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jeudi 9 février 2017

Ballade en rêve (Paul Verlaine)

J'ai rêvé d'elle, et nous nous pardonnions
Non pas nos torts, il n'en est en amour,
Mais l'absolu de nos opinions
Et que la vie ait pour nous pris ce tour.
Simple elle était comme au temps de ma cour,
En robe grise et verte et voilà tout,
(J'aimai toujours les femmes dans ce goût),
Et son langage était sincère et coi.
Mais quel émoi de me dire au débout :
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

Elle ni moi nous ne nous résignions
À plus souffrir pas plus tard que ce jour.
Ô nous revoir encore compagnons,
Chacun étant descendu de sa tour
Pour un baiser bien payé de retour !
Le beau projet ! Et nous étions debout,
Main dans la main, avec du sang qui bout
Et chante un fier 'donec gratus'. Mais quoi ?
C'était un songe, ô tristesse et dégoût !
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

Et nous suivions tes luisants fanions,
Soie et satin, ô Bonheur vainqueur, pour
Jusqu'à la mort, que d'ailleurs nous niions.
J'allais par les chemins, en troubadour,
Chantant, ballant, sans craindre ce pandour
Qui vous saute à la gorge et vous découd.
Elle évoquait la chère nuit d'Août
Où son aveu bas et lent me fit roi.
Moi, j'adorais ce retour qui m'absout.
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi !

Princesse elle est, sans doute, à l'autre bout
Du monde où règne et persiste ma foi.
Amen, alors, puisqu'à mes dam et coût,
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

samedi 18 septembre 2010

Elizir d'Amor (Tristan Corbière)

"Tu ne me veux pas en rêve, tu m'auras en cauchemar ..."

La carte du comptoir des vers s'envoie un petit coup de Corbiere légèrement rapeux.

La carte du comptoir des poésies, sans commentaire ni explication de texte, indique à ses lecteurs qu'elle oriente en bas de ce poème vers de très nombreux "classiques" .


Tu ne me veux pas en rêve,

Tu m'auras en cauchemar !

T'écorchant au vif, sans trêve,

Pour moi .., pour l'amour de l'art.

Ouvre : je passerai vite,

Les nuits sont courtes, l'été...

Mais ma musique est maudite,

Maudite en l'éternité !

J'assourdirai les recluses,

Ereintant à coups de pieux,

Les Neuf et les autres Muses ...

Et qui n'en iront que mieux ! ...

Répéterai tous mes rôles

Borgnes et d'aveugle aussi ...

D'ordinaire tous ces drôles

Ont assez bon oeil ici :

A genoux, haut Cavalier,

A pied, traînant ma rapière,

Je baise dans la poussière

Les traces de Ton soulier !

Je viens, Pèlerin austère,

Capucin et Troubadour,

Dire mon bout de rosaire

Sur la viole d'amour.

Bachelier de Salamanque,

Le plus simple et le dernier ...

Ce fonds jamais ne me manque :

Tout voeux ! Et pas un denier !

Retapeur de casseroles,

Sale Gitan vagabond,

Je claque des castagnoles

Et chatouille le jambon ...

Pas-de-loup, loup sur la face,

Moi chien-loup maraudeur,

J'erre en offrant de ma race :

Pur-Don-Juan-du-Commandeur.

Maîtresse peut me connaître,

Chien parmi les chiens perdus :

Abeilard n'est pas mon maître,

Alcibiade non plus !

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Les "classiques" de la
carte du comptoir
des vers :

- Jean de la Fontaine : le chêne et le roseau, le loup et l'agneau, le savetier et le financier, le corbeau et le renard, le cheval s'étant voulu venger du cerf , le Coche et la Mouche, épitaphe d'un paresseux, la poule aux oeufs d'or

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), petit chat, rois mages, l'hymne au soleil, nénuphars

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire, Scève je me trouvais comme le fils d'Anchise, cent fois plus qu'à louer on se plaît à médire,à Madame Marguerite d'écrire en sa langue

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, l'adieu, nuit rhénane, chant de l'horizon en Champagne,le chef de section, à l'Italie, nocturne, acousmate, dans l'abri-caverne, Annie,Marizibill, le vigneron champenois, ô naturel désir, l'émigrant de Landor Road, la Victoire, à la Santé

-
Victor Hugo : ce siècle avait deux ans, demain dès l'aube, l'an neuf de l'Hegire, les Djinns, Jeanne était au pain sec, mes poèmes, à une jeune fille, Hermina, mon bras pressait ta taille frêle, jolies femmes

Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, sensations, les étrennes des orphelins, les douaniers, au cabaret vert (cinq heures du soir), petites amoureuses, Michel et Christine, ma Bohème, aube, soleil et chair, les assis, Vénus Anadyomène, chant de guerre parisien, première soirée, Marine, l'homme juste, les mains de Jeanne-Marie, chanson de la plus haute tour, jeune ménage,tête de faune, à la musique,mouvement, age d'or, ô saisons ô chateaux, Bruxelles, l'orgie parisienne, les pauvres à l'église

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, à une dame créole, quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), une martyre, correspondances, le soleil, toute entière, j'aime le souvenir de ces époques nues, une mendiante rousse, confession, à celle qui est trop gaie,les ténèbres, le chat

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Santa Espina, la rose et le réséda, les mains d'Elsa, Charlot mystique, un jour un jour, nous dormirons ensemble, l'affiche rouge, la belle italienne, chambre garnie, chambres d'un moment, Elsa, Elsa au miroir, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Sabine Sicaud : douleur je vous déteste, jour de fièvre, la solitude, vous parler ?, premières feuilles, chemins de l'ouest, la vieille femme de la Lune, la grotte des lépreux

-
José Maria de Heredia : les conquérants ("comme un vol de gerfauts hors du charnier natal"), l'esclave, le tepidarium, la belle viole, le vitrail, le voeu, fleurs de feu, soir de bataille, Tranquillus, le bain

- Et, aussi, l'impayable poème acadien de H.W. Longfellow Evangéline

mardi 17 février 2009

Sensations (Arthur Rimbaud)

Sensations, un superbe Arthur Rimbaud à la carte du comptoir des vers , dans la même veine que voyelles et très éloigné de Vénus Anadyomène : "par les soirs bleus d'été j'irai par les sentiers"
Sensations a été mis en musique par
Robert Charlebois.


A défaut de sensations, la carte du comptoir des poésies, sans aucun autre commentaire, suggère aussi sa sélection :

- Arthur Rimbaud : le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, Vénus Anadyomène, petites amoureuses, chanson de la plus haute tour, ma Bohème, l'orgie parisienne, Michel et Christine, les mains de Jeanne-Marie, les assis, l'homme juste, au cabaret vert (cinq heures du soir), Marine, soleil et chair, tête de faune, à la musique, première soirée, aube, chant de guerre parisien, mouvement, jeune ménage, age d'or, ô saisons ô chateaux, les douaniers, Bruxelles, les étrennes des orphelins

- Guillaume Apollinaire : le Pont Mirabeau, nuit rhénane, Marizibill, l'émigrant de Landor Road, dans l'abri-caverne, ô naturel désir, acousmate, Annie, l'adieu, la Victoire, à l'Italie, le chef de section, nocturne, le vigneron champenois, chant de l'horizon en Champagne, à la Santé

- Louis Aragon : l'étrangère, que serais-je sans toi ?, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Elsa, chambres d'un moment, chambre garnie, nous dormirons ensemble, les mains d'Elsa, Santa Espina, la rose et le réséda, Elsa au miroir, Charlot mystique, l'affiche rouge, un jour un jour, la belle italienne, j'arrive où je suis étranger, les yeux d'Elsa

- Edmond Rostand : tirade des nez de Cyrano de Bergerac, petit chat, sept moyens de monter dans la Lune (Cyrano de Bergerac), l'hymne au soleil, rois mages, nénuphars

- Charles Baudelaire : l'albatros, les bijoux, je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre (prélude à Sarah), toute entière, confession, les ténèbres, "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans", quand le ciel bas et lours pèse comme un couvercle, le soleil, à celle qui est trop gaie, correspondances, une mendiante rousse, une martyre, à une dame créole, le chat

- José Maria de Heredia : les conquérants, le voeu, soir de bataille, le tepidarium, le vitrail, la belle viole, l'esclave, fleurs de feu, Tranquillus

- Joachim du Bellay : heureux qui comme Ulysse, au fleuve de Loire


Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien.

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, heureux comme avec une femme.

dimanche 23 novembre 2008

Elsa (Louis Aragon)

Le comptoir des vers et sa carte insistent dans leur série Louis Aragon (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Que serais-je sans toi ?, J'arrive où je suis étranger, L'affiche rouge, Nous dormirons ensemble, Les mains d'Elsa, Elsa au miroir) avec encore une livraison sur Elsa.

