passer,

La nommant par le nom de la terre et de l'onde :

Ainsi le monde on peut sur Rome compasser,

Puisque le plan de Rome est la carte du monde.

lundi 4 juin 2007

Le chateau de cartes (Florian)

Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants
Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage
Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents.
Ces époux, partageant les doux soins du ménage,
Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons ;
Et le soir, dans l'été, soupant sous le feuillage,
Dans l'hiver, devant leurs tisons,
Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse,
Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours.
Le père par un conte égayait ses discours,
La mère par une caresse.
L'aîné de ces enfants, né grave, studieux,
Lisait et méditait sans cesse ;
Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse,
Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux.
Un soir, selon l'usage, à côté de leur père,
Assis près d'une table où s'appuyait la mère,
L'aîné lisait Rollin ; le cadet, peu soigneux
D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes,
Employait tout son art, toutes ses facultés,
A joindre, à soutenir par les quatre côtés
Un fragile château de cartes.
Il n'en respirait pas d'attention, de peur.
Tout à coup voici le lecteur
Qui s'interrompt. " Papa, dit-il, daigne m'instruire
Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants,
Et d'autres fondateurs d'empire ;
Ces deux noms sont-ils différents ? "
Le père méditait une réponse sage,
Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir,
Après tant de travail, d'avoir pu parvenir
A placer son second étage,
S'écrie : " Il est fini ! " Son frère, murmurant,
Se fâche, et d'un seul coup détruit son long ouvrage ;
Et voilà le cadet pleurant.
" Mon fils, répond alors le père,
Le fondateur c'est votre frère,
Et vous êtes le conquérant. "