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dimanche 19 septembre 2010

Les voleurs et l'âne (fable - Jean de la Fontaine)

"Pour un âne enlevé, deux voleurs se battaient ..."

La carte du comptoir des vers suggère "les voleurs et l'âne", fable de Jean de la Fontaine à méditer dans bien des partis politiques.

La carte du comptoir des poésies, sans autre explication de texte ou commentaire, rappelle à ses lecteurs qu'elle propose en bas de ce poème de très nombreux "classiques" .


Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient :

L'un voulait le garder ; l'autre le voulait vendre.

Tandis que coups de poing trottaient,

Et que nos champions songeaient à se défendre,

Arrive un troisième larron

Qui saisit maître Aliboron.

L'âne, c'est quelquefois une pauvre province.

Les voleurs sont tel ou tel prince,

Comme le Transylvain, le Turc, et le Hongrois.

Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois :

Il est assez de cette marchandise.

De nul d'eux n'est souvent la province conquise :

Un quart voleur survient, qui les accorde net

En se saisissant du baudet.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le chêne et le roseau, l'âne portant des reliques, le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le corbeau et le renard, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie,Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les étrennes des orphelins, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique,mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, Charlot mystique, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'invraisemblable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

mardi 17 février 2009

L'albatros (Charles Baudelaire)

La carte du comptoir des vers poursuit sa série consacrée à Charles Baudelaire. Après Toute entière, le chat, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle et le soleil, voici l'albatros, l'oeuvre probablement la plus ornithologique du champion de la neurasthénie.
Pour les puristes ou les fanatiques d'arithmétique, la
carte du comptoir poétique tient à préciser que l'albatros - tiré de Spleen et Idéal des Fleurs du mal - est composé de quatre quatrains de quatre alexandrins chacuns et que les deux derniers vers sont connus pour constituer une rupture de construction appelée anacoluthe (source Wikipedia).


Si cette livraison baudelairienne, que ses ailes de géant empêchent de marcher, ne vous sied pas, la
carte du comptoir des poésies, sans ajouter de commentaire, suggère aussi sa sélection :

-
Charles Baudelaire : les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", toute entière, confession, les ténèbres, le soleil, quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, voyelles, le dormeur du val, voyelles, sensations, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, les douaniers, Bruxelles, mouvement, jeune ménage, age d'or, les assis, l'homme juste, ô saisons ô chateaux, les étrennes des orphelins

-
Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, ô naturel désir, acousmate, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, Elsa au miroir, Charlot mystique, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire

- José Maria de Heredia :
les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des
albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de
voyage,

Le
navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces
rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce
voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au
prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer,

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

lundi 21 juillet 2008

Complainte sur la mort du feu Roy (Jean Bertaut)

L'été rend l'approvisionnement du comptoir des vers difficile.
La
carte - toujours en manque d'Arthur Rimbaud , de Vénus Anadyomène, de Sensations et de voyelles ainsi que de Guillaume Apollinaire, de pont Mirabeau et de Nuit Rhénane - propose l'oeuvre sinistre d'un illustre inconnu du seizième siècle qui de surcroît écrit dans une langue pratiquement incompréhensible !



Helas, il me souvient que quand son pasle corps

Fut mis à reposer en la couche des morts

J'entray dedans la chambre où le plomb qui l'enserre

Gisoit sans nulle pompe estendu contre terre,

Pendant que l'artizan à cet oeuvre empesché,

De maint ais resonnant l'un à l'autre attaché,

Formoit la triste chambre où la fatale marque

Des fourriers de la mort logeoit ce grand monarque.

Et lors ramentevant que celuy dont les os

Dormoient entre les vers dedans ce plomb enclos,

Naguere estoit au monde et mon Prince et mon maistre,

Celuy d'où tout mon heur se promettoit de naistre,

Et de qui le trespas me venoit de ravir

L'espoir de tout le bien qu'à le suivre et servir

J'avoy peu meriter d'un coeur si debonnaire,

D'un tel coup de douleur dedans l'aine frappé

Par le triste penser qui m'avoit occupé,

Que presque evanoüy je tombay sur la place,

En paleur une pierre, en froideur de la glace,

Et tel qu'aux yeux humains se feroit admirer

Un marbre qu'on oirroit gemir et souspirer.

Dieu ! qu'il roula de pleurs sur mon visage blesme

Quand apres ce transport je revins à moy-mesme,

Et quand par les ruisseaux que mon oeil espandit

Ce glaçon de tristesse en larmes se fondit !

Long temps je ressemblay ceste Nymphe affligée

Qui fut par trop pleurer en fontaine changée :

Puis commençant l'humeur de manquer à mon oeil,

Tourné vers l'artizan ouvrier de ce cercueil :

Ô toy (lui dy-je alors d'une voix triste et basse)

Qui de la main celeste as receu ceste grace

D'enfermer au cercueil les os d'un si grand Roy,

Pour Dieu, ne vueille point envier à ma foy

L'honneur de t'assister en ce piteux office

Que luy rend maintenant ton fidelle service.

Permets moy de tenir le sapin que tu couds,

Que j'en touche les ais, que j'en touche les clouds :

Que ma tremblante main un à un te les donne,

Et que de ce devoir en pleurant je couronne

Les services passez qu'à luy seul j'ay rendus,

Et qu'helas par sa mort pour jamais j'ay perdus.

Je l'ay servy treize ans, dont mon attente morte,

Apres tant d'espérance, autre fruit ne rapporte

Que ces cuisans souspirs, que cet honneur amer

De pouvoir maintenant au cercueil l'enfermer :

Et si, j'estimeray la fatale inclemence

Ne m'avoir point du tout laissé sans recompense

M'accordant ceste grace, ains beniray mon sort

De l'avoir peu servir encor apres sa mort ...

samedi 4 août 2007

Une gravure fantastique (Charles Baudelaire)

Ce spectre singulier n'a pour toute toilette,

Grotesquement campé sur son front de squelette,

Qu'un diadème affreux sentant le carnaval.

Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval,

Fantôme comme lui, rosse apocalyptique

Qui bave des naseaux comme un épileptique.

Au travers de l'espace ils s'enfoncent tous deux,

Et foulent l'infini d'un sabot hasardeux.

Le cavalier promène un sabre qui flamboie

Sur les foules sans nom que sa monture broie,

Et parcourt, comme un prince inspectant sa maison,

Le cimetière immense et froid, sans horizon,

Où gisent, aux lueurs d'un soleil blanc et terne,

Les peuples de l'histoire ancienne et moderne.