Pour cause de Loulou Aragon, la carte du comptoir des vers ne propose plus d'Edmond Rostand (La tirade des nez de Cyrano de Bergerac, Le Petit Chat), d'
Arthur Rimbaud (Voyelles, Sensations, Ma Bohème, Chanson de la plus haute tour, le Dormeur du Val, le Bateau Ivre, Vénus Anadyomène, Petites amoureuses ou l'Orgie parisienne) ou encore de Guillaume Apollinaire (le Pont Mirabeau, Nuit Rhénane, l'Adieu, l'Emigrant de Landor Road, Ô naturel désir, Nocturne, A l'Italie, Acousmate, Marizibill, La Victoire, Le Chef de Section, Chant de l'Horizon en Champagne, Le Vigneron Champenois, Dans l'Abri-caverne, Annie, A la Santé ...) .


Tandis que je parlais le langage des vers

Elle s'est doucement tendrement endormie

Comme une maison d'ombre au creux de notre vie

Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts

Sa joue a retrouvé le printemps du repos

Ô corps sans poids posé dans un songe de toile

Ciel formé de ses yeux à l'heure des étoiles

Un jeune sang l'habite au couvert de sa peau

La voila qui reprend le versant de ses fables

Dieu sait obéissant à quels lointains signaux

Et c'est toujours le bal la neige les traîneaux

Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables

Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis

Qu'elle reste pareille aux marches du silence

Qui m'échappe pourtant de toute son enfance

Dans ce pays secret à mes pas interdit

Je te supplie amour au nom de nous ensemble

De ma suppliciante et folle jalousie

Ne t'en va pas trop loin sur la pente choisie

Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble

J'ai peur éperdument du sommeil de tes yeux

Je me ronge le coeur de ce coeur que j'écoute

Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route

Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

dimanche 11 novembre 2007

Les rêves (Anna de Noailles)

Le visage de ceux qu'on n'aime pas encor

Apparaît quelquefois aux fenêtres des rêves,

Et va s'illuminant sur de pâles décors

Dans un argentement de lune qui se lève.

Il flotte du divin aux grâces de leur corps,

Leur regard est intense et leur bouche attentive ;

Il semble qu'ils aient vu les jardins de la mort

Et que plus rien en eux de réel ne survive.

La furtive douceur de leur avènement

Enjôle nos désirs à leurs vouloirs propices,

Nous pressentons en eux d'impérieux amants

Venus pour nous afin que le sort s'accomplisse,

Ils ont des gestes lents, doux et silencieux,

Notre vie uniment vers leur attente afflue :

Il semble que les corps s'unissent par les yeux

Et que les âmes sont des pages qu'on a lues.

Le mystère s'exalte aux sourdines des voix,

A l'énigme des yeux, aux troubles du rire,

A la grande pitié qui nous vient quelquefois

De leur regard, qui s'imprécise et se retire ...

Ce sont des frôlements dont on ne peut guérir,

Où l'on se sent le coeur trop las pour se défendre,

Où l'âme est triste ainsi qu'au moment de mourir ;

Ce sont des réunions lamentables et tendres ...

Et ceux-là resteront, quand le rêve aura fui,

Mystérieusement les élus du mensonge,

Ceux à qui nous aurons, dans le secret des nuits,

Offert nos lèvres d'ombre, ouvert nos bras de songe.

samedi 22 septembre 2007

mercredi 18 juillet 2007

Poésies (Isidore Ducasse dit le comte de Lautréamont)

Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
Les premiers principes doivent être hors de discussion.
J'accepte Euripide et Sophocle ; mais je n'accepte pas Eschyle.
Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires
et de mauvais goût envers le créateur.
Repoussez l'incrédulité : vous me ferez plaisir.
Il n'existe que deux genres de poésies ; il n'en est qu'une.
Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité ! Les rôles sont
intervertis arbitrairement.
Je ne veux pas être flétri de la qualification de poseur.
Je ne laisserai pas de Mémoires.
La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un
fleuve majestueux et fertile.
Ce n'est qu'en admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
faire moralement. Ô nuits d'Young ! vous m'avez causé beaucoup de
migraines !
On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il n'y a qu'un pas.
Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les singularités chimiques de
vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil, l'inoculation des stupeurs
profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les épouvantements raisonnés, les inquiétudes étranges, que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières sanglantes, par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les exagérations, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements, les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque, anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement taciturne, les fantaisies, les âcretés, les monstres, les syllogismes démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant, la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords, les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés, la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées, comme celles de Cromwell, de Mlle de Maupin et de Dumas fils, les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les étouffements, les rages devant ces charniers immondes, que je rougis de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et nous courbe si souverainement.