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lundi 10 septembre 2012

A la Belgique (Emile Verhaeren)

Poème sur l'écrasement de la Belgique durant la première guerre mondiale


Hélas, depuis les jours des suprêmes combats,
Tes compagnes sont la frayeur et l'infortune ;
Tu n'as plus pour pays que des lambeaux de dunes
Et des plaines en feu sur l'horizon, là-bas.

Anvers et Gand et Liége et Bruxelles et Bruges
Te furent arrachés et gémissent au loin
Sans que tes yeux encor vaillants soient leurs témoins
Ni que tes bras armés encor soient leur refuge.

Tu es celle en grand deuil qui vis avec la mer
Pour en apprendre à résister sous les tempêtes
Et tu songes et tu pleures, mais tu t'entêtes
Dans la terreur et dans l'orgueil de tes revers.

Tu te sens grande immensément, quoique vaincue,
Tu fus loyale et claire et ferme, comme au temps
Où l'honneur sous les cieux s'affirmait éclatant
Où la gloire valait vraiment d'être vécue.

Ton pauvre coin de sol où demeure debout,
Face à l'orage, un roi avec sa foi armée,
Tu le peuples encor de canons et d'armées,
Pour le tenir tragiquement jusques au bout.

Tu te hausses si haut que tu es solitaire
Dans la gloire, dans la beauté, dans la douleur
Et que chacun t'exalte et t'admire en son coeur,
Comme un peuple jamais ne le fut sur la terre.

Qu'importe à cet amour l'angoisse de ton sort
Et qu'Ypres soit désert, et Dixmude, ruine,
Et qu'aussi vide et creux qu'une sombre poitrine,
S'élève au fond du soir l'immense beffroi mort.

A l'heure où cette cendre est encor la Patrie
Nous l'aimons à genoux avec un tel élan
Que de chacun des murs saccagés et branlants,
Nous baiserions la pierre éclatée et meurtrie.

Et si demain l'homme allemand sournois et fou
Achevait de te mordre en son étreinte blême,
Douce Belgique aimée, espère et crois quand même :
Ton pays mis à mort est immortel, en nous.

lundi 2 mars 2009

Bruxelles (Arthur Rimbaud)

La carte du comptoir des vers publie un petit Rimbaud, d'inspiration belge.

La carte du comptoir des poésies, sans autre commentaire, propose aussi ses "classiques" en bas de ce poème.


Plates-bandes d'amarantes jusqu'à

L'agréable palais de Jupiter.

Je sais que c'est Toi qui, dans ces lieux,

Mêles ton bleu presque de Sahara !

Puis, comme rose et sapin du soleil

Et liane ont ici leurs jeux enclos,

Cage de la petite veuve ! ...

Quelles

Troupes d'oiseaux, ô ia io, ia io ! ...

Calmes maisons, anciennes passions !

Kiosque de la Folle par affection.

Après les fesses des rosiers, balcon

Ombreux et très bas de la Juliette.

La Juliette, ça rappelle l'Henriette,

Charmante station du chemin de fer,

Au coeur d'un mont, comme au fond d'un verger

Où mille diables bleus dansent dans l'air !

Banc vert où chante au paradis d'orage,

Sur la guitare, la blanche Irlandaise.

Puis, de la salle à manger guyanaise,

Bavardage des enfants et des cages.

Fenêtre du duc qui fais que je pense

Au poison des escargots et du buis

Qui dort ici-bas au soleil.

Et puis

C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.

Boulevard sans mouvement ni commerce,

Muet, tout drame et toute comédie,

Réunion des scènes infinie

Je te connais et t'admire en silence.


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Les "classiques" de la
carte du comptoir des vers :


- D'autres Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chant de guerre parisien, première soirée, aube, soleil et chair, chanson de la plus haute tour, les étrennes des orphelins, l'homme juste, Marine, les mains de Jeanne-Marie, au cabaret vert (cinq heures du soir), ma Bohème, les douaniers, Michel et Christine, les assis, tête de faune, à la musique, mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, jeune ménage, les pauvres à l'église

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la vieille femme de la Lune, vous parler ?, premières feuilles

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), le tepidarium, le vitrail, l'esclave, soir de bataille, le voeu, la belle viole, fleurs de feu, Tranquillus, le bain

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

-
Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, la rose et le réséda, un jour un jour, l'affiche rouge, la belle italienne, Charlot mystique, Santa Espina, chambre garnie, chambres d'un moment, nous dormirons ensemble,
Elsa, Elsa au miroir, les mains d'Elsa, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, le soleil, j'aime le souvenir de ces époques nues, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), à celle qui est trop gaie, correspondances, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, une martyre, une mendiante rousse, confession, les ténèbres, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le chat

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, acousmate, chant de l'horizon en Champagne, le chef de section, la Victoire, le vigneron champenois, nocturne, ô naturel désir, à l'Italie, Annie, Marizibill, dans l'abri-caverne, l'émigrant de Landor Road, à la Santé

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Et, bien entendu, le kitschissime poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

dimanche 22 février 2009

Le consul anglais (Max Elskamp)

La carte du comptoir des vers présente une oeuvre consulaire de Max Elskamp, poète belge.

