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mercredi 26 septembre 2012

La gloire (Alphonse de Lamartine)

La Martine nous écrit un poème glorieux !


Généreux favoris des filles de mémoire,
Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir :
L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gloire ;
Mortels, il faut choisir.

Ton sort, ô Manoel, suivit la loi commune ;
La muse t'enivra de précoces faveurs ;
Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune,
Et tu verses des pleurs !

Rougis plutôt, rougis d'envier au vulgaire
Le stérile repos dont son coeur est jaloux
Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre,
Mais la lyre est à nous.

Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie.
Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels
Où le juste avenir prépare à ton génie
Des honneurs immortels.

Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre
S'élance, et, soutenant son vol audacieux,
Semble dire aux mortels : je suis né sur la terre,
Mais je vis dans les cieux.

Oui, la gloire t'attend ; mais arrête, et contemple
A quel prix on pénètre en ses parvis sacrés ;
Vois : l'infortune, assise à la porte du temple,
En garde les degrés.

Ici, c'est ce vieillard que l'ingrate Ionie
A vu de mers en mers promener ses malheurs :
Aveugle, il mendiait au prix de son génie
Un pain mouillé de pleurs.

Là, le Tasse, brûlé d'une flamme fatale,
Expiant dans les fers sa gloire et son amour,
Quand il va recueillir la palme triomphale,
Descend au noir séjour.

Partout des malheureux, des proscrits, des victimes,
Luttant contre le sort ou contre les bourreaux ;
On dirait que le ciel aux coeurs plus magnanimes
Mesure plus de maux.

Impose donc silence aux plaintes de ta lyre,
Des coeurs nés sans vertu l'infortune est l'écueil ;
Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire
Un généreux orgueil !

Que t'importe après tout que cet ordre barbare
T'enchaîne loin des bords qui furent ton berceau ?
Que t'importe en quels lieux le destin te prépare
Un glorieux tombeau ?

Ni l'exil, ni les fers de ces tyrans du Tage
N'enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras :
Lisbonne la réclame, et voilà l'héritage
Que tu lui laisseras !

Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme ;
Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ;
Coriolan expire, et les enfants de Rome
Revendiquent son nom.

Aux rivages des morts avant que de descendre,
Ovide lève au ciel ses suppliantes mains :
Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre,
Et sa gloire aux Romains.

lundi 6 août 2012

La nuit d'août - Le poète (Alfred de Musset)

Poème synchrone


Salut à ma fidèle amie !
Salut, ma gloire et mon amour !
La meilleure et la plus chérie
Est celle qu'on trouve au retour.
L'opinion et l'avarice
Viennent un temps de m'emporter.
Salut, ma mère et ma nourrice !
Salut, salut consolatrice !
Ouvre tes bras, je viens chanter.

samedi 19 juin 2010

L'Ane portant des reliques (fable - Jean de la Fontaine)

"D'un magistrat ignorant, c'est la robe qu'on salue ..."

La carte du comptoir des vers propose pour son grand retour "l'âne portant des reliques", fable juridique de Jean de la Fontaine .

La carte du comptoir des poésies, sans autre commentaire ou explication de texte, rappelle à ses lecteurs qu'elle rappelle en bas de ce poème de très nombreux "classiques" .


Un baudet chargé de reliques

S'imagina qu'on l'adorait :

Dans ce penser il se carrait,

Recevant comme siens l'encens et les cantiques.

Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :

«Maître baudet, ôtez-vous de l'esprit

Une vanité si folle.

Ce n'est pas vous, c'est l'idole,

A qui cet honneur se rend,

Et que la gloire en est due.»

D'un magistrat ignorant

C'est la robe qu'on salue.

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le chêne et le roseau, le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le corbeau et le renard, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie,Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les étrennes des orphelins, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique,mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, Charlot mystique, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'impayable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

mercredi 27 juin 2007

L'ancienne gloire (Emile Verhaeren)

Dans le silence et la grandeur des cathédrales,

La cité, riche avait jadis, dressé vers Dieu

De merveilleux autels,, tordus comme des feux

Cuivres, bronzes, argents, cartes, rinceaux, spirales.

Les chefs vainqueurs et leurs soldats

Y suspendaient les vieux drapeaux de guerre ;

Et les autels décorés d'or,

Aux yeux de ceux qui sortaient des combats,

Apparaissaient alors

Comme un arrière immense de galère.

D'entre les hauts piliers, jaillissaient les buccins ;

Des archanges farouches

Y appuyaient leur bouche

Et dans un gonflement de la gorge et des seins

Sonnaient vers les vents de la Gloire

La vie ardente et la victoire.

Sur les marbres des escaliers,

Les bras géants des chandeliers

Dressaient leurs cires enflammées.

Les encensoirs volaient dans les fumées ;

Les ex-votos luisaient comme un fourmillement

D'yeux et de coeurs, dans l'ombre ;

L'orgue, ainsi qu'une marée, immensément

Grondait ; des rafales de voix sans nombre

Sortaient du temple et résonnaient jusqu'au beffroi

Et le prêtre vêtu d'orfroi

Au milieu des pennons brandis et des bombardes,

Levait l'épée et lentement traçait avec la garde

Sur le front des héros, le signe de la croix.

Oh ! ces autels pareils à des brasiers sculptés,

Avec leur flore énorme et leurs feux tourmentés ;

Massifs et violents, exorbitants et fous,

Ils demeurent encor, parmi les villes mortes.

Debout

Alors qu'on n'entend plus les chefs et leurs escortes

Sabres, clairons, soleils, lances, drapeaux, tambours,

Rentrer par les remparts et passer les faubourgs

Et revenir, comme autrefois, au coeur des places,

Planter leur étendard dont s'exalta l'espace.

La gloire est loin et son miracle :

Les Archanges qui couronnent le tabernacle,

Comme autant d'énormes Renommées,

Ne sonnent plus pour les armées.

Avec prudence, on a réfugié

L'emblématique et colossal lion,

Dans le blason de la cité ;

Et, vers midi, le carillon,

Avec ses notes lasses

Ne laisse plus danser

Sur la grand'place

Et s'épuiser,

Qu'un petit air estropié.