Si cette langue d'outre Quiévrain ne vous convient pas, la carte du comptoir des poésies, sans commentaire, propose aussi ses classiques :

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire, à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, ô naturel désir, Annie, Marizibill, la Victoire, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, acousmate, à la Santé

-
Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, les ténèbres, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une martyre, à une dame créole, le chat

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, l'affiche rouge, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, Charlot mystique, Elsa au miroir, Elsa, les mains d'Elsa, la rose et le réséda, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, Santa Espina, les yeux d'Elsa

-
Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, aube, au cabaret vert (cinq heures du soir), l'orgie parisienne, Michel et Christine, les douaniers, Marine, Bruxelles, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, chant de guerre parisien, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, les étrennes des orphelins

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le vitrail, le tepidarium, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Et bien sur, le très (trop ?) long et très kitsch poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline


Le consul anglais

Y met son drapeau,

Le consul anglais

Le jour de la Reine,

De gais matelots

Leur couteau au dos,

Y passent farauds

Toute la semaine,

Jean le Hollandais

Quand c'est mai y vient,

Ses paniers aux mains,

La vendre la fraise,

Jean le Hollandais

Parti de Breda

Avec à ses pieds,

Les sabots qu'il a,

Puis tout soleil, août,

Dans le ciel qui pèse,

Odorant la graisse,

La bière et le moût,

Sortis les Géants,

Gens bus et kermesse,

Sur leurs chars roulant

Les dieux qui se dressent :

On voit Antigon,

On voit la Baleine

Et nu Cupidon

Sur son dos assis,

Et gais les Dauphins,

Et la Nave pleine,

De joyeux marins

Qui poussent des cris,

Puis soir advenu

Violons éteints,

Accordéons tus,

Tout sentant le vin,

Lors voix haut montées

Dans la nuit qui pâme,

Musiques allées

Et dehors les femmes,

Sortis les couteaux

Qu'appelle la chair,

C'est de face ou dos

A la mort qui vient,

Amour matelot,

Amour de marins,

Même en le sang clair

Qui trouve son bien,

Et dans la nuit chaude

Lune qui s'incarne

Mort ou vie qui rôde

Sans cris et sans larmes.

jeudi 14 juin 2007

L'Escaut (Emile Verhaeren)

Et celui-ci puissant, compact, pâle et vermeil,

Remue, en ses mains d'eau, du gel et du soleil ;

Et celui-là étale, entre ses rives brunes
,

Un jardin sombre et clair pour les jeux de la lune ;

Et cet autre se jette à travers le désert,

Pour suspendre ses flots aux lèvres de la mer

Et tel autre, dont les lueurs percent les brumes

Et tout à coup s'allument,


Figure un Wahallah de verre et d'or,

Où des gnomes velus gardent les vieux trésors.

En Touraine, tel fleuve est un manteau de gloire.

Leurs noms ? L'Oural, l'Oder, le Nil, le Rhin, la Loire.

Gestes de Dieux, cris de héros, marche de Rois,

Vous les solennisez du bruit de vos exploits.

Leurs bords sont grands de votre orgueil ; des palais vastes

Y soulèvent jusques aux nuages leur faste.

Tous sont guerriers : des couronnes cruelles

S'y reflètent - tours, bourgs, donjons et citadelles -

Dont les grands murs unis sont pareils aux linceuls.

Il n'est qu'un fleuve, un seul,


Qui mêle au déploiement de ses méandres

Mieux que de la grandeur et de la cruauté,

Et celui-là se voue au peuple - et aux cités

Où vit, travaille et se redresse encor, la Flandre !

Tu es doux ou rugueux, paisible ou arrogant,

Escaut des Nords - vagues pâles et verts rivages -

Route du vent et du soleil, cirque sauvage

Où se cabre l'étalon noir des ouragans,

Où l'hiver blanc s'accoude à des glaçons torpides,

Où l'été luit dans l'or des facettes rapides

Que remuaient les bras nerveux de tes courants.

T'ai-je adoré durant ma prime enfance !

Surtout alors qu'on me faisait défense

De manier

Voile ou rames de marinier,

Et de rôder parmi tes barques mal gardées.

Les plus belles idées

Qui réchauffent mon front,

Tu me les as données :

Ce qu'est l'espace immense et l'horizon profond,

Ce qu'est le temps et ses heures bien mesurées,

Au va-et-vient de tes marées,

Je l'ai appris par ta grandeur.

Mes yeux ont pu cueillir les fleurs trémières,

Des plus rouges lumières,

Dans les plaines de ta splendeur.

Tes brouillards roux et farouches furent les tentes

Où s'abrita la douleur haletante

Dont j'ai longtemps, pour ma gloire, souffert ;

Tes flots ont ameuté, de leurs rythmes, mes vers ;

Tu m'as pétri le corps, tu m'as exalté l'âme ;

Tes tempêtes, tes vents, tes courants forts, tes flammes,

Ont traversé comme un crible, ma chair ;

Tu m'as trempé, tel un acier qu'on forge,

Mon être est tien, et quand ma voix

Te nomme, un brusque et violent émoi

M'angoisse et me serre la gorge.

Escaut,

Sauvage et bel Escaut,

Tout l'incendie

De ma jeunesse endurante et brandie,

Tu l'as épanoui :

Aussi,

Le jour que m'abattra le sort,

C'est dans ton sol, c'est sur tes bords,

Qu'on cachera mon corps,

Pour te sentir, même à travers la mort, encor !